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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327934

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327934

mercredi 9 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327934
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantRAMADAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de Mme A, ressortissante sénégalaise, qui contestait le refus du préfet de police de lui accorder une admission exceptionnelle au séjour. Le tribunal écarte les moyens d’incompétence et de défaut de motivation, et juge que le préfet a fait une correcte application de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, auquel renvoie l’accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié. La solution retenue est le rejet de la demande d’annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Ramadan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2023 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir procédé à la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié, seules applicables à sa situation et sur le fondement desquelles le préfet de police n'a pas examiné sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la situation de Mme A a fait l'objet d'un jugement n°1905439/2-1 du tribunal administratif de Paris du 15 octobre 2019 ayant toujours autorité de la chose jugée en l'absence de changement de la situation de l'intéressée ;

- Mme A ne justifie pas de sa résidence habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans ;

- elle est mère d'un enfant résidant au Sénégal ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lenoir,

- et les observations de Me Ramadan, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 25 juin 1984 à Dakar, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture de police par une demande déposée le 7 avril 2022. Par une décision du 11 octobre 2023, le préfet de police a rejeté cette demande. Par la requête susvisée, Mme A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D C, cheffe de la division admission exceptionnelle au séjour et actualisation des situations administratives et de voyage, qui disposait à cette fin d'une délégation consentie par le préfet de police par un arrêté n°2023-01047 du 11 septembre 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Paris du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les considérations de fait et de droit en constituant le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit par suite être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue du point 31 de l'article 3 de l'avenant signé le 25 février 2008 : " Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : / - soit la mention "salarié" s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail ; / - soit la mention " vie privée et familiale " s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Mme A soutient que le préfet de police ne pouvait pas procéder à l'examen de sa demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que seules les stipulations de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 étaient applicables à sa demande. Toutefois, les stipulations du paragraphe 42 de l'accord du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008, en ce qu'elles renvoient à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière, rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

7. Mme A se prévaut d'une entrée en France en date du 15 novembre 2010, sous couvert d'un visa, et d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis cette date. Toutefois, d'une part, pour justifier de sa présence en France au titre du second semestre de l'année 2017 et du premier semestre de l'année 2018, Mme A se borne à produire une ordonnance du 17 août 2017, trois relevés bancaires datés du 21 août 2017, du 19 octobre 2017 et du 19 décembre 2017, dont seul le premier fait état de mouvements significatifs, ainsi qu'un avis d'imposition faisant état d'un impôt d'un montant nul et de revenus déclarés n'excédant pas 5 000 euros. D'autre part, au titre de l'année 2020, Mme A se borne à produire trois ordonnances des 18 octobre 2020, 8 décembre 2020 et 16 décembre 2020, dont deux sont manuscrites, quatre relevés bancaires peu mouvementés en date des 19 mars 2020, 20 avril 2020, 19 mai 2020 et 19 novembre 2020, ainsi qu'un avis d'imposition faisant état d'une absence de revenus imposables. Dans ces conditions, Mme A ne peut être regardé comme justifiant avoir résidé habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure dont serait entachée cette décision, faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour, doit être écarté.

8. En cinquième lieu, Mme A soutient qu'elle réside depuis douze ans en France, où elle est insérée socialement et dont elle maîtrise la langue. Elle soutient en outre qu'elle est rejetée par la population de son pays d'origine du fait de son orientation sexuelle, en produisant, au soutien de ses allégations, un article de presse du 31 octobre 2023. Toutefois, eu égard à ces seuls éléments et alors que le préfet de police soutient que Mme A était, à la date de la décision attaquée, mère d'un enfant résidant au Sénégal, Mme A ne peut être regardée comme justifiant de motifs humanitaires ou exceptionnels tels qu'en rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2025.

Le rapporteur,

Signé

A. LENOIR

Le président,

Signé

B. ROHMERLa greffière,

Signé

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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