Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 octobre 2023 et le 20 février 2025, la société Chez Chouette, représentée par Me Bail, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 4 avril 2023 en tant que la maire de Paris a refusé l’installation sur le domaine public d’une terrasse fermée au 1, rue Rochebrune à Paris et d’une terrasse ouverte sur le pan coupé droit ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d’enjoindre à la maire de Paris à titre principal de réexaminer sa demande d’autorisation dans son ensemble, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande en tant qu’elle porte sur une terrasse fermée au 1, rue Rochebrune à Paris et d’une terrasse ouverte devant le pan coupé droit de son établissement ;
3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d’incompétence ;
- elle est illégale du fait de l’illégalité de l’arrêté municipal du 11 juin 2021 portant règlement des étalages et terrasses installés sur la voie publique ;
- elle méconnaît l’article DG.10 de l’arrêté municipal du 11 juin 2021 portant règlement des étalages et terrasses.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 janvier et 13 mars 2025, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés ou sont inopérants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- l’arrêté municipal du 11 juin 2021, portant règlement des étalages et des terrasses installés sur la voie publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme C...,
- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,
- et les observations de Me Zerbib, représentant la société Chez Chouette.
Considérant ce qui suit :
1. La société Chez Chouette exploite l’établissement de restauration « Chez Chouette » au 30 avenue Parmentier à Paris (75011). Elle a demandé à la maire de Paris l’autorisation d’installer sur le domaine public une terrasse ouverte devant terrasse fermée de 3,12 mètres de long sur 0,70 mètre de large au 30 avenue Parmentier, une terrasse ouverte en pan coupé du côté gauche de 2,7 mètres de long sur 2 mètres de large, une terrasse ouverte en pan coupé sur le côté droit de 1 mètre de long sur 0,80 mètre de large et une terrasse fermée de 9,97 mètres de long sur 0,70 mètre de large devant le 1 rue Rochebrune. Par une décision du 4 avril 2023, la maire de Paris a refusé d’accorder cette autorisation pour la terrasse fermée située au 1 rue Rochebrune et pour la terrasse en pan coupé droit au motif que les terrasses ne permettraient pas de laisser la zone contiguë de 1,60 mètre minimum pour la circulation des piétons. Le 6 juin 2023, la société Chez Chouette a formé un recours gracieux. Par la présente requête, la société Chez Chouette demande l’annulation de la décision du 4 avril 2023 en tant qu’elle a refusé l’installation de deux des terrasses sollicitées, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur l’arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 2511-27 du code général des collectivités territoriales : « Le maire de la commune ou le maire de Paris peut donner sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature au directeur général des services de la mairie ou de la Ville de Paris et aux responsables de services communaux (…) ».
3. Par un arrêté du 23 mars 2023 publié au bulletin officiel municipal de la Ville de Paris du 27 mars suivant, la maire de Paris a donné délégation à M. A... B..., adjoint au chef du service du permis de construire et du paysage de la rue, à l’effet de signer les arrêtés de permis de construire, M. B... devant être regardé comme un responsable de services communaux au sens des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 2512-14 du code général des collectivités territoriales : « I. - Le maire de Paris exerce les pouvoirs conférés au maire par la section 1 du chapitre III du titre Ier du livre II de la présente partie (…) II. - Sur certains sites, voies ou portions de voies, fixés par arrêté du préfet de police après avis du maire de Paris, le préfet de police réglemente de manière permanente les conditions de circulation ou de stationnement ou en réserve l'accès à certaines catégories d'usagers ou de véhicules pour des motifs liés à la sécurité des personnes et des biens ou pour assurer la protection du siège des institutions de la République et des représentations diplomatiques ». Aux termes de l’article L. 2213-6 de ce code : « Le maire peut, moyennant le paiement de droits fixés par un tarif dûment établi, donner des permis de stationnement ou de dépôt temporaire sur la voie publique et autres lieux publics, sous réserve que cette autorisation n'entraîne aucune gêne pour la circulation et la liberté du commerce. Les modalités de la tarification et la gestion matérielle du stationnement des véhicules sur la voie publique sont régies par l'article L. 2333-87 ». Aux termes des dispositions de l’article L. 2122-21 du même code : « Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : 1° De conserver et d'administrer les propriétés de la commune et de faire, en conséquence, tous actes conservatoires de ses droits ; (…) 5° De pourvoir aux mesures relatives à la voirie communale ; (…) ».
