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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2319373

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2319373

mardi 5 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2319373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBERTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 aout 2023, Mme B C, épouse D, représentée par Me Berté, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 25 juillet 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de certificat de résidence mention " vie privée et familiale ", ensemble la décision implicite née le 15 juin 2023 rejetant sa demande de renouvellement d'un titre de séjour " vie privée et familiale ";

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de certificat de résidence mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

Sur l'urgence :

-elle justifie de l'urgence dès lors que la décision a pour conséquence de la placer en situation irrégulière et la prive du bénéfice des droits sociaux alors qu'elle a deux enfants à charge et doit s'acquitter d'une dette locative ;

-cette décision s'analyse comme un refus de lui renouveler un titre de séjour et elle peut ainsi se prévaloir de la présomption d'urgence

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée n'est pas motivée en droit et en fait ;

-elle a été prise par une autorité incompétente ;

- le préfet de police a méconnu les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'aucune demande de compléter son dossier ne lui a été transmise ;

-il a méconnu les dispositions de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui indiquant qu'elle devrait faire sa demande de renouvellement sur l'ANEF, relevant de la direction générale des étrangers en France ;

-il a méconnu les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié dès lors qu'elle est mère de deux enfants français ;

-il a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle et a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux;

-il a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Des pièces ont été produites par le préfet de police, enregistrées le 30 août 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2319364 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Evgénas pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 1er septembre 2023 en présence de Mme Doucet, greffière d'audience, Mme Evgénas a lu son rapport et entendu :

- Me Berté, conseil de Mme C, qui reprend et développe les moyens de la requête. Il demande, en outre, l'aide juridictionnelle provisoire et produit la demande d'aide juridictionnelle effectuée le 24 août 2023 auprès du bureau d'aide juridictionnelle ;

-Me Zerald représentant le préfet de police qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, épouse D, ressortissante algérienne, entrée en France le 9 février 2018, sous couvert d'un visa long séjour a obtenu la délivrance d'un certificat de résidence " vie privée et familiale ". Elle a sollicité, le 14 février 2023, le renouvellement de ce certificat de résidence et un récépissé de demande de renouvellement valable jusqu'au 13 août 2023 lui a alors été délivré. Le 11 juillet 2023, Mme C a sollicité sur le site internet de la préfecture de police de Paris le renouvellement de son récépissé, demande réitérée par un courrier en date du 13 juillet 2023, reçu en préfecture le 20 juillet 2023. Mme C demande au juge des référés la suspension de l'exécution de la décision du 25 juillet 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de renouvelé son récépissé, ensemble la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " née le 15 juin 2023 à la suite de sa demande du 14 février 2023.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

S'agissant de l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

4. En l'espèce, la requérante qui a sollicité, le 14 février 2023, le renouvellement de son certificat de résidence et dont la délivrance d'un récépissé de demande de renouvellement lui a été refusé par décision du 25 juillet 2023 se retrouve en situation irrégulière et ne peut plus bénéficier de ses droits sociaux alors qu'elle a deux enfants français à charge et est dans une situation de précarité ayant une dette locative importante. Dès lors, elle justifie que les décisions attaquées portent atteinte, de manière grave et immédiate, à sa situation. La condition d'urgence est donc satisfaite.

S'agissant de l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, épouse D est entrée en France le 9 février 2018, sous couvert d'un visa long séjour et a obtenu la délivrance d'un certificat de résidence " vie privée et familiale ". Elle est mère de deux enfants français nés de son union avec Monsieur A D dont elle s'occupe. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle a été placée en 2021 sous une ordonnance de protection délivrée par le tribunal judiciaire de Paris, pour des faits de violences conjugales et réside depuis lors séparément de son conjoint. Au regard de sa situation en France et de ses conditions d'existence alors qu'elle est mère de deux enfants français dont elle s'occupe, le moyen tiré par Mme C de ce que le refus de renouveler son titre de séjour méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est ainsi de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée lui refusant le renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale ".

Sur les conclusions en injonction :

6. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

7. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Il y a lieu, dès lors, d'ordonner au préfet de police de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme C et de lui renouveler dans cette attente son récépissé l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros qui sera versée à Me Berté, conseil de la requérante, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'État.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour " vie privée et familiale " de Mme C est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme C et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé l'autorisant à travailler.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'État une somme de 1000 (mille) euros qui sera versée à Me Berté, conseil de Mme C, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Berté renonce à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à Me Berté et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 5 septembre 2023.

La juge des référés,

J. EVGENAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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