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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2314945

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2314945

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2314945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantOSBORNE CLARKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juin 2023, la société civile immobilière (SCI) du Pré Botté, la SCI Foncière des Invalides et la SCI Foncière de la Tour, représentés par Me Le Mière, demandent au tribunal :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 4 août 2022 par lequel la maire de Paris a accordé un permis de construire à la société Batigère en Ile-de-France ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris et de la société Batigère en Ile-de-France, " individuellement à parts égales ", la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur requête est recevable, dès lors qu'elles justifient d'un intérêt à agir.

Sur l'urgence :

- elle est présumée, conformément aux dispositions de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son signataire ;

- il méconnaît l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme car le pétitionnaire n'avait pas qualité pour déposer la demande de permis de construire, faute d'accord des requérants, propriétaires de l'immeuble mitoyen du projet ; le doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué est d'autant plus caractérisé que le projet tend à supprimer une partie des ouvertures situées sur le mur pignon mitoyen du bâtiment à construire ;

- il méconnaît le plan de prévention du risque inondation, applicable conformément à l'article UG 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que la parcelle BZ n° 0083 sur laquelle est assise le bâtiment projeté est située en zone inconstructible ;

- il méconnaît également l'article III C 4 du règlement du 19 avril 2007, car une partie du projet est située en-deçà du niveau des plus hautes eaux et le rez-de-chaussée est situé en deçà de la cote 33,00 tout comme la création de deux maisons d'assistantes maternelles ;

- le dossier de permis de construire ne fait pas mention des caractéristiques garantissant la pérennité structurelle de la construction projetée dans l'hypothèse d'une immersion prolongée de plusieurs jours ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UG 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, dès lors que le projet aura pour effet d'affecter directement et gravement huit ouvertures situées en partie basse de leur bâtiment, qui ne constituent pas des jours de souffrance mais des ouvertures larges, à verres transparents, donnant sur des pièces de vie principales ; la végétalisation du toit du bâtiment B2 est également de nature à obstruer les ouvertures de leur bâtiment ; enfin, la construction des bâtiments A et B limitera l'apport en lumière des bâtiments donnant la cour intérieur ;

- il méconnaît les article UG 11.1 et UG 11.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris dès lors que le projet porte atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, au sein duquel il ne s'intègre pas harmonieusement compte tenu, s'agissant du bâtiment A, de sa couleur, et du fait que ses transitions volumétriques et architecturales et ses soubassements ne sont pas en accord avec les constructions voisines et, s'agissant du bâtiment B, de l'utilisation de béton brut et gris, de l'absence de travail d'ornementation sur la façade, de l'absence de balcon en fer forgé, de la créations de fenêtres étroites et de la présence de menuiseries de couleur chêne.

Par des mémoires en défense enregistrés les 7 et 10 juillet 2023, la société Batigère en Ile-de-France, représentée par Me Pfyffer d'Altishofen, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce qu'il soit mis solidairement à la charge de l'ensemble des requérantes une somme de 12 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la requête est irrecevable, compte tenu du fait que les SCI Pré Botté et Foncière des Invalides ne justifient pas de leur qualité de propriétaire, et donc de voisin immédiat du projet ;

- les sociétés requérantes ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance du PPRI dès lors que l'unité foncière du terrain d'assiette du projet est supérieure ou égale à la cote des PHEC ;

- les sociétés requérantes ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article III C 4 du règlement du 19 avril 2007 en ce qui concerne les maisons d'assistantes maternelles, dès lors qu'elles ne constituent pas des logements mais des constructions à destination d'équipements d'intérêt collectif et de services publics ;

- aucun des moyens relatifs à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2023, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la condition tenant au doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué n'est pas remplie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2011-1539 du 16 novembre 2011 relative à la définition des surfaces de plancher prises en compte dans le droit de l'urbanisme ;

- le règlement du plan de prévention des risques d'inondation du département de Paris révisé, approuvé par arrêté préfectoral n° 2007-109-1 du 19 avril 2007 ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Grandillon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Szymanski, greffière d'audience :

- le rapport de M. Grandillon, premier conseiller,

- les observations de Me Le Mière et de Me Bedot, pour les requérantes, qui concluent aux mêmes fins que dans leurs écritures, par les mêmes moyens,

- les observations de la Ville de Paris, représentée par Mme B, qui conclut aux mêmes fins que dans son mémoire en défense, par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Pfyffer d'Altishofen, pour la société Batigère en Ile-de-France, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures, par les mêmes moyens.

A l'issue de l'audience, les parties ont été informées de ce que la clôture d'instruction serait différée au 12 juillet 2023 à 12 heures.

