Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juin 2023, M. B... A..., représenté par Me Bidault, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite du 3 mai 2023 par laquelle le directeur régional des finances publiques d’Ile-de-France et de Paris a rejeté son recours administratif ;
2°) d’annuler les huit titres de perception émis le 30 août 2022 par le directeur régional des finances publiques d’Ile-de-France et de Paris pour un montant total de 29 323 euros en vue du recouvrement d’un trop-perçu d’aides versées au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l’épidémie de covid-19 ;
3°) d’enjoindre au directeur régional des finances publiques d’Ile-de-France et de Paris de procéder au réexamen de sa demande visant à l’annulation des huit titres de perception émis le 30 août 2022 ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les titres de perception ne sont pas fondés dès lors qu’il n’a pas été informé que l’administration avait des doutes quant à son éligibilité à l’aide aux entreprises au titre du fonds de solidarité et que son activité a été impactée par l’épidémie de covid-19 ;
- ils sont entachés d’irrégularités dès lors qu’ils ne sont pas signés ;
- ils sont entachés d’incompétence ;
- ils sont entachés d’un défaut de motivation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, la directrice régionale, alors, des finances publiques d’Ile-de-France et du département de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l’ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Simonnot, président rapporteur,
- les conclusions de M. Kusza, rapporteur public,
- et les observations de Me Machet, substituant Me Bidault, représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
1. M. A... demande au tribunal d’annuler la décision implicite du 3 mai 2023 par laquelle a été rejeté son recours administratif dirigé contre huit titre de perception émis à son encontre, ensemble ces huit titres de perception du 30 août 2022 lui réclamant le reversement d’une somme totale de 29 323 euros représentant un trop perçu d’aides versées au titre du fonds de solidarité institué pour aider les entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l’épidémie de covid-19, pour les mois d’avril, mai, juin, octobre, novembre et décembre 2020 ainsi que les mois de janvier et février 2021.
2. M. A... doit être regardé comme demandant la décharge des sommes visées par les titres de perception litigieux.
Sur les conclusions à fin d’annulation et de décharge :
3. L’annulation d’un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n’implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d’une régularisation par l’administration, l’extinction de la créance litigieuse, à la différence d’une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l’annulation d’un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l’administration, il incombe au juge administratif d’examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.
En ce qui concerne le bien-fondé des titres de perception :
4. Aux termes de l’article 1er de l’ordonnance du 25 mars 2020 portant création d’un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l’épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : « Il est institué, jusqu'au 31 décembre 2020, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation (…). » L’article 3 de la même ordonnance dispose que : « Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds (…) ».
5. Il résulte de l’instruction que M. A... a obtenu des aides au titre du fonds de solidarité à hauteur de 29 323 euros, pour les mois d’avril, mai, juin, octobre, novembre et décembre 2020 ainsi que pour les mois de janvier et février 2021. Ayant constaté des incohérences dans les sommes déclarées par le requérant pour bénéficier des aides financières qui lui ont été accordées ainsi qu’un défaut de déclarations de ses revenus, faisant apparaitre un indu relativement à l’ensemble des sommes versées, l’administration a émis huit titres de perception, le 30 août 2022. Par courrier du 28 octobre 2022, M. A... a formé un recours administratif contre chacun des titres de perception en litige, mais n’a produit aucun justificatif permettant d’établir la réalité des sommes qu’il a déclarées pour bénéficier des aides au titre du fonds de solidarité institué pour aider les entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l’épidémie de covid-19. Si M. A... persiste à contester le bien-fondé des titres de perception émis à son encontre par le présent recours, il n’apporte toutefois aucun élément relatif aux chiffres d’affaires déclarés permettant au juge d’apprécier la réalité de la perte de chiffre d’affaires invoquée. Par suite, M. A... n’est, en tout état de cause, pas fondé à demander la décharge de la somme dont il est débiteur.
En ce qui concerne la régularité des titres de perception :
6. En premier lieu, aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ». En vertu du B du V de l’article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010, pour l’application de ces dispositions aux titres de perception délivrés par l’Etat, « la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ».
7. Il résulte de ces dispositions, d’une part, que le titre de perception individuel délivré par l’Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l’auteur de cette décision, et d’autre part, qu’il appartient à l’autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l’état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n’imposent pas de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire. Les nom, prénom et qualité de la personne ayant signé l’état revêtu de la formule exécutoire doivent, en revanche, être mentionnés sur le titre de perception, de même que sur l’ampliation adressée au redevable.
8. Les titres de perception émis à l’encontre de M. A... comportent les nom et prénom de l’ordonnateur, ainsi que sa qualité. Toutefois, l’état exécutoire de chacun de ces titres n’étant pas produit, en dépit de la contestation adressée par M. A... le 28 octobre 2022 à la direction générale des finances publiques d’Ile-de-France et de Paris, leur régularité ne peut être établie. Il s’ensuit que les dispositions citées au point 6 ont été méconnues.
9. En second lieu, aux termes du second alinéa de l’article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : « Toute créance liquidée faisant l’objet d’une déclaration ou d’un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation (…) ». Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l’état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
10. Les titres de perception attaqués précisent qu’ils concernent un trop-perçu d’aides versées dans le cadre du fonds de solidarité en application du décret n°2020-371 du 30 mars 2020 modifié, et énoncent également que le motif de répétition de l’indu est le non-respect des conditions d’éligibilité. En revanche, ils ne comportent aucun élément de calcul. Si le directeur régional des finances publiques d’Ile-de-France et de Paris fait valoir que ces éléments de calcul ont été joints à une lettre du 27 septembre 2021 transmise à l’intéressé, ce que ce dernier conteste, il ne l’établit par aucune pièce. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation des titres de perception doit également être accueilli.
11. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que M. A... est fondé à demander l’annulation des titres de perception qu’il attaque, ainsi que la décision rejetant son recours administratif, sans qu’il ne soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête. En revanche, il n’est pas fondé à solliciter la décharge de la somme dont il est débiteur.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
12. Compte tenu du motif d’annulation retenu, les conclusions à fin d’injonction présentées par M. A... tendant à ce que la direction générale des finances publiques d’Ile-de-France et de Paris procède au réexamen de sa demande visant à l’annulation des huit titres de perception émis le 30 août 2022 ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros à verser à M. A... en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les titres de perception émis le 30 août 2022 à l’encontre de M. A..., ainsi que la décision implicite du 3 mai 2023 par laquelle le directeur régional des finances publique d’Ile-de-France et de Paris a rejeté son recours administratif, sont annulés
Article 2 : L'Etat versera une somme de 500 euros à M. A... en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris.
Délibéré après l’audience du 9 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Simonnot, président-rapporteur,
M. Desprez, premier conseiller,
Mme Van Daële, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.
Le président rapporteur,
signé
J.-F. SIMONNOT
Le premier assesseur,
signé
J.-B. DESPREZ
La greffière,
signé
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au préfet de région d’Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.