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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2326912

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2326912

mercredi 1 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2326912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSILVESTRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B..., une enseignante vacataire de musique, qui demandait réparation à la Ville de Paris pour son maintien prolongé sous ce statut. La juridiction a jugé que le recours répété à un vacataire pour un enseignement spécialisé à temps très partiel répondait à un besoin ponctuel et non permanent, ne constituant pas une faute de l'administration. La décision s'appuie principalement sur les dispositions du code général de la fonction publique et du décret du 15 février 1988 relatifs aux agents non titulaires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 novembre 2023 et 18 avril 2024, Mme A... B..., représentée par Me Silvestre, demande au tribunal :

1°) de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme totale de 6 624,85 euros en réparation de ses préjudices résultant des fautes commises par la Ville de Paris, avec intérêts au taux légal à compter du 28 juillet 2023, date de réception de sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la Ville de Paris a commis une faute en la maintenant sous le statut de vacataire ;
- elle a subi un préjudice tiré de l’absence de versement d’une indemnité de licenciement, qui doit être évalué à la somme de 3 624,85 euros ;
- elle a subi un préjudice moral, des troubles dans ses conditions d’existence et un préjudice d’anxiété qui doivent être évalués à la somme globale de 3 000 euros.


Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2024, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- elle n’a pas commis de faute ;
- les préjudices invoqués ne sont pas établis ;
- le lien de causalité entre la faute alléguée et les préjudices extrapatrimoniaux allégués n’est pas établi.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le décret n° 94-415 du 24 mai 1994 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Cicmen,
- les conclusions de M. Kusza, rapporteur public,
- et les observations de Me Annoot, substituant Me Silvestre, représentant Mme B....


Considérant ce qui suit :


Mme B... a été recrutée par la Ville de Paris en qualité de vacataire à compter du 15 septembre 1997 pour exercer ses fonctions de professeur dans la spécialité « musique, discipline violon », au sein du conservatoire municipal Erik Satie du 7ème arrondissement. Renouvelé à chaque rentrée scolaire, son dernier engagement, conclu pour la période du 1er octobre 2022 au 30 juin 2023, a pris fin à cette date. Sa demande indemnitaire préalable reçue le 28 juillet 2023 par la Ville de Paris ayant été rejetée, elle demande au tribunal de condamner celle-ci à l’indemniser des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de son maintien sous le statut d’agent vacataire.


Sur les conclusions à fin d’indemnisation :


En ce qui concerne la faute :


La loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction issue de la loi du 12 mars 2012 relative à l’accès à l’emploi titulaire et à l’amélioration des conditions d’emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique, fixe aux articles 3-1 à 3-3 désormais codifiés aux articles L. 332-13, L. 332-14 et L. 332-8 du code général de la fonction publique les cas dans lesquels les emplois permanents des collectivités territoriales peuvent par exception être pourvus par des agents non titulaires. L’article 136 de cette loi qui a été codifié à l’article L. 9 du code de la fonction publique précise qu’un décret en Conseil d’Etat fixe les règles d’emploi de ces agents et détermine les conditions d’application de cet article. Aux termes de l’article 1er du décret du 15 février 1988 relatif aux agents non titulaires de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction en vigueur jusqu’au 31 décembre 2015 : « Les dispositions du présent décret ne sont toutefois pas applicables aux agents engagés pour un acte déterminé ». Ce même article dispose, dans sa rédaction en vigueur à compter du 1er janvier 2016 : « Les dispositions du présent décret ne sont toutefois pas applicables aux agents engagés pour une tâche précise, ponctuelle et limitée à l'exécution d'actes déterminés ». En outre, aux termes de l’article 55 du décret du 24 mai 1994 portant dispositions statutaires relatives aux personnels des administrations parisiennes : « Les fonctions qui, correspondant à un besoin permanent, impliquent un service à temps non complet sont assurées par des agents non titulaires ».


Un agent de droit public employé par une collectivité ou un établissement mentionné au premier alinéa de l’article 2 de la loi du 26 janvier 1984 désormais codifié à l’article L. 4 du code général de la fonction publique doit être regardé comme ayant été engagé pour exécuter un acte déterminé lorsqu’il a été recruté pour répondre ponctuellement à un besoin de l’administration. La circonstance que cet agent a été recruté plusieurs fois pour exécuter des actes déterminés n’a pas pour effet, à elle seule, de lui conférer la qualité d’agent contractuel. En revanche, lorsque l’exécution d’actes déterminés multiples répond à un besoin permanent de l’administration, l’agent doit être regardé comme ayant la qualité d’agent non titulaire de l’administration.


