mardi 18 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2315628 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | BARROSO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 juillet 2023, M. A B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Paris-Vincennes 2A, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2023 du préfet de police portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays le pays de destination et portant interdiction de circuler sur le territoire français (pour une durée de vingt-quatre mois) ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées ; elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; il n'est fait état d'aucun élément relatif à sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 et le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet de police fait une inexacte application de ces dispositions ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation ; il n'y a pas urgence à l'éloigner ;
- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 6 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 ; la simple constatation par le préfet de police qu'il a été interpellé pour " participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences et port d'arme prohibé de catégorie D2, détention de substance ou produit incendiaire ou explosif ou d'éléments destinés à composer un engin incendiaire ou explosif en vue de préparer une destruction, dégradation ou atteinte aux personnes, ne suffit pas, en l'absence de circonstances particulières, à établir que sa présence en France constituerait une " menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société " ; il conteste ces faits et ne constitue pas un trouble à l'ordre public ;
- cette décision est disproportionnée ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense, et qui a versé, le 17 juillet 2023, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Kanté en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juillet 2023 :
- les observations de Me Barroso, avocat commis d'office représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;
- les observations de M. B ;
- et les observations de Me Schwilden, représentant le préfet de police qui conclut au rejet de la requête, soulignant, que M. B a fait l'objet de douze signalements.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant bulgare né le 22 octobre 1999, demande l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2023 du préfet de police portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays le pays de destination et portant interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet de police s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. En outre, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels il a estimé que ces décisions ne méconnaissaient pas les textes qu'il a visés. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination ne peuvent qu'être écartés.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; ". Et, aux termes de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ". Et aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ".
6. Les dispositions citées au point précédent doivent être interprétées à la lumière des objectifs de la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres du 29 avril 2004, notamment de ses articles 27 et 28. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
7. En l'espèce, M. B fait valoir qu'il est entré en France à l'âge de 6 ans en 2005 et qu'il y dispose de toutes ses attaches familiales, en la présence de son frère et de sa mère, laquelle, titulaire selon ses allégations non établies, d'une carte de séjour en cours de validité, était mariée depuis le 26 novembre 2005 à un ressortissant français, père du requérant, décédé le 17 mai 2022. S'il est constant que M. B a suivi toute sa scolarité en France, à tout le moins, depuis le cours préparatoire jusqu'à la classe de collège de troisième, de 2006 à 2015, et qu'il réside depuis son arrivée en France avec sa mère à Varenne-sur-Seine ainsi qu'en atteste le certificat de résidence en date du 11 juillet 2023 établi par l'adjointe au maire de cette ville, il n'établit pas, contrairement à ce qu'il soutient, travailler régulièrement depuis plusieurs années, notamment en qualité de paveur depuis avril 2023, en se bornant à produire une convocation à un entretien d'embauche le 15 septembre 2020, pour un poste d'agent d'entretien et disposer de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. Si bien qu'il n'est pas fondé à soutenir, bien qu'étant titulaire d'une assurance maladie, qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, alors qu'il ne bénéficiait d'aucun droit au séjour permanent, ne démontrant pas avoir résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédant la mesure en cause. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B, a été interpellé en flagrance, le 1er juillet 2023, à 21h45, à Paris pour des faits de " participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences et port d'arme prohibé de catégorie D2 (en l'occurrence du mortier), détention de substance ou produit incendiaire ou explosif ou d'éléments destinés à composer un engin incendiaire ou explosif en vue de préparer une destruction, dégradation ou atteinte aux personnes ". S'il conteste ces faits, il a cependant reconnu lors de son audition par les services de police, la détention de mortier, et, ainsi qu'il a été mentionné lors de l'audience publique et qu'il ressort des pièces du dossier, est défavorablement connu des services de police, ayant fait l'objet de pas moins de douze signalements au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) depuis décembre 2018 pour détention, usage non autorisé de stupéfiants, vol à l'étalage, refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité, conduite d'un véhicule sans permis, recel de bien provenant d'un vol, vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail, violence aggravée par trois circonstances. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas commis d'erreur d'appréciation et d'erreur de droit en estimant que le comportement de l'intéressé constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française, qui justifiait l'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement des dispositions citées au point 5. Les moyens tirés de la violation de l'article 27 de la directive 2004/38 du 29 avril 2004 et des dispositions du 1° et du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, par suite, être écartés.
8. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé. M. B, célibataire et sans charge de famille, n'est pas isolé en Bulgarie où il a déclaré que vivaient deux de ses frères et ses grands-mères et où il a pour projet de faire construire un immeuble et de créer une entreprise dans la fibre optique.
En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. "
10. Eu égard aux circonstances mentionnées au point 7 du jugement, le préfet de police pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées et sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation, considérer qu'il y avait urgence à éloigner le requérant du territoire national et le priver du délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". En vertu de l'article L. 251-6 du même code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. ". Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 dispose que : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. "
12. Il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de police n'a pas expressément visé les dispositions précitées, n'a pas précisément exposé les circonstances de fait qui constituent le fondement de sa décision interdisant à M. B de circuler sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, ne faisant notamment à aucun moment référence à la durée de séjour en France de l'intéressé. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, cette décision doit être annulée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de police du 2 juillet 2023 lui interdisant de circuler sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Sur les frais liés au litige :
14. M. B ayant bénéficié de l'assistance d'un avocat commis d'office, et ne justifiant pas avoir exposé des frais pour assurer sa défense, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 2 juillet 2023 du préfet de police portant interdiction à M. B de circuler sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Lu en audience publique le 18 juillet 2023.
La magistrate désignée,
C. Kanté La greffière,
A. Depousier
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026