Par une ordonnance du 10 juillet 2023 la clôture de l'instruction a été différée au 12 juillet 2023 à 12 heures, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Par un mémoire enregistré le 12 juillet 2023, la SCI du Pré Botté, la SCI Foncière des Invalides et la SCI Foncière de la Tour concluent aux mêmes fins que dans leur requête, par les mêmes moyens, portent à 20 000 euros leurs conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et concluent au rejet des conclusions présentées par la société Batigère en Ile-de-France sur le fondement de ces mêmes dispositions.

Elles soutiennent, en outre, que l'arrêté attaqué méconnaît également l'article III C 3 du règlement du 19 avril 2007, car les maisons d'assistantes maternelles ne peuvent être construites en dessous des niveaux PHEC.

Par une ordonnance du 12 juillet 2023 la clôture de l'instruction a été différée au 13 juillet 2023 à 12 heures, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Par un mémoire enregistré le 12 juillet 2023, la société Batigère en Ile-de-France conclut aux mêmes fins que dans ses précédentes écritures, par les mêmes moyens.

Elle soutient, en outre, que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article III C 3 du règlement du 19 avril 2007 est irrecevable dès lors qu'il a été soulevé postérieurement à la cristallisation des moyens intervenus, dans l'instance principale relative à sa demande d'annulation pour excès de pouvoir de l'acte attaqué, le 24 juin 2023 en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire enregistré le 13 juillet 2023, la SCI Pré Botté, la SCI Foncière des Invalides et la SCI Foncière de la Tour concluent aux mêmes fins que dans leurs précédentes écritures, par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Pré Botté, la SCI Foncière des Invalides et la SCI Foncière de la Tour demandent au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'arrêté du 4 août 2022 par lequel la maire de Paris a accordé un permis de construire à la société Batigère en Ile-de-France pour la construction de 13 logements sociaux (9 collectifs et 4 individuels) et d'une maison d'assistantes maternelles (CINASPIC) répartis dans 3 bâtiments (R+6, R+5 et RdC), l'aménagement d'une seconde maison d'assistantes maternelles (CINASPIC) dans le pavillon d'angle existant et le changement de destination d'habitation en CINASPIC.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la société Batigère en Ile-de-France :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () ".

3. La société Batigère en Ile-de-France soutient que les SCI du Pré Botté et Foncière des invalides sont, en application de leurs titres de propriété datés du 11 avril 2017, réputées avoir rétrocédé leur bien situé au 42 boulevard de la Tour Maubourg au plus tard en 2022 et qu'elles ne justifient donc pas de leur qualité de propriétaire ni, par suite, de voisin immédiat du projet. Toutefois, si les titres de propriété de ces deux sociétés indiquent qu'elles s'engagent à revendre leur bien dans les cinq ans dans les conditions prévues à l'article 1115 du code général des impôts, ces dernières indiquent, dans leurs écritures en réplique, avoir renoncé à revendre leur bien. Elles précisent qu'elles en sont donc toujours propriétaires et produisent, à cet égard, un avis de taxe foncière pour l'année 2022. Elles justifient donc de leur qualité de propriétaire, et donc de voisin immédiat du projet. Par ailleurs, une demande collective tendant à l'annulation pour excès de pouvoir d'un permis de construire est recevable bien qu'un signataire n'ait pas qualité ou intérêt pour agir, des lors qu'un autre signataire de cette demande a intérêt à l'annulation de la décision attaquée. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt pour agir des SCI du Pré Botté et Foncière des invalides ne peut, en tout état de cause, qu'être écartée dès lors que la SCI Foncière de la Tour est recevable à contester le permis de construire délivré le 4 août 2022.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision / () ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. / () ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. La construction d'un bâtiment autorisée par un permis de construire présente un caractère difficilement réversible. Par suite, lorsque la suspension de l'exécution d'un permis de construire est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés, pour apprécier si la condition d'urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

6. Il résulte de ce qui a été indiqué au point précédent que la requête présentée par les sociétés requérantes tendant à la suspension d'un permis de construire, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. Par ailleurs, la société Batigère en Ile-de-France et la Ville de Paris n'établissent ni même n'allèguent que des circonstances particulières justifient le renversement de cette présomption. La condition d'urgence doit donc être considérée comme remplie.

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

7. Aux termes de l'article UG 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " a - Dans les zones de risque délimitées par le Plan de prévention du risque d'inondation (P.P.R.I.) du Département de Paris, la réalisation de constructions, installations ou ouvrages, ainsi que les travaux sur les bâtiments existants et les changements de destination sont subordonnés aux dispositions réglementaires énoncées par ledit document (Voir, dans les annexes du PLU, les plans et listes des servitudes d'utilité publique, § IV, B : servitudes relatives à la sécurité publique). / () ".

