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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2315804

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2315804

mercredi 6 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2315804
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 juin et 3 septembre 2023, M. B C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Bangladesh comme pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son signalement du fichier du système d'information schengen ;

4°) de condamner l'Etat à verser la somme de 1500 euros au titre des article L. 761-1 et R. 776-20 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'insuffisance de motivation et n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation car elle n'a pas pris en compte sa demande de titre de séjour, le 6 avril 2023 et le préfet ne justifie pas lui avoir demandé de déposer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de sa demande d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 33 de la convention de Genève, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il y a lieu d'exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre des décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faute pour le préfet d'avoir motivé sa décision d'interdiction tant sur son principe que son quantum ;

- l'interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023 à 09h 44, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Seulin en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Seulin,

- les observations de Me Fournier, qui reprend les moyens développés dans son mémoire complémentaire, en présence de M. C, assisté d'un interprète en bengali.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant bangladais né le 1er janvier 1995, est entré en France au début de l'année 2020. Il a déposé une demande d'asile le 2 mars 2020, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatride (OFPRA) du 29 janvier 2021, confirmée par une décision du 3 mars 2023 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 1er juin 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté n°2023-0538 du 10 mars 2023, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 24 novembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. A D, attaché d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une personne incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ( ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. L'obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elle a été prise et indique également avec suffisamment de précisions les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée, tirées notamment du rejet de la demande d'asile de l'intéressé et du défaut de dépôt d'une demande de titre de séjour à un autre titre dans le délai de deux mois à compter de sa demande de titre de séjour au titre de l'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. Le droit d'être entendu, qui constitue un principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit de l'intéressé d'être entendu n'impose alors pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de l'octroi de bénéfice de la protection subsidiaire. Par suite, le moyen tiré de ce que M. C a été privé du droit d'être entendu doit être écarté, ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121- 1 du code des relations entre le public et l'administration.

6. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. " Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titre de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois. "

7. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté préfectoral attaqué, non sérieusement combattus par l'intéressé, que le préfet de la Seine-Saint-Denis a invité M. C à indiquer s'il estimait pouvoir prétendre à la délivrance d'un titre de séjour à un autre titre dans le délai de deux mois à compter de sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, courant à compter de la délivrance de son attestation de demande d'asile, le 2 mars 2020. Or, il ressort des pièces du dossier que M. C n'a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de l'article L. 435- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le 6 avril 2023, soit bien au-delà du délai de deux mois qui lui était imparti par les dispositions précitées. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation en constatant le non-respect de ce délai de deux mois et en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Le moyen sera donc écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () " Aux termes de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France récemment, qu'il est célibataire sans charge de famille sur le territoire national et qu'il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale au Bangladesh, où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a donc pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, la circonstance que M. C ait, après le rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, déposé le 6 avril 2023 une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 431-5 en se prévalant de ses trois années de séjour en France en qualité de demandeur d'asile et de ce qu'il travaille en contrat à durée indéterminée, ne faisait pas obstacle à ce que le préfet prenne à son encontre une mesure d'éloignement. En tout état de cause, l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle ou humanitaire au sens de ces dispositions. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées seront donc écartés. Compte tenu de l'ensemble de la situation de M. C, le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de son obligation de quitter le territoire français sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. La décision fixant le pays de destination vise les dispositions dont il est fait application, notamment l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce les considérations de faits tirées du rejet de la demande d'asile de M. C et de ce que l'intéressé n'établit pas être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré du défaut de motivation sera donc écarté.

11. Il résulte par ailleurs de ce qui vient d'être dit que le moyen excipant de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

12. Enfin, si M. C soutient encourir des risques pour sa vie en cas de retour au Bangladesh ou y subir des traitements inhumains et dégradants, il se borne à renvoyer aux éléments qu'il a produit à l'appui de sa demande d'asile sans apporter aucun élément nouveau, alors que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu l'article 33 de la convention de Genève, ni l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens seront donc écartés.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois :

13. Il ressort de ce qui a été dit précédemment que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de l'interdiction de retour d'une durée de deux ans, prononcée à son encontre.

14. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Il résulte de l'article L. 612-10 du même code que pour fixer la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

15. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a expressément tenu compte des circonstances propres au cas d'espèce contenues dans son arrêté, tirées de la faible durée de présence de M. C en France, du rejet de sa demande d'asile, de ce qu'il n'avait pas présenté de titre de séjour dans les délais qui lui étaient impartis et de l'absence de justification d'une situation personnelle et familiale. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation, tant sur le principe que sur la durée de l'interdiction, doit être écarté au regard des dispositions rappelées au point 12.

16. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit au point 9, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en édictant une interdiction de retour et en fixant sa durée à deux ans, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familial et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, malgré les efforts d'intégration dans la société française de l'intéressé. Ce dernier moyen sera donc écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2023.

La magistrate désignée,

A. SEULIN

La greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2315804/4-1

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