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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2317910

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2317910

mercredi 2 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2317910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2023, Mme A B, maintenue en zone d'attente de l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle, représentée par Me Bikindou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 27 juillet 2023, par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté sa demande d'admission sur le territoire français au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'autoriser son entrée en France ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- le signataire est incompétent ;

- la décision n'est pas motivée ;

- sa situation personnelle n'a pas été examinée ;

- la décision méconnaît l'article L.352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le ministre a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par le cabinet Saidji et Moreau, avocats, conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens contenus dans la requête n'est fondé ;

Vu la décision attaquée ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2005/85/CE du Conseil du 1er décembre 2005 relative à des normes minimales concernant la procédure d'octroi et de retrait du statut de réfugié dans les États membres ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du Tribunal a désigné Mme Hnatkiw pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 213-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 2 août 2023:

- le rapport de Mme Hnatkiw ;

- les observations de Me Bikindou, représentant Mme B, assistée d'un interprète en langue lingala ;

- les observations de Me Lecourt, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer qui conclut au rejet de la requête ;

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 27 juillet 2023, le ministre de l'intérieur a rejeté la demande d'admission sur le territoire français au titre de l'asile de Mme B, de nationalité congolaise (République démocratique du Congo), estimant que sa demande était manifestement infondée. L'intéressée demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2.Par une décision du 21 juin 2022, modifiant la décision du 24 août 2020, et publiée au Journal Officiel de la République Française le 22 juin 2022, délégation est donnée à Madame C D à l'effet de signer tous actes relevant des attributions du département de l'asile à la frontière et de l'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté.

3. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque donc en fait.

4. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". L'article L. 352-2 de ce même code prévoit que : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article / Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration ".

5. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

6. Pour demander l'annulation de la décision contestée, Mme B, de nationalité congolaise (République démocratique du Congo), soutient qu'elle aurait subi des violences conjugales de la part de son compagnon, qu'elle dit être membre des Kulunas, des gangs qui sévissent dans la capitale. Toutefois, son récit est émaillé d'incohérences, car elle prétend d'abord qu'elle ne connaissait pas son appartenance à ces gangs, puis que son compagnon lui aurait demandé d'y adhérer. Le représentant du ministre soutient sans être contredit que ces gangs font l'objet de vagues de délocalisation et que les kulunas sévissent exclusivement dans certains quartiers de la capitale. Elle n'a cependant pas, dans ce conflit d'ordre privé, demandé la protection des autorités de son pays. Alors qu'elle déclare avoir voulu se réfugier en Angola, mais en avoir été empêchée à cause de problèmes diplomatiques, elle déclare aussi avoir laissé ses deux enfants à une amie, et que ceux-ci vivraient dorénavant en Angola. Le récit de l'intéressée, vague et peu circonstancié, ne permet pas de caractériser des menaces de persécution actuelles et personnelles dirigées contre elle. Par suite, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pu légalement, sans méconnaître les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 33-1 de la convention de Genève, ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, estimer que la demande d'admission sur le territoire français au titre de l'asile de Mme B était manifestement infondée.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B ne peut être que rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 2 août 2023

La magistrate désignée,

C. HNATKIWLa greffière,

D. MIGEON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2317910/8

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