8. Aux termes du D du II du plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) : " Au sens du présent règlement, les plus hautes eaux connues ou PHEC correspondent aux cotes portées en lettres marron sur les documents cartographiques. Ces cotes sont exprimées en mètres dans le nivellement général de la France dit " A 69 ". / À chaque cote est associé un périmètre bordé par un trait continu marron et, le cas échéant, par la Seine. / Chaque cote de PHEC s'applique à l'ensemble de l'unité foncière et aux voiries appartenant à l'une des zones soumises à prescription (zone verte, rouge ou bleue) et incluses dans le périmètre associé à la cote. La cote de PHEC s'exprime dans le système de nivellement général de la France (A 69) qui diffère du système orthométrique de la Ville de Paris (système NVP) : la valeur du système orthométrique de la Ville de Paris est inférieur de l'ordre de 33 cm à celle exprimée dans le système A 69 ". En vertu du 0 du C du III du plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) : " Sont exemptées des dispositions du présent chapitre les unités foncières bâties ou non bâties dont l'altitude est supérieure ou égale à la cote des PHEC et dont l'accès reste possible par une voirie publique ou privée non inondée. (). / Les dispositions du présent chapitre sont applicables aux unités foncières représentées en bleu (clair ou sombre) sur les cartes de zonage. (). / L'altitude d'une unité foncière est déterminée par levé de géomètre en considérant la cote du point le plus bas de l'unité foncière, exprimée dans le référentiel A 69 et arrondie aux 5 centimètres supérieurs. Par convention, lorsque cette altitude ne peut être déterminée, notamment en raison des constructions existantes, l'altitude considérée est celle du plancher du rez-de-chaussée des constructions () ". Selon le 3 du C du III du même texte : " En dehors des secteurs stratégiques pour le développement économique et social de Paris prévu ci-dessus, la construction ou la reconstruction de SHON sur une unité foncière est autorisée pour les équipements publics, semi-publics ou privés à caractère social, éducatif, culturel ou sportif, sous les conditions suivantes : / () / Les niveaux d'exploitation de ces équipements, doivent être installés au-dessus des PHEC () ".

9. Aux termes de l'article 4 de l'ordonnance du 16 novembre 2011 relative à la définition des surfaces de plancher prises en compte dans le droit de l'urbanisme : " () A compter du 1er mars 2012, les valeurs exprimées en surface hors œuvre nette et en surface hors œuvre brute dans tous les plans locaux d'urbanisme, plans d'occupation des sols, plans d'aménagement de zone et plans de prévention des risques naturels, plans de prévention des risques miniers et plans de prévention des risques technologiques devront s'entendre en valeurs exprimées en surface de plancher telle que définie dans la présente ordonnance. () ".

S'agissant de la recevabilité du moyen tiré du 3 du C du III du PPRI :

10. Aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. () ". En vertu de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " () A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière ".

11. D'une part, il résulte des dispositions de l'article R. 522-1 du code de justice administrative que les demandes tendant à la suspension de l'exécution d'un acte administratif présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative font l'objet d'une requête distincte de celle tendant à son annulation pour excès de pouvoir. En outre, il résulte des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme que la cristallisation des moyens qu'elles prévoient intervient à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense produit dans l'instance par l'un quelconque des défendeurs. Ainsi, il résulte de l'interprétation combinée de ces dispositions que la règle de la cristallisation des moyens prévues par l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme s'applique, de manière distincte et indépendante à l'instance au fond et à l'instance en référé suspension concernant un même acte. La société Batigère en Ile-de-France ne peut donc utilement se prévaloir de la cristallisation des moyens intervenue dans l'instance au fond, relative au recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'arrêté dont la suspension est demandée, pour contester la recevabilité du moyen tiré de la méconnaissance du 3 du C du III du PPRI dans la présente instance en référé. D'autre part, dans la présente instance en référé, le moyen tiré de la méconnaissance du 3 du C du III du PPRI a été soulevé moins de deux mois après la communication du premier mémoire en défense enregistré au greffe du tribunal. Enfin, et en tout état de cause, ce moyen se rattache à la circonstance que les maisons d'assistantes maternelles projetées se situent à un niveau inférieur à celui des PHEC, laquelle a été développée par les sociétés requérantes dès l'introduction de leur requête en référé et de leur requête au fond, et donc avant la survenue de la cristallisation des moyens dans chacune de ces instances. Par suite, la société Batigère en Ile-de-France n'est pas fondée à soutenir que le moyen tiré de la méconnaissance du 3 du C du III du PPRI est irrecevable.

S'agissant du caractère opérant du moyen tiré du 3 du C du III du PPRI :

12. D'une part, s'il ressort du plan de coupe longitudinale numéroté PC3c que le plateau de nivellement du bâtiment A se situe à une altitude de 33 mètres NVP, soit 33,33 dans le système A 69, comme l'indique le pétitionnaire dans ses écritures en défense, cette information n'est pas pertinente pour déterminer l'altitude de l'unité foncière servant de terrain d'assiette au projet et qui doit, conformément au 0 du C du III du PPRI, être déterminée par levé de géomètre en tenant compte du point le plus bas exprimé dans le référentiel A 69 et arrondie aux 5 centimètres supérieurs ou, en cas d'impossibilité, par référence à l'altitude du plancher du rez-de-chaussée des constructions.

