mercredi 26 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2316205 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 juillet 2023, Mme B C, représentée par Me Rosin, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa demande de renouvellement dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros hors taxe à son conseil, Me Rosin, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Mme C soulève les moyens suivants :
Sur l'urgence :
- l'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;
- en tout état de cause, la décision contestée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation matérielle et économique, puisque son employeur n'a accepté de la garder que jusqu'à la date du 22 août 2023, date d'expiration de son récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail et que, passée cette date, le contrat de travail de la requérante sera rompu ; en outre, la requérante craint de se retrouver sans emploi et de ne plus pouvoir payer son loyer mensuel ;
- enfin, elle est exposée aux contrôles de police puisque son récépissé de demande de titre de séjour a été abrogé par l'arrêté du 23 mai 2023 ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision est intervenue sur une procédure contraire aux articles R. 425-11,
R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet n'établit pas qu'un rapport médical complet et correspondant à son état de santé ait été rendu par un médecin de l'Office, lequel rapport doit lui être communiqué, ni qu'un avis médical ait été émis par le collège des médecins de l'Office délibérant de façon collégiale, ni que le rapporteur se soit abstenu de siéger au sein du collège ;
- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle démontre ne pas pouvoir bénéficier d'un traitement approprié en cas de retour dans son pays d'origine ; il résulte de l'annexe II de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'OFII de leurs missions prévues par l'article L. 313-11 (11°) (devenu l'article L. 425-9) du code, de la jurisprudence, des certificats médicaux et ordonnances médicales versées au dossier, qu'eu égard à l'état dégradé de la situation sanitaire au Cameroun, elle ne peut, étant porteuse du VIH, bénéficier d'un accès effectif à un traitement approprié à sa pathologie, et que son traitement n'est pas disponible au Cameroun ; en effet, alors que le médicament qu'elle prend quotidiennement est l'Atripla, une association de trois médicaments antirétroviraux actifs sur le VIH : le ténofovir disoproxil, l'emtricitabine et l'éfavirenz, il ressort de la liste des médicaments et autres produits pharmaceutiques essentiels publiée en 2022 par le Ministère de la santé publique camerounais qu'aucun médicament associant le ténofovir disoproxil, l'emtricitabine et l'éfavirenz n'est accessible au Cameroun ; au demeurant, dans son rapport publié le 15 février 2019 intitulé " Cameroun : accès à des soins de santé et à une éducation spécialisée ", l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés souligne le manque d'équité dans l'accès aux soins de santé dû au manque d'équipements et les problèmes d'approvisionnement des médicaments essentiels ; il ressort par ailleurs du plan stratégique national de lutte contre les hépatites virales 2020-2024 publié par le ministère de la santé publique de la République du Cameroun que " l'accès aux services d'un médecin public par les populations à revenu élevé approchait 43%, elle n'était que de 3% pour les populations plus pauvres " et qu'il existe en outre "des disparités dans l'accessibilité géographiques aux soins en fonction de la zone de résidence (entre le milieu rural et le milieu urbain) " ; d'après l'article " Hépatites virales : en Afrique, seuls 1% des malades ont accès aux antiviraux " publié par la Société française de médecine d'urgence le 8 mars 2021, le prix des antiviraux est très variable d'un pays à l'autre, avec un traitement mensuel à base de ténofovir dont le coût est de 3 euros au Cameroun, ce qui représente une somme déjà importante eu égard au coût de la vie ; de surcroît, la situation de la requérante est particulière puisqu'elle bénéficie d'une prise en charge pluridisciplinaire, laquelle ne pourra être mise en place au Cameroun du fait du coût des soins de santé et de la dégradation du système de santé ; en sus du suivi par le service des maladies infectieuses de l'Hôpital Saint-Antoine, elle est suivie par un kinésithérapeute pour ses douleurs articulaires, par un dermatologue et une diététicienne ; elle bénéficie également d'une prise en charge par une psychologue depuis septembre 2018 et par un psychiatre depuis janvier 2021 du fait d'un syndrome de stress post-traumatique consécutif à des événements dramatiques survenus dans son pays d'origine ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle réside