5. Il résulte de ces dispositions qu’il appartient au maire de Paris, dans l'exercice de ses pouvoirs de gestion du domaine public, de réglementer les conditions de l'utilisation privative de ce domaine, et notamment de subordonner une telle utilisation à la délivrance préalable d'une autorisation dont il doit alors déterminer les conditions d'obtention. Aucune disposition législative ou réglementaire n’oblige le maire à consulter le conseil de Paris préalablement à l’adoption de cette décision. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision en cause serait illégale du fait de l’illégalité de l’arrêté municipal du 11 juin 2021 portant règlement des étalages et terrasses installés sur la voie publique doit être écarté.
Sur le refus d’autorisation pour la terrasse située au 1, rue Rochebrune :
6. Aux termes de l’article DG.1 de l’arrêté municipal du 11 juin 2021, portant règlement des étalages et des terrasses installés sur la voie publique de la Ville de Paris reprend ces dispositions : « Toute occupation du domaine public viaire par une installation – étalages et contre-étalages, terrasses fermées, terrasses ouvertes, contre-terrasses et autres occupations du domaine public de voirie (…) au droit des établissements à caractère commercial ou artisanal est soumise à autorisation préalable délivrée par le maire de Paris, après dépôt d’une demande auprès de ses services et après consultation pour avis du préfet de police et du maire d’arrondissement ». Aux termes de l’article DG.10 de ce règlement : « DG.10 - Dimensions des occupations pouvant être autorisées. L’espace public parisien doit ménager dans les meilleures conditions possibles un espace de circulation réservé au cheminement des piétons, en particulier des personnes en situation de handicap. (…) La largeur de l’installation désigne la dimension prise perpendiculairement à la façade, à partir de la limite du domaine public. (…) Les dimensions maximales des occupations pouvant être autorisées sont définies ci-après : (…) Une zone contiguë d'au moins 1,60 mètre de largeur doit être réservée à la circulation des piétons. (…). »
7. Il ressort des pièces du dossier et n’est pas contesté par la société requérante que la demande d’autorisation de terrasse sur le trottoir devant le 1 rue Rochebrune aurait laissé au passage des piétons un espace d’une largeur de 1,45 mètre, soit inférieur à la largeur de 1,60 mètre prescrite par les dispositions précitées. Par ailleurs, en l’absence d’une demande d’autorisation portant sur une terrasse de dimensions différentes, aucun texte ne faisait obligation à la Ville de Paris d’accorder à la société requérante une autorisation pour une terrasse d’une largeur inférieure. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu’être écarté.
Sur le refus d’autorisation pour la terrasse ouverte située sur le pan coupé droit :
8. Aux termes de l’article DG. 10 du règlement des étalages et terrasses : « Lorsque l'installation se situe devant un pan coupé, la largeur utile au droit de ce pan coupé est égale à la moyenne des largeurs utiles des deux trottoirs. » Aux termes de l’article DG.14 du même règlement : « Aucune installation ne doit être de nature à gêner l’accès des secours aux façades des immeubles, aux bouches d’incendie, aux barrages de gaz, aux émergences, réseaux et ouvrages des concessionnaires et aux entrées des bâtiments ».
9. Pour refuser de délivrer l’autorisation d’installation de la terrasse sollicitée par la société requérante, la maire de Paris s’est fondée sur le motif que la terrasse ne permettait pas de laisser la zone contiguë de 1,60 mètre minimum pour la circulation des piétons. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande d’autorisation de terrasse sur pan coupé droit de l’établissement « Chez Chouette » rue Rochebrune aurait laissé au passage des piétons un espace d’une largeur supérieure à 1,60 mètre. Il s’ensuit que la décision en litige est illégale.
10. Cependant, l’administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
11. En l’espèce, la Ville de Paris fait valoir en défense qu’une installation permettant d’accéder au réseau électrique faisait obstacle à la délivrance de l’autorisation sollicitée en application des dispositions de l’article DG.14 du règlement des étalages et terrasses. Il ressort des pièces du dossier, notamment du cahier des normes d'établissement et d'exploitation des plans de voirie de Paris, d’un plan de voirie de l’angle de l’avenue Parmentier et de la rue Rochebrune et de photographies de 2008 et de 2022, que le pan coupé côté droit présente une émergence correspondant à un poste électrique. Ainsi, il résulte de l’instruction que l’administration aurait pris la même décision si elle avait entendu se fonder initialement sur ce motif. Il y a dès lors lieu de procéder à la substitution de motif demandée par l’administration qui ne prive pas la société requérante d’une garantie procédurale.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Chez Chouette doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris ses conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas partie perdante dans cette affaire.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Chez Chouette est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Chez Chouette et à la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 23 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Nathalie Amat, présidente,
M. Gaël Raimbault, premier conseiller,
Mme Paule Desmoulière, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2025.
La rapporteure,
signé
P. C...
La présidente,
signé
N. Amat
La greffière,
signé
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.