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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2400538

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2400538

vendredi 12 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2400538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSIMON

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris annule la décision du 23 janvier 2023 par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A..., ressortissante sénégalaise. Le tribunal retient que cette décision, qui constitue un refus de titre et non un simple classement sans suite, est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En conséquence, il enjoint au préfet de réexaminer la demande de l'intéressée dans un délai de deux mois et de la munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour. L'État est condamné à verser 1 200 euros à son avocate au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2024, Mme B... A..., représentée par Me Lucie Simon, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 23 janvier 2023 par laquelle le préfet de police a classé sans suite sa demande de titre de séjour et a ainsi refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour mention « vie privée et familiale » dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le même délai, après l’avoir munie, dans les deux cas, d’une autorisation provisoire de séjour dans un délai d’une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil d’une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la décision attaquée ne comporte pas les prénom, nom et qualité de son auteur ;
- elle est entachée d’incompétence ;
- elle n’est pas motivée ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l’article L. 423-21 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet de police a été mis en demeure de produire un mémoire en défense le 21 mai 2025.

La clôture de l’instruction a été fixée au 20 juin 2025 par une ordonnance du 5 juin 2025.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 11 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 28 novembre 2025 le rapport de Mme Aubert, présidente.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... A..., née le 10 décembre 2003 au Sénégal et de nationalité sénégalaise, entrée en France où elle a rejoint un membre de sa famille au cours de l’année 2016, a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-21 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile le 9 décembre 2022. Cette demande a été classée sans suite par une décision du préfet de police du 23 janvier 2023. Par la présente requête, elle demande l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « (…) doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / (…) ». Aux termes l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».

3. Mme A... a été informée le 23 janvier 2023 du classement sans suite de sa demande de titre de séjour sans que lui soit opposée l’incomplétude de son dossier et sans aucune précision en dehors de l’invitation à présenter une nouvelle demande au titre de l’admission exceptionnelle au séjour. N’étant pas fondée sur le caractère incomplet de son dossier, cette réponse à la demande ne constitue pas, contrairement à ce qu’elle mentionne, un simple classement sans suite insusceptible de recours mais une décision de refus de titre de séjour et elle ne comporte aucun motif de fait et de droit. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation est fondé.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision du préfet de police du 23 janvier 2023 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

5. Eu égard au motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de police examine la demande de titre de séjour de Mme A.... Par suite, sur le fondement de l’article L. 911-2 du code de justice administrative, il y a lieu de lui enjoindre de procéder à son examen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement après avoir muni sans délai l’intéressée d’une autorisation provisoire de séjour qui, en vertu de l’article R. 431-14 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et eu égard au fondement de la demande, ne peut être assortie d’une autorisation provisoire de travail. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat, qui est la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme de 1 200 euros au bénéfice de Me Simon, conseil de Mme A..., en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.


D E C I D E :


Article 1er : La décision du préfet de police du 23 janvier 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police d’examiner la demande de titre de séjour de Mme A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement après l’avoir munie sans délai d’une autorisation de séjour.

Article 3 : L’Etat versera à Me Simon, conseil de Mme A..., une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation au bénéfice de la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à Me Simon et au préfet de police.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Prost, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2025.


La présidente-rapporteure,



S. AUBERT
L’assesseur le plus ancien,



S. JULINET
La présidente-rapporteure,



S. AUBERT
L’assesseur le plus ancien,



S. JULINET
La greffière,



A. LOUART

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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