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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2318060

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2318060

vendredi 11 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2318060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2023, M. A C, représenté par Me Andrivet, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 3 avril 2023 par lequel le préfet de police a retiré sa carte de résident, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est père de deux enfants français dont il a la charge et l'irrégularité de sa situation ne lui permet pas la poursuite de son activité professionnelle ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article L. 423-6 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 31 juillet 2023 sous le numéro 2318062 par laquelle M. C demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 10 août 2023 en présence de Mme Cardon, greffier d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Andrivet indiquant que la notification de l'arrêté attaqué du 3 avril 2023 n'est pas parvenue au requérant, que la condition d'urgence est remplie, que la décision attaquée constitue un retrait ou un refus de renouvellement de la carte de résident et que le requérant est en situation irrégulière à cause de dysfonctionnements des services préfectoraux puis reprend les moyens de la requête ;

- les observations de Me Floret, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que la requête est irrecevable, que la condition d'urgence n'est pas remplie car le requérant s'est lui-même mis dans cette situation en ne retirant pas les plis adressés par voie postale, qu'il n'établit ni même n'allègue que l'arrêté attaqué aurait des conséquences sur sa situation professionnelle et qu'en l'absence d'obligation de quitter le territoire français, la décision n'a pas d'incidence sur sa situation familiale.

La clôture de l'instruction a été différée au 11 août 2023 à 11h.

Un mémoire, enregistré le 11 août 2023 à 7h24, a été produit pour M. C,

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant camerounais, a été mis en possession d'une carte de résident valable du 10 décembre 2012 au 9 décembre 2022 en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 3 avril 2023, le préfet de police a retiré sa carte de résident au motif que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police :

2. Il ressort des mentions de la poste que le pli contenant la notification de l'arrêté du 3 avril 2023 a été avisé le 7 avril 2023 au domicile du requérant mais non réclamé. Toutefois, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la notification contenait les voies et délais de recours, la fin de non-recevoir liée à la tardiveté de la requête contre l'arrêté du 3 avril 2023 ne peut être que rejetée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

5. A l'appui de sa demande, M. C soutient que l'urgence est présumée s'agissant d'un retrait de sa carte de résident et qu'en outre la décision litigieuse le place en situation irrégulière dès lors qu'aucun récépissé ne lui a été délivré et que la carte de séjour devant lui être octroyée ne lui a pas encore été remise. Compte tenu de ces éléments, l'intéressé doit être regardé comme justifiant suffisamment de l'incidence immédiate du retrait de sa carte de résident sur sa situation personnelle. Par suite, la condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

6. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Aux termes de l'article L. 432-4 du même code : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Enfin, aux termes de l'article L. 432-5 du même code : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. () ".

7. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de police s'est fondé sur les dispositions combinées des articles L. 412-5 et L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées pour retirer la carte de résident de M. C. Le préfet de police fait valoir que la présence de M. C constitue une menace à l'ordre public et qu'il doit par conséquent être regardé comme cessant de remplir les conditions exigées pour la délivrance de la carte de résident au sens des dispositions de l'article L. 432-5 du code précité. Toutefois, les conditions dans lesquelles le motif tiré de la menace à l'ordre public peut être invoqué à l'appui d'un retrait de titre de séjour sont limitativement fixées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en son article L. 432-4, et concernent uniquement les cartes de séjour temporaires et pluriannuelles. De même, l'article L. 432-5 permettant de retirer une carte de séjour à un étranger cessant de remplir les conditions prévues pour la délivrance de ce titre ne concerne pas les étrangers auxquels une carte de résident a été délivrée. Dès lors que le préfet de police ne pouvait légalement opposer à M. C les dispositions l'article L. 412-5 et L. 432-5 du code précité pour justifier le retrait de sa carte de résident, le moyen tiré de l'erreur de droit est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Les deux conditions tenant à l'urgence et à l'existence d'un moyen sérieux étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 3 avril 2023 par laquelle le préfet de police a retiré sa carte de résident jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur l'injonction :

9. Il y a lieu d'ordonner au préfet de police de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la situation de M. C et de lui délivrer sans délai à compter de cette notification un récépissé l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de police du 3 avril 2023 procédant au retrait de la carte de résident de M. C est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint préfet de police de réexaminer la situation de M C dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en lui délivrant sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans cette attente.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 11 août 2023.

La juge des référés,

C. B

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance./1

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