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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2401052

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2401052

mercredi 19 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2401052
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET LFMA (SELARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de Mme A..., ressortissante ivoirienne, contestant le refus du préfet de police de lui délivrer un titre de séjour. La requérante invoquait notamment une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) et à l'intérêt supérieur de son enfant. Le tribunal a rejeté sa demande, considérant que la décision attaquée était légale et que les moyens soulevés n'étaient pas fondés. La solution retenue confirme le refus de séjour, en application des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 janvier 2024 et le 25 mars 2024, Mme C... A..., représentée par Me Lerein, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 11 décembre 2023 par laquelle le préfet de police lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l’attente de ce réexamen, un récépissé l’autorisant à travailler sous les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 2 160 euros à Me Lerein, son avocate, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser personnellement au titre du seul article L. 761-1 du code de justice administrative si le bénéfice de l’aide juridictionnelle ne lui est pas accordé.

Elle soutient que :
- la décision de refus de délivrance d’un titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le refus d’admission exceptionnel au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision est entachée d’une inexacte application de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte atteinte à l’intérêt supérieur de sa fille en méconnaissance du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.

La demande de Mme A... d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 5 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi no 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Calladine a été lu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante ivoirienne née le 10 novembre 1985, a déposé le 13 décembre 2021 à la préfecture de police une demande d’admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 11 décembre 2023, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour après avoir estimé que l’intéressée ne remplissait pas les conditions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A... demande au tribunal l’annulation de cette décision.

Sur la légalité de l’arrêté du 11 décembre 2023 :

Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. » Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. »

Mme A... est entrée sur le territoire français le 13 octobre 2012 en possession de son passeport revêtu d’un visa de court séjour délivré par les autorités italiennes. Si le préfet soutient qu’elle n’établit pas y avoir résidé habituellement depuis cette date et notamment au cours des années 2014, 2015 et 2017, il ressort des pièces du dossier, en particulier du carnet de santé de sa fille née le 21 juillet 2016 à Paris, que l’enfant a été examinée et vaccinée à plusieurs reprises par le médecin de protection maternelle et infantile au cours des années 2016 et 2017. Dès lors, la requérante doit être regardée comme établissant sa résidence habituelle en France depuis la naissance de sa fille. Il ressort d’un jugement du 6 septembre 2022 du tribunal judiciaire de Paris que le père de l’enfant est M. B..., ressortissant français, auquel un droit de visite et d’hébergement a été accordé et dont la contribution à l’entretien et l’éducation de l’enfant est fixée par ce même jugement. L’enfant, qui vit avec sa mère, est de nationalité française, comme l’attestent le passeport et la carte nationale d’identité qui lui ont été délivrés, et a vécu depuis sa naissance en France où elle est scolarisée. Par ailleurs, Mme A... justifie son insertion professionnelle puisqu’elle travaille en qualité d’aide à domicile à temps plein. Compte tenu de la situation personnelle de Mme A..., la décision du 11 décembre 2023 porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris. Ce refus méconnaît donc l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision du préfet de police du 11 décembre 2023.

Sur l’injonction :

Eu égard au motif d’annulation retenu et sous réserve d’un changement de circonstances de fait ou de droit, le présent jugement implique que soit délivrée à Mme A... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale ». Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder à cette délivrance dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement.

Le présent jugement implique également que le préfet de police ou le préfet territorialement compétent munisse Mme A... d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours suivant la notification de ce même jugement.

Il n’y a pas lieu d’assortir ces injonctions d’une astreinte.



Sur les frais liés au litige :

Mme A... n’a pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État le versement à Mme A... d’une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de police du 11 décembre 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme A... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme A... une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : L’Etat versera à Mme A... une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A..., au préfet de police et à Me Lerein.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Topin, présidente,
Mme Dousset, première conseillère,
Mme Calladine, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2025.


La rapporteure,
Signé
A. CALLADINE

La présidente,
Signé
E. TOPIN

La greffière,


Signé


V. FLUET
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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