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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2316577

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2316577

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2316577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023, M. C B D, maintenu en zone d'attente à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle, demande au tribunal d'annuler la décision du 12 juillet 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé son entrée en France au titre de l'asile.

Il soutient que :

- la décision attaquée porte atteinte à la confidentialité des éléments d'une demande d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit, le ministre de l'intérieur se bornant à reprendre quasi-systématiquement l'avis formulé par l'OFPRA ;

- l'examen de la demande d'asile réalisé par le ministre de l'intérieur dépasse la cadre de son caractère " manifestement infondé " ; il n'appartient pas au ministre d'apprécier le bien-fondé d'une demande d'asile ;

- la décision qui fixe le pays de destination a été prise en violation de l'article 33 de la convention de Genève et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par la SCP Saidji et Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juillet 2023 :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Ersan, avocat commis d'office représentant M. B D, présent, assisté d'un interprète en langue somali, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu'il développe ;

- les observations de M. B D ;

- et les observations de Me Lecourt, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, se déclarant ressortissant somalien né le 1er octobre 2002, maintenu en zone d'attente à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle, demande au tribunal d'annuler la décision du 12 juillet 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile et a prononcé son réacheminement vers tout pays où il sera légalement admissible.

Sur les conclusions de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. " et de l'article L. 352-2 du même code : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile.()".

3. En premier lieu, si la confidentialité des éléments d'information détenus par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) relatifs à la personne sollicitant en France la qualité de réfugié est une garantie essentielle du droit d'asile, ce principe ne fait pas obstacle à ce que les agents habilités à mettre en œuvre le droit d'asile aient accès à ces informations. Ainsi, et dans la mesure où le ministre chargé de l'immigration est l'autorité compétente pour décider de refuser l'admission sur le territoire français au titre de l'asile, la circonstance que le ministre de l'intérieur ait eu connaissance du compte-rendu de l'entretien réalisé entre l'agent de l'OFPRA et le demandeur d'asile ne porte pas atteinte au principe précité. En outre, lorsque le ministre de l'intérieur notifie sa décision à l'intéressé par l'intermédiaire d'agents de police et du ministère, il ne méconnaît pas non plus ce principe. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation du principe de confidentialité de la demande d'asile doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. B D soutient que l'autorité administrative aurait commis une erreur de droit en ne se limitant pas à examiner le caractère manifestement infondé de sa demande d'asile et se serait livrée à un examen au fond de sa demande pour procéder à la détermination du statut de réfugié. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, conformément aux dispositions de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B D a été entendu par un officier de protection de l'OFPRA, lequel a émis un avis de non-admission. Il ne ressort pas davantage du procès-verbal de cet entretien et de l'avis émis par le représentant de l'Office qu'il soit allé au-delà de l'appréciation du caractère manifestement infondé de la demande d'asile. Le ministre de l'intérieur s'est quant à lui borné à relever le caractère manifestement infondé de la demande d'asile, sans cependant s'estimer lié par l'avis émis par le représentant de l'OFPRA. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut donc qu'être écarté.

5. En dernier lieu, le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de M. B D telles qu'elles ont été consignées dans le compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'OFPRA que le requérant, de nationalité somalienne, déclarant appartenir au clan Hawiye, sous-clan Sheikhal, qu'il qualifie de minoritaire, et originaire de Buale, soutient que son frère policier a, de ce fait, été assassiné par la milice Al Shabab qui contrôle sa localité depuis une trentaine d'années. Il explique que craignant pour sa sécurité, il a quitté son pays le 5 avril 2023. Toutefois, son récit reste très imprécis et son propos peu cohérent, M. B D qui se décrit comme agriculteur et fils d'agriculteur et de berger, peinant à dire pourquoi il serait personnellement visé par cette la milice Al Shabab dont il précise qu'elle contrôle sa localité depuis une trentaine d'années et qu'il n'a pas connu de conflit. Par ailleurs, contrairement à ses assertions, le clan Hawiye auquel il dit appartenir n'est pas minoritaire mais majoritaire en Somalie, et le requérant ne parvient pas à expliquer, autrement que sommairement et sans circonstancier son propos, ce qu'impliquait, en termes d'insécurité, du fait de la présence de la milice Al Shabab dans sa localité et l'appartenance à un clan minoritaire. Ses déclarations apparaissent ainsi dénuées de toute crédibilité notamment en ce qui concerne ses craintes personnelles, qui ne font l'objet d'aucun développement de sa part, en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de la situation personnelle de M. B D au regard notamment de sa vulnérabilité, sans méconnaître le principe de non-refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève, et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, considérer que la demande de l'intéressé d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée et décider qu'il serait réacheminé vers tout pays où il serait légalement admissible.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 18 juillet 2023.

La magistrate désignée,

C. A La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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