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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2318679

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2318679

vendredi 11 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2318679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 août 2023, M. A C, représenté par Me Itoua, demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel le préfet de police a procédé au retrait de sa carte de séjour pluriannuelle, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de restaurer son droit au séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de la délivrance de sa carte de séjour pluriannuelle ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il ne peut plus procéder aux démarches administratives et épauler sa compagne ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

- il est insuffisamment motivé ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de fait dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 5 juillet 2023 sous le numéro 2315880 par laquelle M. C demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Lemieux, greffier d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Floret qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que l'intensité de la relation avec sa compagne n'est pas établie ni les conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation et que M. C ne fait pas l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ; qu'il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que le requérant constitue une menace à l'ordre public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ghanéen, a été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 16 mars 2022 au 15 mars 2024 sur le fondement de l'article L. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 juin 2023, le préfet de police a retiré sa carte de séjour pluriannuelle au motif que son comportement était constitutif d'un trouble à l'ordre public. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

4. A l'appui de sa demande, M. C soutient que l'urgence est présumée s'agissant d'un retrait de sa carte de séjour pluriannuelle et qu'en outre la décision litigieuse le place en situation irrégulière faisant obstacle à ses démarches administratives. Compte tenu de ces éléments, l'intéressé doit être regardé comme justifiant suffisamment de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur sa situation personnelle. Par suite, la condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. Aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

6. Pour retirer la carte de séjour pluriannuelle de M. C, le préfet de police s'est fondé sur la menace à l'ordre public que pouvait constituer sa présence sur le territoire français, au motif qu'il a été condamné le 31 mai 2016 par le tribunal correctionnel de Paris à 4 mois d'emprisonnement avec sursis pour escroquerie et qu'il est défavorablement connu des services de police pour de nombreux faits s'étant produits entre 2007 et 2020. Cette unique condamnation remontant à plus de sept années, sanctionnant des faits s'étant déroulés entre le mois d'août 2012 et septembre 2012, et les signalements mentionnés par le préfet de police mais pour lesquels il ne produit aucune pièce susceptible d'en justifier et qui n'ont donné, à sa connaissance, aucune suite pénale, ne suffisent pas à établir que la présence de l'intéressé sur le territoire national constitue une menace à l'ordre public. Ce moyen est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

7. Les deux conditions tenant à l'urgence et à l'existence d'un moyen sérieux étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 12 juin 2023 par laquelle le préfet de police a retiré sa carte de séjour pluriannuelle jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur l'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

9. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Il y a lieu, dès lors, d'ordonner au préfet de police de procéder, dans un délai trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la situation de M. C et de lui délivrer dans un délai de 15 jours à compter de cette notification un récépissé.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 12 juin 2023 procédant au retrait de la carte de séjour pluriannuelle de M. C du préfet de police est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. C dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en lui délivrant dans un délai de 15 jours, une autorisation provisoire de séjour dans cette attente.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 11 août 2023.

La juge des référés,

C. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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