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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2317143

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2317143

vendredi 28 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2317143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantPETIT FRERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2023, M. A B, retenu au centre de rétention de Paris, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet de police a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en application de la mesure d'interdiction du territoire français dont il fait l'objet ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Des pièces ont été produites par le préfet de police le 27 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Palla, conseiller, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 28 juillet 2023 :

- le rapport de M. Palla,

- les observations de Me Petit Frere, avocat commis d'office de M. B, qui reprend les termes de ses écritures et soutient que la demande d'asile en cours d'examen fait obstacle à l'éloignement de M. B.

- et les observations de Me Dussault, avocat du préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C ressortissant algérien né le 10 février 1996 demande l'annulation de l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet de police a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en application de l'interdiction du territoire français pour une durée de 5 ans prononcée le 24 janvier 2023 à son encontre par le tribunal judiciaire de Marseille.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal. ". Aux termes de l'article L. 641-2 du même code : " Il ne peut être fait droit à une demande de relèvement d'une interdiction du territoire que si le ressortissant étranger réside hors de France. Cette condition ne s'applique pas : 1° Pendant le temps où le ressortissant étranger subit en France une peine d'emprisonnement ferme ; 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une décision d'assignation à résidence prise en application des articles L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5. ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. / Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. / () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

4. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La désignation du pays de renvoi, qui n'est pas prise pour l'exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, a le caractère d'une mesure de police soumise notamment aux dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et devant être motivée en application du 1° de l'article L. 211-2 de ce même code.

5. Il résulte des pièces du dossier, en particulier de l'attestation produite à l'audience, et du récit de M. B qui explique avoir été convoqué la veille de l'audience à un entretien avec un agent de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides en vue de l'examen de sa demande d'asile, qu'une telle demande a été déposée le 21 juillet 2023 et qu'elle est en cours d'examen. Celle-ci est fondée sur les craintes pour sa sécurité qu'il ressent du fait de sa sexualité. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. B avait déposé une demande d'asile le 3 octobre 2022 et il soutient ne pas avoir pu se rendre au rendez-vous fixé par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides en raison d'une hospitalisation. Enfin, il ressort du procès-verbal d'audition sur sa situation administrative produit par le préfet de police qu'il déclare avoir rejoint la France en vue de déposer une demande d'asile. Par suite, en vertu du 1° de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande d'asile déposée par M. B fait obstacle à son éloignement du territoire vers l'Algérie tel qu'il est prévu par l'arrêté attaqué.

6. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 17 juillet 2023 doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

7. M. B, qui a été assisté par un avocat commis d'office, ne justifie pas de frais qu'il aurait exposés à l'occasion de l'instance. Il n'y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 juillet 2023 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Lu en audience publique le 28 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

F. PALLALa greffière,

L. BEN HADJ MESSAOUD

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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