13. D'autre part, il résulte du plan foncier établit par un géomètre expert que l'altitude la plus basse de l'unité foncière est de 32,07 mètres NVP, soit 32,45 mètres selon référentiel A 69. C'est également le cas pour la partie de l'unité foncière correspondant à l'entrée dans les deux maisons d'assistantes maternelles, ainsi que cela ressort du plan de rez-de-chaussée numéroté PC39-8b. L'altitude de l'unité foncière en cause est donc inférieure au niveau des PHEC, qui s'établit à 33 mètres dans le système A 69, soit 32,67 mètres NVP. La société Batigère en Ile-de-France n'est donc pas fondée à soutenir que l'unité foncière est exemptée de l'application du C du III du PPRI. Les sociétés requérantes peuvent donc utilement se prévaloir de ces dispositions en l'espèce.

S'agissant du doute sérieux au regard du moyen tiré du 3 du C du III du PPRI

14. D'une part, il résulte de la notice descriptive du projet et du plan de rez-de-chaussée respectivement numérotés PC4a et PC39-7a que le projet consiste notamment en la création de deux maisons d'assistantes maternelles dénommée, pour la première, " MAM A " et implantée au rez-de-chaussée d'un bâtiment à construire et appelée, pour la seconde, " MAM C " et prévue au rez-de-chaussée d'un bâtiment existant sur rez-de-chaussée abritant initialement des locaux pour le stockage d'ordures et de poussettes et des boites aux lettres. Ces deux maisons d'assistantes maternelles présentent un caractère social ou éducatif au sens du PPRI, comme l'admet d'ailleurs expressément le pétitionnaire dans ces dernières écritures, et ce nonobstant la circonstance qu'elles sont également qualifiées de CINASPIC au sens du règlement du plan local d'urbanisme de Paris. Par ailleurs, il résulte du dossier spécifique permettant de vérifier la conformité des établissements recevant du public aux règles d'accessibilité et de sécurité contre l'incendie et la panique que ces deux maisons d'assistantes maternelles seront installées après un décaissement du terrain, qu'elles disposeront d'une mezzanine, mais que les enfants seront uniquement accueillis dans la partie basse des locaux, en rez-de-chaussée.

15. D'autre part, il résulte du plan de rez-de-chaussée PC39-7a cité au point précédent que les espaces destinés à accueillir les enfants culminent à une altitude de 31,71 mètres NVP pour la MAM A et 32,05 mètres NVP pour la MAM C, soit respectivement à 32,04 mètres et à 32,38 mètres dans le système A 69. Le niveau d'exploitation de ces équipements, qui doit s'entendre comme leur niveau d'utilisation, se trouve donc en dessous du niveau des PHEC, qui s'établit, sur cette unité foncière, à 33 mètres dans le système A 69, soit 32,67 mètres NVP. Ainsi, et nonobstant la circonstance que le dossier de permis de construire comporte une attestation de réalisation d'étude de conformité au PPRI, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 3 du C du III du PPRI est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté dont la suspension est demandée.

16. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué.

17. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 août 2022 par lequel la maire de Paris a accordé un permis de construire à la société Batigère en Ile-de-France, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes, qui ne sont pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante, le versement à la société Batigère en Ile-de-France de la somme qu'elle demande au titre des frais exposés au cours de l'instance et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris le versement d'une somme de 500 euros à verser, individuellement, à chacune des trois sociétés requérantes et de mettre à la charge de la société Batigère en Ile-de-France le versement de la même somme de 500 euros, à verser également individuellement à chacune des trois sociétés requérantes.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 4 août 2022 par lequel la maire de Paris a accordé un permis de construire à la société Batigère en Ile-de-France est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : La Ville de Paris versera à la SCI du Pré Botté la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La Ville de Paris versera à la SCI Foncière des Invalides la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La Ville de Paris versera à la SCI Foncière de la Tour la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La société Batigère en Ile-de-France versera à la SCI du Pré Botté la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : La société Batigère en Ile-de-France versera à la SCI Foncière des Invalides la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : La société Batigère en Ile-de-France versera à la SCI Foncière de la Tour la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Les conclusions présentées par la société Batigère en Ile-de-France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à la société civile immobilière (SCI) du Pré Botté, la SCI Foncière des Invalides et la SCI Foncière de la Tour, à la société Batigère en Ile-de-France et à la Ville de Paris.

Fait à Paris, le 19 juillet 2023.

Le juge des référés,

J. GRANDILLON

La République mande et ordonne au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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