en France depuis le 20 septembre 2018 et qu'elle a fixé le centre de ses attaches personnelles et professionnelles en France, et justifie d'une bonne insertion sociale, notamment par une bonne maîtrise de la langue française et par son investissement dans deux associations ; la requérante n'a plus aucune attache dans son pays de nationalité, sa fille et son fils résidant au Gabon ; contrairement à ce qu'allègue le préfet, elle n'a pas vécu dans son pays de nationalité jusqu'à l'âge de 49 ans mais l'a quitté dans des conditions dramatiques en 2003 à la suite de l'assassinat de son fils et pour mettre en sécurité sa fille ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle, eu égard à son état de santé, à sa situation professionnelle et à la durée et aux conditions de son séjour en France ;
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2023 et communiqué avant l'audience, le préfet de police conclut au rejet de la requête, en faisant valoir :
- que l'urgence n'est pas établie, puisque la requérante n'apporte aucun élément de nature à démontrer une incidence immédiate sur sa vie professionnelle et familiale ; qu'en particulier, son employeur n'a pas encore mis fin à son contrat de travail ;
- que la décision attaquée est suffisamment motivée et résulte d'un examen complet de la demande de la requérante ;
- qu'il verse à l'instance l'avis de l'Office relatif à la demande de la requérante et signé par les trois médecins ayant siégé, une attestation du directeur territorial de l'Office certifiant le nom du rapporteur, distinct des trois médecins ayant siégé dans le collège qui a émis l'avis, et l'arrêté désignant les médecins pour participer au collège de l'Office, pièces dont il ressort que l'ensemble des prescriptions réglementaires ont été respectées, conformément à la jurisprudence du Conseil d'Etat ;
- que la décision attaquée ne méconnaît pas l'article L. 425-9 du code ; que les certificats médicaux et autres pièces produites par la requérante sont insuffisamment circonstanciés pour remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'Office quant à la disponibilité du traitement au Cameroun ; qu'il ressort de la liste nationale des médicaments essentiels au Cameroun arrêtée par l'OMS que le paracétamol est commercialisé, que des vitamines sont disponibles ainsi que de nombreux antihypertenseurs et antiviraux pour le traitement du VIH ; qu'au surplus et en tout état de cause, il ressort d'une jurisprudence administrative constante qu'il existe au Cameroun des infrastructures adéquates pour accueillir les patients atteints du SIDA et que les traitements pour soigner cette pathologie y sont disponibles, de même que les soins pour les troubles psychologiques ;
- que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de l'arrêté préfectoral litigieux par lequel le préfet de Police de Paris a refusé de délivrer un titre de séjour sur le seul fondement de l'article L. 425-9 du code ;
- qu'il est au demeurant infondé, puisque les arguments mis en avant par la requérante
ainsi que les documents produits ne permettent pas d'attester de l'intensité et de la stabilité de ses liens privés et familiaux en France, et qu'elle n'est pas démunie d'attaches familiales dans
son pays d'origine ;
- qu'il n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2316207 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de santé publique,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 18 juillet 2023, tenue en présence de Mme Toubi, greffier d'audience, le rapport de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Une note en délibéré présentée pour Mme C, a été enregistrée le 18 juillet 2023 à 14 heures 59, après la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante camerounaise née le 18 mai 1969 à Foumban, est entrée en France le 20 septembre 2018 sous couvert d'un visa C, a demandé le 23 février 2023 le renouvellement de sa carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme C demande la suspension de l'arrêté du 23 mai 2023, par lequel le préfet de police a refusé sa demande.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article L. 522-1 du même code dispose : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, selon le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. En l'état de l'instruction aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
4. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " l'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement ". En l'état de l'instruction, la présente requête apparait manifestement dénuée de fondement. Dès lors, il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet de police, au bureau d'aide juridictionnelle et à Me Rosin.
Fait à Paris, le 26 juillet 2023
Le juge des référés,
X. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026