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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2400075

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2400075

vendredi 12 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2400075
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET GOLDMAN & QUINQUIS AVOCATS (AARPI)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision du 18 décembre 2023 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, avait prolongé l'affectation de M. B... au quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) de Paris-la Santé. Le tribunal a jugé que cette décision, prise après un an d'affectation, était irrégulière car elle n'avait pas été précédée des avis spécialement motivés de la commission pluridisciplinaire unique et du chef d'établissement, en méconnaissance des articles R. 224-19 et R. 224-20 du code pénitentiaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 janvier 2024, M. A... B..., représenté par Me Quinquis, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 18 décembre 2023 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a ordonné la prolongation de son affectation au sein du quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) de Paris-la Santé ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article R. 224-23 du code pénitentiaire ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;
- elle est contraire aux articles 3, 8, 9, 10 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme de Schotten, rapporteure,
- et les conclusions de M. Rezard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de l’exécution de plusieurs condamnations pénales, M. B... a été affecté, par décision du 11 juillet 2022, au sein du quartier de prise en charge de la radicalisation spécialisé dans l’évaluation (QPR-QER) du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil entre le 1er août et le 14 octobre 2022. Par une décision du 19 décembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, a ensuite décidé son affectation au sein du quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) du centre pénitentiaire de Paris-La Santé. Cette affectation a été renouvelée par une décision du 19 juin 2023 pour une période de six mois. Par la présente requête M. B... demande au tribunal d’annuler la décision du 18 décembre 2023 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a de nouveau ordonné la prolongation de son affectation au sein du QPR de Paris-la Santé pour une durée de six mois.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

2. Aux termes de l’article L. 124-1 du code pénitentiaire : « Lorsqu'il apparaît que leur comportement porte ou est susceptible de porter atteinte au maintien du bon ordre de l'établissement ou à la sécurité publique, les personnes détenues majeures peuvent, sur décision de l'autorité administrative, être affectées au sein de quartiers spécifiques pour bénéficier d'un programme adapté de prise en charge et soumises à un régime de détention impliquant notamment des mesures de sécurité renforcée.». Aux termes de l’article L. 124-2 de ce code : « La décision d'affectation dans ces quartiers spécifiques doit être motivée et n'intervient qu'après une procédure contradictoire au cours de laquelle la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. Cette décision fait l'objet d'un nouvel examen régulier. » Aux termes de l’article R. 224-19 de ce code : « Lorsqu'au terme de l'évaluation prévue à l'article R. 224-13, une décision de placement initial en quartier de prise en charge de la radicalisation est envisagée, le chef de l'établissement pénitentiaire informe la personne détenue par écrit des motifs invoqués, résultant notamment de l'avis de la commission pluridisciplinaire unique. La même procédure est applicable lorsqu'est envisagée une décision de renouvellement de placement en quartier de prise en charge de la radicalisation prévu par les dispositions du II de l'article R. 224-13 ». Aux termes de l’article R. 224-20 du même code : « Le placement initial au sein d'un quartier de prise en charge de la radicalisation prévu par les dispositions du II de l'article R. 224-13 est d'une durée maximale de six mois. Au terme de ce délai, et dans les conditions décrites à la présente sous-section, ce placement peut être renouvelé par l'autorité compétente désignée par les dispositions de l'article R. 224-18 pour une nouvelle durée qui ne saurait excéder six mois. / Au terme d'une durée d'un an, le garde des sceaux, ministre de la justice, est seul compétent pour prolonger le placement par durée maximale de six mois renouvelable. Il prend sa décision après mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 224-2 et après avis spécialement motivé de la commission pluridisciplinaire unique, du chef de l'établissement pénitentiaire et du directeur interrégional des services pénitentiaires. »


3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, qui décide du renouvellement de l’affectation au QPR de Paris-La Santé de M. B... est intervenue au terme d’une durée d’un an, dès lors que la décision d’affectation initiale de l’intéressé au sein de ce quartier a été prise le 19 décembre 2022. Par suite, et en application des dispositions susvisées, elle ne pouvait intervenir qu’après avoir été précédée de l’avis spécialement motivé de la commission pluridisciplinaire d’une part, de celui du chef d’établissement d’autre part, et enfin de celui du directeur interrégional des services pénitentiaires.

4. Or, il ressort des pièces du dossier que si le garde des sceaux a versé à l’instance l’avis du directeur interrégional des services pénitentiaires du 24 novembre 2023, il n’a pas, d’abord, et malgré une demande du tribunal, produit celui de la commission pluridisciplinaire mais se borne à produire un document intitulé « synthèse de la CPU du 24 octobre 2023 » qui ne saurait tenir lieu d’avis spécialement motivé de la commission pluridisciplinaire. En outre, le garde des sceaux, ministre de la justice ne produit pas non plus l’avis du chef d’établissement du centre pénitentiaire de Paris-La Santé. A cet égard, s’il renvoie à la synthèse pluridisciplinaire du 20 novembre 2023, qui selon lui, doit être lue comme traduisant l’avis du chef d’établissement, aucun élément du dossier ne permet de considérer que l’avis du chef d’établissement a été formellement recueilli avant l’édiction de la décision attaquée. De telles irrégularités constituent un vice de procédure, qui, dès lors qu’il a eu pour effet de priver l’intéressé d’une garantie, doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B... est fondé, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de sa requête, à demander l’annulation de la décision.

Sur les frais liés à l’instance :

6. Il y lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 800 euros à verser à M. B... en application des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La décision du garde des sceaux, ministre de la justice du 18 décembre 2023 est annulée.

Article 2 : Il est mis à la charge de l’Etat la somme de 800 euros à verser à M. B... en application des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l’audience du 21 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,
M. Nourisson, premier conseiller.
Mme de Schotten, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2025.


La rapporteure,

K.de Schotten
Le président,

J-P. Ladreyt


Le greffier,




A. Lemieux


La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.


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