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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2314875

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2314875

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2314875
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2023, Mme D B et M. C B, agissant tant en leur noms propres qu'au nom de leur fils mineur, A B, représentés par Me Morel, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de les admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de leur octroyer sans délai un hébergement d'urgence, correspondant à leurs besoins, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2000 euros à verser à leur conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou à leur verser directement en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que le couple et leur enfant, né le 15 juillet 2007, vivent dans un bidonville dans des conditions d'insalubrité mettant en jeu leur santé alors que M. et Mme B souffrent de graves problèmes de santé et qu'ils ne disposent que de peu de ressources, le contrat de travail de M. B n'étant plus renouvelé depuis le mois de mars 2023 et que les fortes chaleurs aggravent la situation d'insalubrité dans laquelle ils vivent ;

- la carence de l'administration à leur proposer un logement porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent le droit à l'hébergement d'urgence et l'intérêt supérieur de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Marino pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Heeralall, greffière d'audience, M. Marino a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Morel, pour M. et Mme B ;

- les observations de Me Gorse, pour le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

2. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. M. et Mme B, ressortissants roumains, nés respectivement le 16 janvier 1964 et le 19 juillet 1971, soutiennent qu'ils n'ont pas réussi à obtenir un hébergement d'urgence malgré de nombreux appels au 115 alors qu'ils vivent dans un bidonville avec leur fils A, né le 21 juillet 2007 et que Mme B souffre d'un cancer détecté au mois d'avril 2023. Toutefois, d'une part, il est constant que malgré les efforts importants de l'administration pour accroitre les capacités d'hébergement d'urgence à Paris et en dans la région d'Ile-de-France, ces capacités ne suffisent pas à satisfaire l'ensemble des demandes, que notamment, s'agissant de la seule journée du 21 juin 2023, 1087 personnes ont vu leur demande d'hébergement rejetée dont 771 personnes en situation de famille avec enfants, représentant 245 familles distinctes. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que si M. et Mme B ont été reconnus travailleurs handicapés à un taux d'incapacité inférieur à 50%, ils ne précisent pas leur handicap. Par ailleurs s'il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du 31 mai 2023 que l'état de Mme B nécessite des soins hebdomadaires au service d'oncologie de l'hôpital Paris - Saint Joseph, sous la forme de perfusions pour une durée de six mois et que la non réalisation de ces soins entrainerait des conséquences graves ou potentiellement mortelles pour elle, cette attestation ne permet pas de connaître l'état de santé de Mme B et d'apprécier la situation de vulnérabilité dans laquelle elle se trouverait au regard de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. Les deux autres certificats médicaux produits n'apportent pas plus de précision sur ce point dès lors qu'ils se bornent à affirmer que l'état de santé de M. et Mme B n'est pas compatible avec leurs conditions de vie actuelles. Enfin, si les requérants font valoir qu'ils ont vainement tenté de joindre les services du 115, les pièces produites de leurs appels ne fait apparaitre des contacts que les 12, 14 et 16 juin alors que le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, fait valoir que les requérants n'ont pas contacté le 115 entre le début de l'année 2022 et la mi-juin 2023. Dès lors, ils n'établissent pas qu'ils se trouveraient dans une situation de détresse médicale, psychique ou sociale qui entrainerait des conséquences d'une particulière gravité. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale en n'offrant pas une solution stable dans le cadre de l'hébergement d'urgence sollicité.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme et M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B et M. C B et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 28 juin 2023.

Le juge des référés,

Y. MARINO

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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