mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2327200 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | CHRISTOPHEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2023, Mme A B représentée par Me Christophel demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, en application de ce seul dernier article.
Elle soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français a été prise par un auteur incompétent ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée de défaut d'examen de sa situation, faute de mentionner la présence sur le territoire français des deux enfants de l'intéressée ;
- elle est entachée de vice de procédure faute de preuve de la notification de la décision de l'OFPRA du 4 septembre 2023 ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné Mme Grossholz en application de l'article
R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Grossholz.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par l'arrêté attaqué, le préfet de police a fait obligation à Mme B, née le
25 janvier 1990 à Kinshasa, ressortissante de la République démocratique du Congo, de quitter le territoire dans un délai de trente jours en application des dispositions du 4° du I de l'article
L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.
Sur les conclusions relatives à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions à fins d'annulation des décisions d'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et de fixation des pays de renvoi et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requérante :
4.Pour estimer qu' " il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée à sa vie privée et familiale ", l'arrêté attaqué se borne à affirmer qu'il en est ainsi " compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce ", sans aucune précision, alors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme B est mère de deux jeunes enfants qui sont présents à ses côtés en France et qui y sont scolarisés. Les circonstances qu'il n'en résulterait pour la requérante " aucun droit au séjour au regard de la législation en vigueur " et que " le jeune âge de ses enfants ne fait pas obstacle à la reconstitution de sa famille dans le pays d'origine ", qu'opposent le préfet de police dans le mémoire en défense qu'il a produit dans le cadre de la présente instance, ne le dispensait pas de mentionner ces faits pour satisfaire à l'exigence de motivation de la décision d'éloignement de la requérante. Il en résulte que le préfet de police a entaché l'arrêté litigieux tout à la fois de défaut de motivation en fait et de défaut d'examen de la situation de l'intéressée, qui est par conséquent fondée à en demander l'annulation.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
5. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Christophel, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du préfet de police le versement à Me Christophel de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 16 novembre 2023 du préfet de police est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à Me Christophel une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Christophel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Christophel et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.
La magistrate désignée,
C. GROSSHOLZ La greffière,
A. HENRY
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2327200/1-1