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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2314835

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2314835

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2314835
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2023, M. B A, représenté par Me Bulajic, demande au juge des référés :

1°) de suspendre la décision du 27 février 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de séjour, ensemble la décision implicite de la même autorité rejetant son recours gracieux du 20 mars 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'urgence :

- l'urgence à suspendre la décision contestée est caractérisée dès lors qu'elle porte refus de renouvellement de son titre de séjour et a pour effet de le placer en situation irrégulière et dans l'insécurité juridique ;

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation, d'examen sérieux et personnalité et d'erreurs de fait dès lors que M. A, qui a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, a communiqué au préfet de police l'autorisation de travail qui lui était demandée sans qu'il en soit tenu compte ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile dès lors que M. A justifie toujours, à la date de sa demande de renouvellement, remplir les conditions relatives à son identité, sa nationalité, son domicile et son travail.

La requête a été communiquée au préfet de police, représenté par Me Tomasi, qui n'a pas produit d'observations en défense ni déposé de pièces.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée le 23 juin 2023 sous le n° 2311500, par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gros, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 29 juin 2023 en présence de

Mme Toubi greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Gros,

- les observations de Me Bulajic, représentant M. A, présent,

- les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

M. B A, ressortissant indien, né le 20 septembre 1980 à Sion Majra (Inde), est entré en France en 2011. Il a obtenu une carte de séjour temporaire mention " salarié " valable du 15 juillet 2021 au 14 juillet 2022. Le 23 juin 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et a obtenu un récépissé valable du 23 juin 2022 au 22 décembre 2022. Par un courrier du 22 juillet 2022, le préfet de police l'a invité à produire une nouvelle autorisation de travail, qui lui a été octroyée le 14 décembre 2022 et qu'il a communiquée. Le 11 janvier 2023, il a été convoqué à la préfecture pour la remise de son titre, sans que celui-ci ne lui soit remis. Par un courrier du 27 février 2023, reçu le lendemain, le préfet de police l'a informé du rejet implicite de sa demande, né le 1er août 2021. Par un recours gracieux, reçu par le préfet de police le 20 mars 2023 et resté sans réponse, le requérant a contesté ce refus. M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 27 février 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler sa carte de séjour, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () "

En ce qui concerne l'urgence :

2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient ainsi au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Enfin, l'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'un retrait de celui-ci.

3. Il résulte de l'instruction que M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " salarié " le 23 juin 2022 et que sa demande a été rejetée le 27 février 2023. Il n'est fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à la présomption d'urgence qui existe lorsque le renouvellement d'un titre de séjour est refusé à un étranger. Il s'ensuit que la condition d'urgence est remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

4. M. A, entré en France en 2011, a obtenu une carte de séjour temporaire mention " salarié " valable du 15 juillet 2021 au 14 juillet 2022. A la date de sa demande de renouvellement, s'il a changé d'employeur et le justifie par une nouvelle autorisation de travail, sa situation personnelle et professionnelle n'a pas changé et le préfet ne fait état d'aucune circonstance est de nature à faire obstacle à la délivrance de son titre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il résulte également de l'instruction que ce titre lui a été en réalité octroyé sans lui être remis de telle sorte que le moyen tiré de ce que la décision attaquée constitue un retrait illégal est également de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Enfin, la décision attaquée du 27 février 2023 se référant non pas à sa demande de renouvellement du 23 juin 2022 mais à sa demande initiale du 1er avril 2021 ayant donné lieu à la délivrance d'un titre de séjour du 15 juillet 2021 au 14 juillet 2022, contraire à l'existence d'une décision implicite de rejet née le 1er août 2021, les moyens d'erreurs de fait et de défaut d'un examen même rudimentaire de sa demande sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute très sérieux quant à la légalité des décisions attaquées. Les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'en suspendre l'exécution.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

5. La présente ordonnance de suspension implique qu'il soit enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de M. A, dans un délai de trois mois, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans délai, à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu'à ce qu'il ait été statué, par le tribunal, sur la requête au fond présentée par l'intéressé.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 27 février 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de séjour est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de trois mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sans délai, à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu'à ce qu'il ait été statué par le tribunal, sur la requête au fond présentée par l'intéressé.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de police.

Fait à Paris, le 11 juillet 2023.

Le juge des référés,

L. GROS

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2314835

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