Il résulte de l’instruction que Mme B... a été recrutée par la Ville de Paris à compter du mois de septembre 1997, puis, pour chaque année scolaire, jusqu’en juin 2023, en qualité d’agent vacataire, pour enseigner à temps partiel le violon baroque, au sein du conservatoire municipal Erik Satie du 7ième arrondissement, que la quotité horaire de ses cours, liée au nombre d’élèves inscrits à ses cours, était de deux heures à deux heures et demi de cours hebdomadaire entre septembre 2012 et juin 2023, excepté l’année scolaire 2020-2021 durant laquelle elle a été engagée à raison de quatre heures de cours hebdomadaire. Par ailleurs, il est constant qu’au cours de l’année scolaire 2023-2024, un professeur vacataire des conservatoires de Paris a été engagé pour enseigner à temps partiel le violon baroque au sein du conservatoire municipal du 7ième arrondissement. Eu égard au caractère répété et ininterrompu de ses engagements sur une période de vingt-six ans, et au besoin persistant de l’administration suivant le terme de l’engagement de la requérante, Mme B... est fondée à soutenir qu’elle doit être regardée comme ayant été recrutée pour répondre à un besoin permanent de le Ville de Paris, qui a fait appel de manière constante, chaque semaine pendant vingt-six années scolaires consécutives, à cet agent au sein du même conservatoire municipal d’arrondissement. Sont sans incidence, d’une part, la diminution du nombre d’élèves et, par suite, de la quotité horaire des cours, d’autre part, l’exercice à titre principal par l’intéressée d’autres activités au sein de compagnies musicales. Par suite, la Ville de Paris a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en la maintenant sous le statut de vacataire.


En ce qui concerne les préjudices :


En premier lieu, aux termes de l’article 43 du décret du 15 février 1988, dans sa rédaction applicable à la date de cessation des fonctions de Mme B... : « En cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, une indemnité de licenciement est versée à l'agent recruté pour une durée indéterminée ou à l'agent recruté pour une durée déterminée et licencié avant le terme de son contrat. / L'indemnité de licenciement est également due à l'agent licencié dans les conditions prévues à l'article L. 554-1 du code général de la fonction publique ou dans les conditions prévues au dernier alinéa de l'article L. 1224-3-1 du code du travail ».


Mme B... sollicite le paiement d’une somme de 3 624,85 euros à titre d’indemnité de licenciement. Toutefois, la décision de ne pas renouveler sa dernière vacation ne peut s’assimiler à une rupture avant son terme d’un contrat à durée déterminée, mais doit être regardée comme une décision de refus de renouvellement de son engagement. Par suite, la requérante, qui ne peut être regardée comme ayant été licenciée, n’est pas fondée à demander l’indemnisation d’un préjudice financier sur ce fondement.


En second lieu, la requérante, qui n’apporte aucun élément tangible quant à l’incidence de sa situation de vacataire sur ses conditions de vie, n’établit pas l’existence d’un préjudice d'anxiété, ni de troubles dans ses conditions d’existence. En revanche, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme B... du fait de son maintien sous le statut de vacataire, dans une situation d’incertitude et de précarité, pendant une durée de vingt-six ans, en l’évaluant à la somme de 2 000 euros.


Il résulte de ce qui précède que Mme B... est fondée à demander la condamnation de la Ville de Paris à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice résultant de son maintien sous le statut de vacataire.


Sur les intérêts :


Mme B... a droit aux intérêts au taux légal à compter du 28 juillet 2023, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par la Ville de Paris.


Sur les frais liés au litige :


Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 1 500 euros à verser à Mme B... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La Ville de Paris est condamnée à verser à Mme B... la somme de 2 000 euros en réparation de ses préjudices, avec intérêts au taux légal à compter du 28 juillet 2023.

Article 2 : La Ville de Paris versera à Mme B... la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et à la Ville de Paris.


Délibéré après l’audience du 15 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,
Mme Armoët, première conseillère,
M. Cicmen, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2026.


Le rapporteur,
signé
D. CICMEN

Le président,
signé
C. FOUASSIER

La greffière,

signé


C. EL HOUSSINE


La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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