mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2314418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | POMMELET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juin 2023, M. B A, représenté par Me Pommelet, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 10 mai 2023 par laquelle le préfet de police a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du jugement au fond, portant autorisation de travail, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ou à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, à verser à lui-même.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors, d'une part, que la décision litigieuse le place en situation irrégulière, et d'autre part qu'elle lui a fait perdre son emploi et l'empêche de trouver un logement, ce alors que l'accompagnement dont il bénéficie dans le cadre d'un contrat jeune majeur arrive à son terme.
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable ;
- à titre subsidiaire, la condition relative à l'urgence n'est pas remplie.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 19 juin 2023 sous le numéro 2314420 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rohmer pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 28 juin 2023 en présence de Mme Parewyck, greffière d'audience :
- le rapport de M. Rohmer, juge des référés ;
- les observations de Me Pommelet, qui reprend ses écritures et soutient que l'adresse mail destinataire des courriels du 30 mars 2023 sollicitant la production de pièces et du 28 avril 2023 l'informant du classement sans suite, est erronée, expliquant l'absence de réponse du requérant, qui n'en a jamais eu connaissance.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant malien né le 30 juin 2002, déclare être entré en France en mars 2019 à l'âge de 16 ans, où il a été placé à l'aide sociale à l'enfance, par ordonnance du 19 juillet 2019. Titulaire d'un titre de séjour " travailleur temporaire " depuis le 11 janvier 2022, il en a sollicité le renouvellement, demande ayant fait l'objet d'un classement sans suite le 10 mai 2023. Par la requête susvisée, M. A demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'existence de la décision en litige :
5. Il résulte de l'instruction que M. A, qui a été titulaire d'une carte de séjour temporaire mention " travailleur temporaire " valable du 11 janvier 2022 au 10 janvier 2023, a sollicité le renouvellement de ce titre le 9 décembre 2022. Il a été mis en possession de récépissés en lien avec cette demande jusqu'au 22 mai 2023. Par courriel du 4 janvier 2023, les services de la préfecture de police ont demandé à M. A de transmettre son nouveau contrat de travail, ce que celui-ci a fait par courriel du 5 janvier. Si la préfecture soutient que par un nouveau courriel du 30 mars 2023, elle a sollicité de M. A la transmission de sa nouvelle autorisation de travail et que faute de réponse de l'intéressé, elle l'a informé, par mail du 28 avril 2023, que sa demande avait été classée sans suite, il résulte de l'instruction que ces deux derniers courriels ont été envoyés à une adresse erronée. Dans ces conditions, le préfet de police n'est pas fondé à soutenir que le courriel du 10 mai 2023 par lequel les services de la préfecture de police ont indiqué à M. A que sa demande de titre de séjour était classée sans suite serait purement confirmatif de la décision du 28 avril 2023. Par suite, la décision du 10 mai 2023 constitue bien une décision faisant grief, et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
En ce qui concerne l'urgence :
6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence.
7. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, M. A soutient que le classement sans suite de sa demande, qui emporte refus de renouvellement de son titre de séjour, le place en situation irrégulière et fait obstacle à la poursuite de son activité professionnelle. Il ressort en effet des pièces du dossier que M. A, qui occupait un emploi d'agent technique polyvalent en crèche auprès de la Ville de Saint-Cloud depuis le 26 septembre 2022 a vu son contrat suspendu le 23 mai 2023, à défaut de régularisation de sa situation administrative. Eu égard aux conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle du requérant, celui-ci justifie se trouver dans une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
8. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 5, il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait omis de répondre à une demande de pièces pour compléter son dossier, qui lui aurait été régulièrement adressée. D'autre part, M. A est entré en France en 2019 à l'âge de 16 ans, où il a été placé à l'aide sociale à l'enfance. A la suite de l'obtention de son certificat d'aptitude professionnelle " assistant technique en milieu familial et collectif ", M. A a été recruté par la ville de Saint-Cloud en tant qu'agent technique polyvalent en crèche, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée régulièrement renouvelé depuis le 26 septembre 2022. Par suite, au regard de l'intégration professionnelle dont il justifie, ainsi que de la durée de sa présence en France, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A qu'aurait commise le préfet de police au regard de son pouvoir de régularisation est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 10 mai 2023 par laquelle le préfet de police a classé sans suite la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
11. La suspension de l'exécution de la décision attaquée, prononcée par la présente ordonnance, implique qu'il soit enjoint au préfet de police de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans l'attente du jugement à intervenir au fond, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Pommelet en application des dispositions précitées, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 10 mai 2023 par laquelle le préfet de police a classé sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A, dans l'attente du jugement à intervenir au fond, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Pommelet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Pommelet, avocat de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 lui sera versée.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Pommelet et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris le 4 juillet 2023.
Le juge des référés,
B. ROHMER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026