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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2317222

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2317222

vendredi 4 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2317222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 4 août 2023, présenté par Me Namigohar, M. D A, retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 juillet 2023, par lequel le Préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé de le maintenir en rétention administrative ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient :

- que le signataire est incompétent ;

- que cette décision est insuffisamment motivée ;

- que sa situation personnelle n'a pas été examinée ;

- que le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;

- qu'il n'a reçu aucune information sur la procédure d'asile ;

-que le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit des pièces le 2 et le 4 août 2023.

Vu l'arrêté attaqué ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- la loi du10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président du Tribunal a désigné Mme Hnatkiw en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 4 août 2023 :

- le rapport de Mme Hnatkiw ;

- les observations de Me Namigohar, représentant M. A; assisté par un interprète en langue hindi

- les observations de Me El Haïr, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui conclut au rejet de la requête ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant indien, né le 12 juin 1991, demande l'annulation de l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé de le maintenir en rétention administrative pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

Sur les moyens communs aux différentes décisions :

2. Par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023 régulièrement publié, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. C, chef du bureau du contentieux, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elle a été prise et indiquent également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elles sont fondées. Si cette décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. A, elle lui permet de comprendre les motifs de la décision le maintenant en rétention administrative. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.

4.Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

5. M. A invoque l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et allègue que, en l'absence d'audition portant spécifiquement sur ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, la décision de maintien en rétention a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et en violation du respect du principe du contradictoire dans la procédure préalable. Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, M. A ne peut utilement faire valoir que son droit d'être entendu a été méconnu alors que la décision de maintien en rétention n'a pas pour objet de l'éloigner vers son pays d'origine. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté en litige, il aurait été empêché, depuis son placement en rétention le 15 juillet 2023, ou depuis l'expression de son intention de demander l'asile, d'émettre toutes observations utiles relatives à son maintien en rétention durant l'examen de sa demande d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du principe fondamental du droit d'être entendu tel qu'il est énoncé au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

6. Aux termes de l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger placé ou maintenu en rétention administrative qui souhaite demander l'asile est informé, sans délai, de la procédure de demande d'asile, de ses droits et de ses obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ces obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. Cette information lui est communiquée dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend.". Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013, " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () ". Aux termes de l'article 12 de la directive n°2013/32/UE, " Les Etats membres veillent à ce que tous les demandeurs d'asile bénéficient des garanties suivantes : a) ils sont informés, dans une langue qu'ils comprennent ou dont il est raisonnable de supposer qu'ils la comprennent, de la procédure à suivre et de leurs droits et obligations au cours de la procédure ainsi que des conséquences que pourrait avoir le non-respect de leurs obligations ou le refus de coopérer avec les autorités. ".

7. M. A soutient qu'il ne s'est pas vu remettre d'informations relatives à la procédure de demande d'asile. Toutefois, la méconnaissance, à la supposer établie, de la procédure relative à la demande d'asile d'un étranger placé en rétention administrative est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée portant maintien en rétention. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas reçu l'information prévue par les dispositions mentionnées ci-dessus ne peut qu'être écarté.

8. Si M. A soutient que ni la décision de l'OFPRA portant rejet de sa demande d'asile ni le compte rendu de l'entretien devant l'OFPRA ne lui ont été communiqués, de telles circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision de maintien en rétention contestée.

9. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. "

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a déposé de demande d'asile que le 15 juillet 2023, après avoir fait l'objet d'un placement en centre de rétention administrative en vue de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 15 juillet 2023 à laquelle il s'était soustrait. En outre, lors de son audition du 15 juillet 2023 par les services de police, M. A a indiqué séjourner de manière irrégulière sur le territoire français depuis 2012 et n'avoir entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation administrative. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui ne s'est pas fondé uniquement sur la circonstance que la demande d'asile avait été présentée postérieurement au placement en rétention, a pu à bon droit, et sans commettre une erreur d'appréciation au vu de ces données objectives, estimer que cette demande avait été présentée par l'intéressé dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement, et décider en conséquence de maintenir son placement en rétention pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

11. Si M. A fait état pour la première fois depuis sa venue en France des risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine, du fait que sa famille serait indépendantiste et qu'il aurait participé à une manifestation pour l'indépendance du Kalistan au printemps 2023 à Paris, ce moyen est inopérant à l'encontre d'une décision de maintien en rétention, laquelle n'a ni pour objet, ni pour effet, de contraindre l'intéressé à retourner dans son pays d'origine, mais seulement de le maintenir en rétention le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut être que rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de la Seine-Saint-Denis .

Lu en audience publique le 4 août 2023.

La magistrate désignée,

C. HNATKIWLa greffière,

L. BEN HADJ MESSAOUD

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2317222/8

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