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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2314651

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2314651

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2314651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 et 28 juin 2023, M. B A, représenté par Me Victor, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ou, en cas de refus de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'urgence :

- l'urgence est présumée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; il est dépourvu de tout document lui permettant de circuler librement sur le territoire national depuis le 22 avril 2023 ; sa situation irrégulière l'expose à ce que son contrat de travail soit interrompu ;

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'acte attaqué ;

- la procédure devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est irrégulière dès lors qu'il n'est pas possible de vérifier l'identification des médecins et la régularité de la composition du collège des médecins de l'OFII ayant édicté l'avis du 3 février 2023 ;

- le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa situation n'a pas changé depuis la délivrance de son dernier titre de séjour et que le médicament utilisé dans son traitement n'est plus commercialisé en Côte d'Ivoire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside en France depuis 2013, qu'il justifie travailler en situation régulière depuis de nombreuses années et qu'il possède l'ensemble de ses centres d'intérêts personnels et professionnels en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son état de santé ne s'est pas amélioré depuis la fin de validité de son titre de séjour, qu'il réside en France depuis 2013 et qu'il occupe un emploi dans le domaine de la sécurité privée

Le préfet de police, représenté par Me Tomasi, a produit des pièces enregistrées le 28 juin 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 12 avril 2023 sous le numéro 2308243 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Versol pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Cardon, greffier d'audience, Mme Versol a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Victor, représentant M. A, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens.

- - les observations de Me Floret, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, enregistrée le 28 juin2023, a été présentée pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 19 août 1979, est entré en France le 11 novembre 2013 sous visa Schengen. Il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " le 12 décembre 2017 sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 12 décembre 2017 au 11 décembre 2018, titre renouvelé à plusieurs reprises et dont il a sollicité à nouveau le renouvellement le 3 août 2022. Par un arrêté du 6 mars 2023, le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. A demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable (). ".

5. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité par M. A sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 3 février 2023, aux termes duquel, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine.

6. Si M. A soutient qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié en Côte d'Ivoire dès lors que le Viread n'y est pas disponible dans la posologie qui lui est prescrite et produit à l'appui de sa requête un courriel du laboratoire Gilead, en date du 25 janvier 2020, mentionnant que ce médicament n'est pas commercialisé dans ce pays, il ne ressort pas des pièces du dossier que la molécule active qui le compose, le tenofovir disoproxil, serait indisponible en Côte d'Ivoire. Les autres moyens soulevés n'apparaissent pas de nature, en l'état de l'instruction, susceptibles de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

5. l résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'urgence, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 13 juillet 2023.

La juge des référés,

F. VERSOL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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