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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2316432

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2316432

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2316432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantDJAMAL ABDOU NASSUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 10 juillet 2023, enregistrée le 13 juillet 2023 au greffe du tribunal, le magistrat désigné du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal la requête présentée par Mme E.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Orléans le 9 juillet 2023, Mme C E, maintenue en zone d'attente à l'aéroport d'Orly, représentée par Me Djamal Abdou Nassur, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juillet 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé son entrée en France au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de mettre fin à sa privation de liberté et de lui accorder l'accès au territoire français au titre de l'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par la SCP Saidji et Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kanté en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juillet 2023 :

- le rapport de Mme Kanté ;

- les observations de Me Djamal Abdou Nassur, représentant Mme E, présente, assistée d'un interprète en langue comorienne, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme E ;

- et les observations de Me Lecourt, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E, ressortissante comorienne née le 9 décembre 1989, maintenue en zone d'attente à l'aéroport de Paris-Orly, demande au tribunal d'annuler la décision du 7 juillet 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile et a prononcé son réacheminement au Maroc ou, le cas échéant vers tout pays où elle sera légalement admissible.

Sur les conclusions de la requête :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement. : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter de l'enregistrement de cet acte au recueil spécial mentionné à l'article L. 861-1 du code de la sécurité intérieure, lorsqu'il est fait application de cet article, ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au premier alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé et les chefs des services que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'Etat ; / 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense ; / (). ".

3. Par une décision du 30 mai 2023 modifiant la décision du 24 août 2020 portant délégation de signature (direction de l'asile), régulièrement publiée au journal officiel de la République française n°0128 le 4 juin 2023, Mme I F, directrice de l'asile à la direction générale des étrangers en France à l'administration centrale du ministère de l'intérieur, nommée par décret du 29 juillet 2020, compétente en vertu du décret précité du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement pour signer la décision attaquée, a donné délégation (article 2° bis) à Mme B A, signataire de la décision attaquée, agente contractuelle, directement placée sous l'autorité de la cheffe du département de la coopération et de la dimension extérieure de l'asile, à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés, décisions et pièces comptables relevant des attributions du département du droit d'asile et de la protection. Par suite, le moyen tiré du vice de compétence doit être écartée.

4. En deuxième lieu, l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". L'article L. 352-2 de ce même code prévoit que : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article () ". Aux termes de l'article R. 351-1 du même code : " Lorsque l'étranger qui se présente à la frontière demande à bénéficier du droit d'asile, il est informé sans délai, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, de la procédure de demande d'asile et de son déroulement, de ses droits et obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. () ".

5. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions qui précèdent, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

6. Conformément aux dispositions précitées de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la requérante a été entendue par un représentant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, lequel a donné un avis défavorable à son admission au séjour en raison du caractère manifestement infondé de la demande. Par suite, le ministre compétent, qui prend la décision après avoir eu connaissance de cet avis, a relevé le caractère manifestement infondé de ladite demande.

7. En l'espèce, d'une part, Mme E a soutenu, à l'audience, que les conditions matérielles de l'entretien dont elle a bénéficié l'auraient empêché de développer son récit, l'interprète mis à sa disposition n'ayant pas correctement traduit ses déclarations et ayant ainsi livré un récit erroné de son parcours, notamment en ce qui concerne ses dates de départ des Comores et d'arrivée au Maroc. Toutefois, elle ne produit pas d'éléments permettant de l'établir et il ne ressort pas des pièces du dossier que tel ait été le cas. Il ressort, au contraire, des pièces du dossier, notamment des mentions de l'avis du 7 juillet 2023 de l'OFPRA sur la demande d'asile présentée par Mme E, que l'entretien de l'intéressée avec un officier de protection s'est déroulé avec le concours d'un interprète par téléphone, en langue comorienne. Aucun élément du dossier ne permet de considérer que la circonstance que l'interprète n'ait pas été physiquement présent aux côtés de Mme E aurait empêché cette dernière d'exprimer clairement les motifs de sa demande d'asile. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir, à supposer qu'elle ait entendu invoquer ce moyen, qu'elle n'aurait pas bénéficié, ni été mise à même de bénéficier, d'un interprète dans sa langue maternelle, alors d'ailleurs que la possibilité de recourir à l'assistance d'un interprète par l'intermédiaire de moyens de télécommunication est expressément prévue par les dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de Mme E telles qu'elles ont été consignées dans le compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que la requérante, de nationalité comorienne, dit craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine en raison des menaces de son beau-père qui a eu un comportement déplacé envers elle, de l'absence de soutien de sa mère et au motif que sa plainte, déposée le 19 avril 2019 auprès des autorités comoriennes serait restée sans suite. Toutefois Mme E, dont les assertions sont peu circonstanciées, fournit une description peu étayée de son environnement familial et difficilement crédible concernant l'actualité des risques encourus, Mme E ayant indiqué lors de son entretien avoir quitté le domicile de sa famille pour échapper à la menace que faisait peser son beau-père sur elle, et avoir vécu neuf mois seule à Moroni sans rencontrer le moindre problème avant de quitter les Comores, puis quatre ans au Maroc, sans être en contact avec sa mère ou son beau-père. Par ailleurs, sa mère étant décédée, plus aucun élément ne la relie à son beau-père. Ainsi, elle n'établit pas les risques qu'elle encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de la situation personnelle de Mme E au regard notamment de sa vulnérabilité, considérer que la demande de l'intéressée d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée et décider qu'elle serait réacheminée vers le territoire du Maroc ou tout pays dans lequel elle serait légalement admissible.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E alias H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E alias J H et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 18 juillet 2023.

La magistrate désignée,

C. Kanté La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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