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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2318636

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2318636

vendredi 11 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2318636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantANDRIVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés au tribunal administratif de Versailles respectivement le 21 juillet 2023, le 26 juillet 2023 transmis au tribunal administratif de Paris par une ordonnance du 7 août 2023, et un mémoire enregistré le 10 août 2023, M. A C, représenté par Me Andrivet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation et n'a pas été précédée d'un examen individuel de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article 16 de la directive n°2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 et l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 et l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du CESEDA ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus d'octroi de délai de départ volontaire ;

- elle méconnait l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la directive n° 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme B en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Andrivet, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant polonais, a fait l'objet le 21 juillet 2023 d'un arrêté par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Si ces décisions ne mentionnent pas tous les éléments caractérisant la situation de M. C, elles lui permettent de comprendre les motifs de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour qui lui sont imposées. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de l'arrêté attaqué, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. C. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 16 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres : " 1. Les citoyens de l'Union ayant séjourné légalement pendant une période ininterrompue de cinq ans sur le territoire de l'État membre d'accueil acquièrent le droit de séjour permanent sur son territoire. Ce droit n'est pas soumis aux conditions prévues au chapitre III. / 2. Le paragraphe 1 s'applique également aux membres de la famille qui n'ont pas la nationalité d'un État membre et qui ont séjourné légalement pendant une période ininterrompue de cinq ans avec le citoyen de l'Union dans l'État membre d'accueil () ". Aux termes du 2 l'article 28 de cette directive : " L'État membre d'accueil ne peut pas prendre une décision d'éloignement du territoire à l'encontre d'un citoyen de l'Union ou des membres de sa famille, quelle que soit leur nationalité, qui ont acquis un droit de séjour permanent sur son territoire sauf pour des raisons impérieuses d'ordre public ou de sécurité publique. " Aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ".

5. S'il ressort des pièces du dossier que la mère du requérant a acquis un droit au séjour permanent en France en 2017, le requérant, qui n'établit pas avoir vécu en France entre 2007 et 2014 ni entre 2018 et 2022, n'apporte pas la preuve qu'il a séjourné légalement en France avec sa mère pendant une durée de cinq ans. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné le 30 mai 2023 par le tribunal correctionnel d'Evry-Courcouronnes à dix mois d'emprisonnement dont six mois avec sursis pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité en récidive. Il en ressort également que l'intéressé été signalé à neuf reprises pour des faits de violence suivis d'incapacité n'excédant pas huit jours par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité en octobre 2020 et décembre 2022, de violence par une personne en état d'ivresse, vol en réunion, dégradations volontaires de véhicule, dégradations volontaires de bien privé. Eu égard au caractère récent, grave et répété des faits pour lesquels il a été signalé depuis 2020, le préfet de l'Essonne a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit, se fonder sur l'existence de raisons impérieuses d'ordre public pour prononcer à l'encontre de M. C une obligation de quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance de l'article 16 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 et de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 : " 1. Sous réserve des dispositions du présent chapitre, les États membres peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union ou d'un membre de sa famille, quelle que soit sa nationalité, pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique ou de santé publique. Ces raisons ne peuvent être invoquées à des fins économiques. / 2. Les mesures d'ordre public ou de sécurité publique doivent respecter le principe de proportionnalité et être fondées exclusivement sur le comportement personnel de l'individu concerné. L'existence de condamnations pénales antérieures ne peut à elle seule motiver de telles mesures. / Le comportement de la personne concernée doit représenter une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. Des justifications non directement liées au cas individuel concerné ou tenant à des raisons de prévention générale ne peuvent être retenues () " Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre [livre II citoyens de l'UE et membres de leur famille], à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".

7. D'une part, s'il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié d'une réduction de peine et s'il soutient que son comportement n'a pas fait l'objet de critiques durant son incarcération, pour les motifs exposés au point 5 et au vu de la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, de la circonstance qu'ils ont été commis en récidive, et eu égard au nombre et au caractère grave et récent de ceux pour lesquels il a été signalé, le préfet de l'Essonne a pu se fonder sur des motifs d'ordre public pour prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français, son comportement devant être regardé comme une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant est dépourvu d'emploi et de revenus depuis 2017. S'il soutient qu'un accident subi en 2017 l'a placé dans l'incapacité de travailler, il ne produit aucune pièce attestant de ce que cette blessure qui l'aurait empêché de travailler depuis cette date. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 et de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Si M. C fait valoir qu'il réside en France depuis 2002, il n'établit pas sa présence durant les années 2007 à 2014 ni durant les années 2018 à 2022. En outre, si le requérant se prévaut de la présence en France de sa mère, qui a obtenu en 2022 la nationalité française, il est constant qu'il est célibataire et sans enfant, et il n'établit pas être dépourvu de liens en Pologne, puisqu'il allègue qu'il s'y rend régulièrement et qu'il ressort des pièces du dossier que sa sœur y réside. Il ressort en outre des pièces du dossier que, ne justifiant d'aucune activité professionnelle depuis 2017, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle en France. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 5, le comportement du requérant constitue une menace réelle, actuelle, et grave à l'ordre public. Par suite, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit également être écarté.

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

12. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant justifie d'une adresse stable au domicile de sa mère à Paris, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de police s'est également fondé, pour refuser au requérant un délai de départ volontaire, sur la circonstance qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et sur la menace réelle, actuelle et suffisamment grave que constitue son comportement pour un intérêt fondamental de la société. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 31 mai 2020. S'il soutient avoir exécuté cette mesure, il ne justifie pas, en produisant la preuve de la réservation d'un billet d'avion pour Varsovie en date du 4 octobre 2020, qu'il a bien exécuté la mesure. En outre, ainsi qu'il a été exposé au point 5, le trouble à l'ordre public que constitue le comportement de M. C est établi, celui-ci devant être regardé comme une menace réelle, actuelle et suffisamment que constitue son comportement pour un intérêt fondamental de la société. Par suite, le moyen tire de ce que la decision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision d'interdiction de circuler sur le territoire français :

14. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

15. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant est défavorablement connu des services de police et a fait l'objet d'une condamnation à dix mois de prison en 2023, et que son comportement doit ainsi être regardé comme représentant une menace pour l'ordre public, il ressort également des pièces du dossier que la mère du requérant réside et travaille en France, qu'elle a acquis la nationalité française en 2022 et que le requérant entretient des liens étroits avec elle, alors que son père est décédé en 2015 en France. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de circuler sur le territoire français, le préfet de l'Essonne a commis une erreur d'appréciation. Il y a donc lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'annuler l'interdiction de retour sur le territoire français en tant qu'elle fixe à trente-six mois la durée de cette interdiction.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. C tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E

Article 1er : La décision portant interdiction de circuler sur le territoire français est annulée en tant qu'elle fixe la durée de l'interdiction de retour à trente-six mois.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Essonne.

Lu en audience publique le 11 août 2023.

La magistrate désignée,

B. BLa greffière,

L. BEN HADJ MESSAOUD

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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