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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2314838

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2314838

jeudi 31 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2314838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantDESPRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces, enregistrés respectivement les 23 juin, le 10, le 11 et le 21 août 2023 au greffe du tribunal, M. E, représenté par Me Desprat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour " salarié " ou " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, notamment en ce qui concerne son intégration professionnelle, sociale et professionnelle ;

- il est entaché d'un défaut de base légale ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses tentatives de renouvellement de son titre de séjour expiré et méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2023, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les observations de Me Desprat, avocate de M. E, qui insiste, d'une part, sur l'absence de liens de famille de son client avec son pays d'origine, sa seule sœur résidant régulièrement en France, et, d'autre part, sur ses multiples demandes, restées sans réponses, pour régulariser sa situation et la volonté de passer un nouveau diplôme pour approfondir ses connaissances.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant ivoirien, né le 18 décembre 2001 à Yezimala, entré mineur en France en janvier 2018, a fait l'objet, le 10 juin 2023, d'un arrêté, pris sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et dont l'intéressé demande l'annulation, par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. " Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. E, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré en France en janvier 2018 à l'âge de 16 ans et a été placé à l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 17 décembre 2019. Il a été titulaire d'un titre de séjour, renouvelé une fois et expiré au 18 janvier 2022. Si le requérant ne conteste pas ne pas avoir renouvelé son titre dans les délais, motif de l'arrêté attaqué, il se prévaut d'un changement d'adresse qu'il aurait porté à la connaissance de la préfecture de police de Paris et de celle des Yvelines et de l'échec de ses démarches de renouvellement dont il atteste de la réalité par la production de mails échangés avec les services de la préfecture. L'intéressé est par ailleurs bénéficiaire d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en installations sanitaires, obtenu en 2021 et démontre une intégration professionnelle certaine sur le territoire national par la production d'attestations de stages en plomberie, effectués en 2019, d'une convention de stage en plomberie de 2020, d'un contrat de travail à durée indéterminé chez Buffalo gril en juin 2021, d'un contrat de travail à durée déterminée d'ouvrier du bâtiment, d'un contrat jeune majeur valable du 24 juin 2020 au 30 novembre 2022 et d'un contrat d'apprentissage valable du 2 novembre 2022 au 31 août 2024. Il fait en outre valoir que son père, qu'il n'a jamais connu, est décédé en 2001, que sa mère, dont il produit le certificat de décès, est morte en 2015, qu'il était ainsi orphelin préalablement à son entrée en France et que le seul membre de sa famille est son unique sœur, Mme B E, qui réside en France et dont il produit le passeport français. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances et dans les conditions particulières de l'espèce, M. E est fondé à faire valoir que l'arrêté attaqué a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et a, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. C E d'un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par conséquent, d'enjoindre au préfet de police de procéder à la délivrance de ce titre dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Desprat renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Desprat de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. E par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à ce dernier.

D É C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de police du 10 juin 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. C E un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. E à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Desprat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Desprat une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. E

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Desprat et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2023.

Le président du tribunal,

J-C. F

La greffière,

Mme A DLa République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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