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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2318247

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2318247

mercredi 9 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2318247
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 8 août 2023, M. A B, représenté par Me Guidicelli-Jahn, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a interdit un retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à séjourner et à travailler sur le territoire français dans l'attente de l'examen de sa demande et du jugement au fond ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que la mesure porte une atteinte à son droit de poursuivre sa vie sur le territoire français aux côtés de son épouse, qui est enceinte, et de leur fils âgé de 21 mois, ainsi qu'à son intégration professionnelle et il ne pourra plus subvenir aux besoins de sa famille ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux :

o il est entaché d'un vice d'incompétence ;

o le refus de renouvellement de son titre de séjour est insuffisamment motivé au regard de son insertion professionnelle, de l'intensité de sa vie familiale et de son intégration sur le territoire français ;

o la motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français au regard des critères énoncés à l'article L. 612-30 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est stéréotypée ;

o le préfet n'a examiné la demande ni sur le fondement des articles L. 233-1, L. 435-1 et L. 423-23 du code précité, ni sur celui de l'accord franco-tunisien de 1988 et n'a ainsi pas procédé à un examen complet de sa situation ;

o l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation administrative et judiciaire et de sa situation professionnelle et personnelle ;

o il méconnait les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les faits reprochés ne sont pas constitutifs d'une menace à l'ordre public ; en outre, il a été relaxé du chef de conduite sans être titulaire d'un permis de conduire correspondant à la catégorie du véhicule ou en faisant usage d'un permis de conduire faux ou falsifié ;

o il méconnait également les dispositions de l'article L. 421-1 du même code et les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

o il a été pris en violation des articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est marié à une citoyenne de l'Union européenne et père d'un enfant citoyen de l'Union européenne et qu'il travaille ;

o il a été pris en violation des articles L.431-5 et L. 423-23 du code précité et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o il porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

o il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'urgence n'est pas établie et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 21 juillet 2023 sous le numéro 2317496 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Marino pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Lemieux, greffier d'audience, M. Marino a lu son rapport et entendu les observations de Me Nait Mazi, pour M.B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 2 novembre 1991, a été mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " salarié " valable du 3 juin 2021 au 2 juin 2022 dont il a sollicité le renouvellement le 12 mai 2022. Par un arrêté du 10 juillet 2023 le préfet de police a rejeté sa demande au motif que son comportement était constitutif d'un trouble à l'ordre public, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne les conclusions tendant à la suspension de l'arrêté en tant qu'il porte sur l'obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de destination et l'interdiction de retour :

3. L'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. (). ".

4. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre un arrêté refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit et de l'interdiction de retour sur le territoire.

5. Le dépôt de la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police en date du 10 juillet 2023 a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence et par ailleurs, celle de la décision fixant le pays de destination et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Il ne saurait donc être demandé au juge des référés de suspendre l'exécution d'une décision dont le recours en annulation formé contre elles a déjà entraîné cet effet suspensif. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de la mesure d'éloignement que constitue l'obligation de quitter le territoire français et de celles tendant à la suspension de la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne sont pas recevables.

En ce qui concerne les conclusions tendant à la suspension de l'arrêté en tant qu'il porte sur le refus de renouvellement du titre de séjour :

S'agissant de l'urgence :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

7. Il est constant que M. B, qui demande la suspension de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " salarié ", se trouve dans une situation où l'urgence doit en principe être constatée. Il résulte par ailleurs de l'instruction que le requérant est marié à une citoyenne de l'Union européenne, qu'ils ont un enfant également citoyen de l'Union européenne âgé de 21 mois et que M. B est employé par contrat à durée indéterminée en qualité de boulanger et subvient aux besoins de sa famille. Par suite, la condition relative à l'urgence doit être regardée comme étant remplie.

S'agissant de l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

8. En vertu de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance d'une carte de séjour temporaire peut être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

9. Il ressort de la décision attaquée que, pour estimer que la présence de M. B troublait l'ordre public, le préfet de police s'est appuyé sur une condamnation prononcée à l'encontre du requérant, le 7 janvier 2022 par le tribunal judiciaire de Nanterre à 500 euros d'amende pour usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation et sur la circonstance qu'il était connu défavorablement des services de police pour avoir circuler le 4 décembre 2020 avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire français après avoir fait l'objet d'une mesure de reconduite à la frontière et pour avoir conduit le 12 août 2021 un véhicule sans être titulaire du permis correspondant à la catégorie de véhicule en faisant usage d'une permis de conduire faux ou falsifié.

10. M. B fait valoir que ces faits ne sont pas de nature à caractériser un trouble à l'ordre public, qu'il a d'ailleurs été relaxé du de conduite sans être titulaire d'un permis de conduire correspondant à la catégorie du véhicule ou en faisant usage d'un permis de conduire faux ou falsifié et que la mesure porte une atteinte manifestement excessive à son droit à mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est marié à une ressortissante polonaise, citoyenne de l'Union européenne, qu'ils ont un enfant âgé de 21 mois, que son épouse est enceinte, qu'il travaille et subvient aux besoins de sa famille. En l'état de l'instruction, ces moyens sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

11. Les deux conditions tenant à l'urgence et à l'existence d'un moyen sérieux étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 10 juillet 2023 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B.

Sur l'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

13. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Il y a lieu, dès lors, d'ordonner au préfet de police de procéder, dans un délai deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B et de lui délivrer dans un délai de 15 jours à compter de cette notification un récépissé l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 10 juillet 2023 en tant qu'il refuse de renouveler le titre de séjour de M. B du préfet de police est suspendue.

Article : Il est enjoint au préfet de police de procéder, dans un délai deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B et de lui délivrer, dans un délai de 15 jours à compter de cette notification, un récépissé l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. B, la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 9 août 2023.

Le juge des référés,

Y. MARINO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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