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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2315163

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2315163

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2315163
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023 M. D C, agissant en qualité de représentant légal de sa fille Mme B C, représenté par Me Il, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre aux autorités consulaires ou au préfet de police de Paris de délivrer un document de circulation pour étranger mineur ou tout autre document de voyage à sa fille dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence de la situation de sa fille est avérée dès lors qu'elle est dépourvue de document de circulation en vue de de rendre aux Etats-Unis le 3 juillet 2023 afin de suivre son stage en vue de son intégration à l'université après son baccalauréat et qu'ils ont acheté des billets pour le 1er juillet 2023 ;

- cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delesalle comme juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delesalle ;

- les observations de M. Il, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et expose, en outre que sa fille remplit les conditions pour l'obtention d'un document de circulation pour étranger mineur, que la délivrance de ce dernier ou de tout autre document équivalent même provisoire ne se heurte ainsi à aucun obstacle, qu'elle peut décaler son voyager au lundi 3 juillet au plus tard si nécessaire, et que la possibilité d'obtenir aux Etats-Unis, une fois sur place, un visa de retour n'est pas assurée ;

- les observations de Me Floret, avocate du préfet de police de Paris, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la demande de Mme C est en cours d'instruction, qu'en toute hypothèse il n'est pas matériellement possible d'obtenir le document d'ici samedi 1er juillet ou même pour le lundi 3 juillet et qu'il est loisible cas échéant de demander un visa sur place aux Etats-Unis.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure particulière instituée à l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

3. Aux termes de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un document de circulation pour étranger mineur est délivré à l'étranger mineur résidant en France : / 1° Dont au moins l'un des parents est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident ; / (). ".

4. Il résulte de l'instruction que M. C, ressortissant américain né le 22 novembre 1955, agissant en sa qualité de représentant légal de sa fille mineure, Mme B C, ressortissante américaine née le 7 février 2006, réside en France sous couvert d'un visa de long séjour mention " visiteur " d'un an valant titre de séjour valable jusqu'au 3 août 2023 renouvelable, dont il a sollicité le renouvellement le 5 mai 2023 en obtenant une attestation de prolongation d'instruction le 20 juin 2023 jusqu'au 19 septembre 2023. Sa fille, qui suit des études en vue d'obtenir un baccalauréat en deux ans à l'école Jeannine Manuel à Paris, a en revanche été mise en possession d'un visa long séjour temporaire visiteur valable pour une durée d'un an non renouvelable, du 4 août 2022 au 3 août 2023. M. C a sollicité le 19 mars 2023 auprès du préfet de police un changement de statut pour sa fille afin qu'elle puisse terminer sa scolarité à Paris et voyager aux Etats-Unis compte tenu de leur projet de vie en France pour une période de deux ans. Un agent instructeur a pris attache avec lui afin qu'il sollicite un document de circulation pour étranger mineur (A), que M. C a demandé par une demande déposée le 20 mai 2023. Le 15 juin 2023, il a interrogé les services préfectoraux sur l'état de l'instruction de cette demande, et il lui a été indiqué que celle-ci était en cours d'instruction. Toutefois, par un courrier du 20 juin 2023, l'Université de Californie l'a informé que sa fille était sélectionnée pour un stage aux Etats-Unis, qui se déroule du 3 juillet au 18 août 2023. En l'absence de document de A, il a saisi le juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, après l'avoir fait sur celui de l'article L. 521-3 du même code, en lui demande d'enjoindre aux autorités consulaires françaises ou au préfet de police de Paris de délivrer à sa fille un A ou tout autre document de voyage, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

5. Toutefois, si pour justifier l'urgence à obtenir une mesure du juge des référés, M. C se prévaut de ce que sa fille est dépourvue de document de circulation en vue de de rendre aux Etats-Unis le 3 juillet 2023 afin de suivre son stage en vue de son intégration à l'université après son baccalauréat et qu'ils ont acheté des billets pour le 1er juillet 2023, d'une part, il n'existe aucun obstacle à ce que sa fille, de nationalité américaine et titulaire d'un passeport américain valable du 6 février 2022 au 5 février 2027, outre de son visa long séjour temporaire " visiteur " valable jusqu'au 3 août 2023, parte dans son pays d'origine pour y effectuer son stage le 1er juillet prochain. D'autre part, sa demande de A est en cours d'instruction, ainsi que l'ont indiqué les services de la préfecture de police à M. C, et de document est susceptible de lui être délivré avant son retour en France, prévu dans plus d'un mois et demi à la date de l'arrêté, et sa reprise des cours prévue début septembre. Par ailleurs, il est également loisible à M. C de solliciter un visa pour sa fille auprès des autorités consulaires françaises aux Etats-Unis pendant la durée du stage afin de permettre son retour sur le territoire français. Dans ces conditions, il ne peut être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence qui appellerait une décision du juge des référés dans un délai de quarante-huit heures.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. C doit, à ce stade, être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, en sa qualité de représentant légal de sa fille B C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

Copie sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 29 juin 2023.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. /9

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