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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2316941

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2316941

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2316941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantATIBACK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 juillet 2023, M. B A demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 17 juillet 2023, par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai de 36 mois et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

Les décisions dans leur ensemble :

- sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant refus de délai de départ volontaire :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de police a présenté des pièces enregistrées le 27 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Vu la décision du président du Tribunal désignant M. Doan en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juillet 2023 :

- le rapport de M. Doan ;

- les observations de Me Atiback, représentant M. A ;

- et les observations de Me Baller, représentant le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien, a fait l'objet d'un arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 36 mois.

Sur les décisions prises dans leur ensemble :

2. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait entaché ses décisions d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. A.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

4. M. A fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis 7 ans, qu'il exerce une activité professionnelle sous contrat à durée indéterminée depuis octobre 2022, et qu'il a déposé en 2022 une demande de titre de séjour. Toutefois, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, la stabilité et la continuité de sa présence en France pendant cette période, ni avoir effectivement déposé une demande de titre de séjour restée en suspens. Il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans enfants à charge. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

Sur le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

5. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

6. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.() Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger obligé de quitter le territoire français, l'autorité administrative peut prononcer l'interdiction de retour pour une durée maximale de trois ans à compter de sa notification. () L'interdiction de retour et sa durée sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, pour prendre une interdiction du territoire français d'une durée de 36 mois à l'encontre du requérant, le préfet de police, constatant que l'intéressé avait fait l'objet d'un signalement pour des faits de violences avec usage ou menace d'une arme suivies d'une ITT inférieure à huit jours, a tenu compte de considérations d'ordre public. Toutefois, M. A soutient que ces faits ont été commis dans une situation de légitime défense et qu'il n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale. Le préfet de police n'apporte pas d'autre élément permettant d'établir la menace à l'ordre public que constituerait l'intéressé. Par suite, ce dernier est fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 17 juillet 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français est annulée.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 27 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

R. DOANLe greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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