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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2316039

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2316039

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2316039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2023, M. B A, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Paris-Vincennes 1, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 du préfet de police portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination et l'arrêté du même jour lui interdisant le retour sur le territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen individuel de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit et de défaut de base légale ;

- il ne peut être procédé à une substitution de base légale, dès lors que n'ayant pas été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement vers l'Allemagne ou les Pays-Bas, il n'a pas été invité à présenter ses observations ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kanté en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juillet 2023 :

- le rapport de Mme Kanté ;

- les observations de Me Cajgfinger, avocate commise d'office, représentant M. A, non présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;

- et les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 27 août 2002, entré en France, selon ses déclarations, en 2019 demande l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2023 du préfet de police portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et de l'arrêté du même jour lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles il a été pris et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ".

5. M. A soutient que la situation du demandeur d'asile n'entrant pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne pouvait en application de ces dispositions, faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et ne pouvait que faire l'objet d'une décision de transfert vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile, sur le fondement des dispositions de l'article L. 572-1 du même code.

6. Si M. A fait ainsi valoir que craignant pour sa vie en Algérie, il a déposé une demande d'asile en novembre 2022 en Allemagne, puis en décembre 2022 aux Pays-Bas et que ces deux demandes sont en cours d'instruction, il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir qu'il a effectivement déposé une demande d'asile qui serait en cours d'examen dans un autre Etat membre de l'Union européenne. Il n'en a, au demeurant, pas fait état lors de son audition du 6 juillet 2023 par les services de police. Il ne démontre pas davantage, contrairement à ce qu'il soutient, avoir sollicité le 14 février 2023, communication d'un relevé " Eurodac " qui lui aurait été notifié le 16 mars 2023 par courrier électronique. En outre, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. A, dépourvu de document de voyage, ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour. Par ailleurs, l'intéressé, entré en France en 2019, selon ses déclarations, n'établit pas la réalité de ses allégations en ce qui concerne son intégration professionnelle en tant que chauffeur livreur. S'il conteste également les faits de recel de vol pour lesquels il a été interpellé à Paris le 6 juillet 2023, il reconnaît cependant le port d'arme prohibé. Il est, de surcroît, défavorablement connu des services de police, ayant fait l'objet de multiples signalements entre 2020 et 2023 au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), pour des faits de mise en danger d'autrui par personne morale (risque immédiat de mort ou d'infirmité), transport, détention, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, vol aggravé par trois circonstances sans violence, vols en réunion sans violence, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, rébellion, vols à l'étamage, vol en réunion avec violence, violence de domicile, vol avec arme. En outre, il a déjà fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement en date des 22 mars 2021 et 8 juin 2022 à l'exécution desquelles il s'est soustrait et célibataire et sans charge de famille, ne fait état d'aucun lien d'une particulière intensité en France. Dans ces conditions, compte tenu des circonstances de l'espèce, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de police qui n'étant pas dépourvue de base légale n'est pas entachée d'erreur de droit, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet de police n'a, par suite, pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en obligeant M. A à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

8. Si M. A fait état de risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, il ne fait valoir aucune circonstance particulière de nature à établir la réalité et la gravité de ces risques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. Contrairement à ce que prétend M. A, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse, qui vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énumère les différents critères prévus à l'article L.612-10, que le préfet de police a examiné sa situation personnelle au regard de l'ensemble desdits critères. Il a ainsi indiqué que le requérant qui allègue est présent en France depuis trois ans et pour lequel a été prise une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire le 7 juillet 2023, représente une menace pour l'ordre public, son comportement ayant été signalé par les services de police le 6 juillet 2023 pour recel d'un bien provenant d'un vol et port d'arme prohibé. Il a également précisé que l'intéressé, célibataire sans enfant, ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 8 juin 2022 à laquelle il s'est soustrait. Dans ces conditions, la décision litigieuse qui comporte, ainsi qu'il a été dit au point 2, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent, atteste de la prise en compte par le préfet de police, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi.

11. En outre, eu égard aux circonstances indiquées au point 6, M. A ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires qui justifieraient que ne soit pas prononcée l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Par suite, le préfet de police a pu, sans commettre d'erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, assortir l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

12. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé par la voie de l'exception à l'encontre des décisions refusant de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français et tiré de l'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 21 juillet 2023.

La magistrate désignée,

C. Kanté La greffière,

A. Heeralall

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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