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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2316257

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2316257

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2316257
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGERBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2023 et deux mémoires complémentaires enregistrés le 12 juillet 2023, les sociétés Cineaqua Paris et Restaurant de l'Aquarium de Paris, représentées par Me Gerbaud, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de la fermeture de fait au public de l'Aquarium de Paris et du Restaurant de l'Aquarium de Paris par la pose de barrières de sécurité le 10 juillet 2023 au soir, au 5 avenue Albert de Mun, seule entrée pour accéder aux locaux en cause;

2°) d'ordonner au préfet de police d'exclure l'esplanade Bernard-Dupérier du périmètre de fermeture au public des jardins du Trocadéro ; de rétablir son accès au domaine public viaire au droit du 5 avenue Albert de Mun en prescrivant à la maire de Paris de modifier l'implantation des barrières mises en place dans la nuit du 10 au 11 juillet 2023 et ce jusqu'au 14 juillet 2023, par exemple, selon les plans établis et validés dans le cadre de la préparation des Jeux olympiques de 2024 ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris et de l'Etat le versement de la somme portée à 7 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

-la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la mesure de fermeture préjudicie immédiatement et gravement à l'exploitation de l'Aquarium de Paris et du Restaurant de l'Aquarium de Paris et constitue également un risque pour le bien-être voire la survie des collections vivantes en raison de l'impossibilité pour les travailleurs d'accéder au site de l'Aquarium de Paris ainsi qu'un risque environnemental en cas d'accident ou de dysfonctionnement des installations de traitement et de refroidissement des eaux retardant l'intervention des corps techniques ; que la décision attaquée entraine également un préjudice en terme de masse salariale ;

- cette mesure de fermeture porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de propriété et à la liberté du commerce et de l'industrie dès lors qu'environ 6 000 clients avaient réservés leurs billets d'entrée sur cette période entraînant une perte de chiffre d'affaires estimée par jour à 35 000 euros pour l'Aquarium et 25 000 euros pour le restaurant, que deux évènements d'entreprises étaient également prévus entraînant des coût importants ainsi qu'un préjudice d'image, à la liberté d'aller et venir et au droit des travailleurs en raison de l'impossibilité d'accès au site de l'Aquarium de Paris et au Restaurant de l'Aquarium de Paris, tant pour les visiteurs que les salariés, ces derniers étant placés en absence justifiée mais non rémunérés ;

- la mesure en cause constitue une voie de fait entrainant un préjudice anormal et spécial ; d'autant que des musées proches ne sont pas fermés alors qu'ils disposent de larges baies vitrées, ce qui entraine une rupture d'égalité devant les charges publiques;

- la mesure n'est pas proportionnée à l'objectif poursuivi dès lors que, dans le cadre de la préparation des Jeux olympiques de 2024, il a été prévu un périmètre de sécurité maintenant l'accès à l'Esplanade Bernard-Dupérier.

Des pièces ont été produites par la Ville de Paris, enregistrées le 12 juillet 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2023, le préfet de police demande sa mise hors de cause.

Il fait valoir qu'il n'y a pas eu de fermeture administrative de l'établissement prise par le préfet de police ; que c'est la Ville de Paris qui a organisé le spectacle pour le 14 juillet avec son prestataire et que la préfecture de police s'est bornée à donner un avis technique sur la base du projet défini par la Ville de Paris ; que les conclusions présentées excèdent l'office du juge des référés ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Evgénas pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue, le 12 juillet 2023, en présence de Mme Boudina, greffière d'audience, Mme Evgénas a lu son rapport et entendu :

-les observations de Me Gerbaud pour les sociétés Cineaqua Paris et Restaurant de l'Aquarium de Paris qui reprend et développe les moyens de la requête et relève que les conclusions sont également dirigées contre la Ville de Paris ; il ajoute que plusieurs musées aux alentours des établissements en cause, tel le Musée de la Marine n'ont pas été fermés ; qu'il y a un danger réel pour les espèces de l'aquarium et les installations dès lors que les salariés ne peuvent y accéder ;

-les observations de M. B pour la Ville de Paris qui fait valoir que ces restrictions sont imposées pour préserver la sécurité publique lors du feu d'artifice qui sera tiré en direction de la Tour Eiffel le 14 juillet à proximité et que ces établissements sont inclus dans le périmètre de sécurité retenu par le prestataire et dont le dossier technique a été validé par les services de la préfecture ;

