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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2322690

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2322690

mardi 10 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2322690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET CLYDE & CO (LLP)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France contestant une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La sanction était fondée sur les articles L. 821-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage. Le tribunal a jugé que la simple copie d'écran du logiciel ALTEA, ne comportant pas d'image du passeport, ne suffisait pas à prouver que le document avait été présenté et ne présentait pas d'irrégularité manifeste lors de l'embarquement. En conséquence, la société n'a pas établi bénéficier de l'exonération prévue à l'article L. 821-8 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 2 octobre 2023 et le

25 octobre 2024, la société Air France, représentée par Me Pradon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision R/22-0810 du 1er août 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a infligé une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué sur le territoire français un passager démuni de document de voyage valable, ou de la décharger de cette amende ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la sanction n'est pas fondée dès lors que le passager était muni d'un passeport lorsqu'il a embarqué, ainsi qu'en atteste la copie d'écran du logiciel ALTEA ;

- la société n'est pas tenue de photocopier les pages des documents de voyage de ses passagers dans la perspective de rapporter ultérieurement la preuve formelle que ces documents ne comportaient pas d'irrégularité manifeste lors de l'embarquement ;

- la société ne peut pas être tenue responsable de la perte ou de la destruction d'un document de voyage après l'embarquement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société Air France n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Merino ;

- les conclusions de Mme Noémie Beugelmans-Lagane, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Une note en délibéré a été enregistrée le 30 mai 2025 pour la société Air France.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 1er août 2023, le ministre de l'intérieur a infligé à la société Air France, sur le fondement des articles L. 821-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué sur le territoire français, le 14 octobre 2022, un passager de nationalité indéterminée, en provenance de Sao Paulo, démuni de document de voyage. Par la présente requête, la société Air France demande l'annulation de cette décision.

Sur le bien-fondé de la sanction :

2. Aux termes de l'article L. 6421-2 du code des transports : " Le transporteur ne peut embarquer les passagers pour un transport international qu'après justification qu'ils sont régulièrement autorisés à atterrir au point d'arrivée et aux escales prévues ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 821-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Est passible d'une amende administrative de 10 000 euros l'entreprise de transport aérien, maritime ou routier qui débarque sur le territoire français, en provenance d'un État qui n'est pas partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990, un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse démuni du document de voyage et, le cas échéant, du visa requis par la loi ou l'accord international qui lui est applicable en raison de sa nationalité ". Enfin, aux termes de l'article L. 821-8 du même code : " L'amende prévue à l'article L. 821-6 peut être prononcée autant de fois qu'il y a de passagers concernés. / Elle n'est pas infligée : () 2° Lorsque l'entreprise de transport établit que les documents requis lui ont été présentés au moment de l'embarquement et qu'ils ne comportaient pas d'élément d'irrégularité manifeste. ".

3. Ces dispositions font obligations aux transporteurs aériens de s'assurer, au moment des formalités d'embarquement, que les voyageurs ressortissants d'Etats non membres de l'Union européenne sont en possession de documents de voyage leur appartenant, le cas échéant revêtus des visas exigés par les textes, non falsifiés et valides. Si ces dispositions n'ont pas pour objet et ne sauraient avoir pour effet de conférer au transporteur un pouvoir de police en lieu et place de la puissance publique, elles lui imposent de vérifier que l'étranger est muni des documents de voyage et des visas éventuellement requis et que ceux-ci ne comportent pas d'éléments d'irrégularité manifeste, décelables par un examen normalement attentif des agents de l'entreprise de transport. En l'absence d'une telle vérification, à laquelle le transporteur est d'ailleurs tenu de procéder en vertu de l'article L. 6421-2 du code des transports, le transporteur encourt l'amende administrative prévue par les dispositions précitées.

4. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours de pleine juridiction contre la décision infligeant une amende sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de statuer sur le bien-fondé de la décision contestée et de réduire, le cas échéant, le montant de l'amende infligée en tenant compte de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

5. Il résulte de l'instruction que la société Air France a laissé débarquer sur le territoire français, le 14 octobre 2022, un passager dépourvu de document de voyage en provenance de Sao Paulo. La compagnie aérienne fait néanmoins valoir que le passager était muni d'un passeport au moment où il a embarqué. Elle ajoute, en outre, qu'elle ne peut être tenue responsable de la perte ou de la destruction de ce document après l'embarquement. À l'appui de ces affirmations, la société requérante produit une copie d'écran de la base de données ALTEA dans laquelle ont été enregistrées des informations concernant le nom du voyageur, son numéro de passeport et la date d'expiration de ce document, en indiquant que ces informations n'ont pu être recueillies qu'après la lecture de la zone de lecture optique de son passeport au moment de l'enregistrement. Toutefois, ce faisant, si ces informations permettent de considérer que le passager a présenté un passeport complet au moment de l'embarquement, elles ne suffisent pas à établir, en l'absence de production d'une copie numérisée de ce document, que la compagnie aérienne a vérifié qu'il ne comportait pas, au même moment, d'éléments d'irrégularité manifeste. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur a pu légalement lui infliger une amende sur le fondement des dispositions de l'article L. 821-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aucune circonstance particulière ne justifie, en l'espèce, de procéder à une minoration du montant de cette amende.

6. Il résulte de ce qui précède que la société Air France n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 1er août 2023, ni la décharge du montant de la sanction prononcée à son encontre. Par suite, ces conclusions, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Air France est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Air France et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Gracia, président,

- Mme Merino, première conseillère,

- M. Rannou, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.

La rapporteure,

Signé

M. MERINO

Le président,

Signé

J-Ch. GRACIALa greffière,

Signé

C. YAHIAOUI

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

1

N°2322690/3-3

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