-et les observations de M. A pour le préfet de police qui demande la mise hors de cause du préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les sociétés Cineaqua Paris et Restaurant de l'Aquarium de Paris demandent au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de la décision révélée par la fermeture de fait de l'Aquarium de Paris et du Restaurant de l'Aquarium de Paris par la pose de barrières de sécurité le 10 juillet 2023 au soir, au 5 avenue Albert de Mun, seule entrée pour accéder aux locaux en cause. Ils soutiennent que cette fermeture de fait de ces établissements, sans aucune information préalable, leur cause un grave préjudice et porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de propriété, à la liberté du commerce et de l'industrie, à la liberté d'aller et venir et au droit des travailleurs en raison de l'impossibilité d'accéder à ces locaux. Elle risque également d'entrainer des conséquences graves pour les espèces de l'aquarium qui ne pourront pas être prise en charge pendant cette période fixée en l'état du 10 juillet au soir au 15 juillet 2023.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

Sur l'urgence :

3. Le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai de mesures de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

4. Il résulte de l'instruction et n'est d'ailleurs pas contesté en défense que la pose de barrières par la Ville de Paris le 10 juillet 2023 au soir au droit du 5 avenue Albert de Mun (Paris 16eme) a entrainé la fermeture de fait de l'Aquarium de Paris et du Restaurant de l'Aquarium de Paris, cette voie constituant le seul accès à ces établissements. Cette mesure qui, au demeurant n'a pas été portée à la connaissance des sociétés requérantes, préjudicie gravement et immédiatement à leur situation dès lors qu'elle entraine du 11 juillet 2023 et au moins jusqu'au 14 juillet 2023 l'impossibilité de recevoir les milliers de visiteurs attendus et ayant déjà réservé leur billet d'entrée sur cette période (environ 4.000 par jours), ni même ses propres salariés, empêchés de travailler, y compris ceux en charge de la maintenance des installations et du bien-être des animaux. Dans ces conditions et eu égard aux conséquences également importantes qui peuvent en résulter pour les installations de l'Aquarium qui ne seront pas vérifiées pendant cette période et pour les 500 espèces aquatiques réparties dans 45 bassins, abritant plus de 13 000 poissons et invertébrés qui ne seront pas prises en charge, la condition d'urgence particulière exigée par les dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

5. Pour justifier de la mesure de fermeture des accès aux établissements des sociétés requérantes, la Ville de Paris invoque à l'audience les risques pour la sécurité publique dans le cadre de la célébration de la Fête nationale du 14 juillet 2023 avec l'organisation d'un spectacle pyrotechnique sur le Champ de Mars et sur le secteur du Trocadéro qui nécessite des interventions et installations techniques dans un périmètre de sécurité qui comprend les locaux en cause, interventions qui ont débuté dès le 6 juillet 2023, selon les plannings produits au dossier. Il ressort des pièces ainsi produites que devront être fermés du 11 au 15 juillet 2023 : l'Aquarium- l'accès technique au Musée de la Marine-les concessions du Jardin du Trocadéro- les concessions Place de Varsovie. Cet objectif de sécurité publique est ainsi de nature à justifier légalement la mesure de fermeture des établissements en cause, prononcée sur une courte période, et dès lors qu'en l'état il n'apparait pas qu'une autre mesure serait de nature à permettre cette sécurisation. Par suite, l'atteinte portée aux libertés invoquées, liberté du commerce, liberté d'aller et venir et de travailler pour être grave, ne revêt pas un caractère manifestement illégal justifiant qu'il soit enjoint de permettre l'ouverture de ces établissements au public et à l'ensemble des salariés sur la période du 11 au 15 juillet 2023.

6. Toutefois au regard du risque avéré et immédiat d'atteintes difficilement réparables aux installations et aux nombreuses espèces de l'Aquarium qui ne pourront pas être contrôlées et prises en charge sur la période relativement longue du 10 juillet au soir au 15 juillet 2023 matin, il y a lieu d'enjoindre à la Ville de Paris d'autoriser, sans délai, une équipe restreinte de la société Cineaqua, gérant l'Aquarium de Paris, d'accéder à l'établissement afin de lui permettre d'assurer cette surveillance et prise en charge.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il a seulement lieu d'enjoindre à la Ville de Paris d'autoriser, sans délai, une équipe restreinte de la société Cineaqua d'accéder aux locaux de l'Aquarium de Paris. Le surplus des conclusions des sociétés requérantes tendant à la suspension de la fermeture de fait au public de l'Aquarium de Paris et du Restaurant de l'Aquarium de Paris doit être rejeté.

8. Enfin, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des sociétés requérantes dirigées à l'encontre du préfet de police qui n'a pas décidé des installations litigieuses même s'il les a approuvées.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des sociétés requérantes présentées au titre de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la Ville de Paris d'autoriser, sans délai, une équipe restreinte de la société Cineaqua d'accéder à l'établissement Aquarium de Paris.

Article 2 : le surplus des conclusions de la requête susvisée est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Cineaqua Paris, à la société Restaurant de l'Aquarium de Paris, à la ville de Paris et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 12 juillet 2023.

La juge des référés,

J. EVGENAS

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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