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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2402754

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2402754

mardi 25 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2402754
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantANCEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. B..., adjoint technique révoqué par le conseil régional d’Île-de-France, pour contester cette sanction et demander réparation des préjudices subis. Le tribunal a rejeté l’ensemble des moyens soulevés, notamment l’incompétence de l’auteur de l’acte, les vices de procédure (délais, composition du conseil de discipline, impartialité) et l’erreur d’appréciation sur la matérialité des faits et la proportionnalité de la sanction. En conséquence, il a rejeté la demande d’annulation de l’arrêté de révocation ainsi que la demande indemnitaire subséquente. Cette solution s’appuie sur les dispositions du code général de la fonction publique et du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 5 février sous le numéro 2402754, et des mémoires, enregistrés les 7 mars et 10 juillet 2024, M. C... B..., représenté par Me Ancel, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté n° 40430-2023 du conseil régional d’Ile-de-France du 5 décembre 2023 lui infligeant la sanction disciplinaire de révocation ;

2°) d’enjoindre au conseil régional d’Ile-de-France de le réintégrer dans ses fonctions et de procéder à la reconstitution de sa carrière et de ses droits dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la région Île-de-France une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
l’arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
il est entaché d’un vice de procédure en ce que l’article 13 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux a été méconnu, dès lors que le conseil de discipline a rendu son avis au-delà d’un délai d’un mois ;
il est entaché d’un vice de procédure en ce que l’article 6 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux a été méconnu, dès lors qu’il n’a pas été convoqué dans un délai de quinze jours avant la date du conseil de discipline ;
il est entaché d’un vice de procédure en ce que le principe d’impartialité a été méconnu lors de l’organisation du conseil de discipline du 28 novembre 2023 ;
il est entaché d’un vice de procédure en ce que l’article 54 de la loi du 12 mars 2012 a été méconnu, dès lors que seuls 30% d’hommes y étaient présents ;
il est entaché d’une erreur dans la matérialité des faits et leur caractère fautif ;
il est entaché d’une erreur d’appréciation en ce que la sanction retenue est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2024, la région d’Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.


II. Par une requête, enregistrée le 18 mai 2025 sous le numéro 2514038 et des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés, le 27 et le 30 mai, ainsi que le 22 juin, le 9 juillet, le 3 et le 24 août, et le 2 octobre 2025, M. B... demande au tribunal :

1°) de condamner la région Ile-de-France à lui verser 1 801 euro pour l’indemniser de ses frais d’avocat concernant la procédure engagée contre l’expulsion du logement qu’il occupait au titre des fonctions pour lesquelles il a été révoqué, de ses frais bancaires, des délais nécessaires à l’octroi de son allocation de retour à l’emploi et du préjudice moral qui en résulterait.

2°) d’ordonner une médiation.

Il doit être regardé comme soutenant que, sa révocation fautive et l’expulsion subséquente de son logement de fonctions lui ont causé des préjudices que la région d’Ile-de-France doit indemniser, d’un montant de 1 800 euros pour ses frais d’avocat, et d’un euro pour ses frais financiers et son préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2025, la région Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Par une ordonnance du tribunal du 2 octobre 2025 la clôture d’instruction a été fixée au 11 octobre suivant.


Un mémoire présenté par M. B... a été enregistré le 9 novembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;
- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Desprez,
- les conclusions de Mme Laforêt, rapporteure publique,
- et les observations de Me Ancel, représentant M. B..., pour l’affaire n°2402754.


Considérant ce qui suit :

M. B..., adjoint technique des établissements d’enseignement principal de 2ème classe titulaire, a été affecté à partir du 22 septembre 2021 a la cité scolaire Buffon à Paris en qualité de responsable de maintenance. Dans ce cadre, il encadrait une équipe de trois agents. Le 24 août 2023, il a fait l’objet d’un arrêté de suspension de ses fonctions. Le 28 novembre 2023, le conseil de discipline a rendu un avis proposant la sanction de révocation. Par un arrêté du 5 décembre 2023, la sanction disciplinaire de révocation, avec effet au 24 décembre 2023, lui a été infligée. Par la requête n°2402754/2-1 M. B... demande au tribunal d’annuler cet arrêté. Il demande également, par la requête n°2514038/2-1, de l’indemniser des frais qu’il a dû exposés, selon ses écritures, en raison de cette révocation ainsi que ceux causés par son expulsion de son logement de fonction.

Sur la jonction :

Les requêtes n°2402754/2-1 et n°2514038/2-1 concernent les mêmes parties et présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.


Sur la demande de médiation :

Aux termes de l'article L. 213-5 du même code : « Les parties peuvent, en dehors de toute procédure juridictionnelle, organiser une mission de médiation et désigner la ou les personnes qui en sont chargées. / Elles peuvent également, en dehors de toute procédure juridictionnelle, demander au président du tribunal administratif ou de la cour administrative d'appel territorialement compétent d'organiser une mission de médiation et de désigner la ou les personnes qui en sont chargées, ou lui demander de désigner la ou les personnes qui sont chargées d'une mission de médiation qu'elles ont elles-mêmes organisée. / Le président de la juridiction peut déléguer sa compétence à un magistrat de la juridiction. (…) ». Aux termes de l’article L. 213-7 du code de justice administrative : « Lorsqu'un tribunal administratif ou une cour administrative d'appel est saisi d'un litige, le président de la formation de jugement peut, après avoir obtenu l'accord des parties, ordonner une médiation pour tenter de parvenir à un accord entre celles-ci ».

Il appartient à M. B... de solliciter auprès de son employeur une médiation. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’ordonner une médiation pour trouver un accord relatif à l’indemnisation des préjudices que M. B... estime avoir subi.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 532-1 du code général de la fonction publique, « Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination ou à l'autorité territoriale qui l'exerce dans les conditions prévues aux sections 2 et 3 ». En l’espèce, Mme E... A..., directrice générale adjointe du pôle ressources humaines, a reçu délégation de la présidente du conseil régional d’Ile-de-France à l’effet de signer la décision en litige par arrêté du 14 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Alors que M. B... ne conteste pas l’identité du signataire de l’acte attaqué, le moyen tiré de ce que la décision a été signée par une autorité incompétente doit, par suite, être écarté.

En deuxième lieu, l’article 13 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux dispose que : « Le conseil de discipline doit se prononcer dans le délai de deux mois à compter du jour où il a été saisi par l'autorité territoriale (…). Le délai est ramené à un mois lorsque le fonctionnaire poursuivi a fait l'objet d'une mesure de suspension (…) ». Toutefois, ce délai n’a pas été édicté à peine de nullité de l’avis que le conseil de discipline émettrait après son expiration. Dans ces conditions, la circonstance que le conseil de discipline se soit prononcé plus d’un mois après sa saisine est sans incidence sur la légalité de la sanction infligée à M. B.... Le moyen tiré de la tardiveté de l’avis du conseil de discipline ne peut, par suite, qu’être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article 6 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux : « Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception (...) ». En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que le courrier de convocation au conseil de discipline du 5 octobre 2023 a été notifié à M. B... le 20 octobre 2023, soit plus de quinze jours avant la réunion du 28 novembre 2023. Par suite, le moyen devra être écarté.

En quatrième lieu, la circonstance que M. D..., signataire de l’arrêté de suspension du 24 août 2023 pris à l’encontre de M. B..., ait assuré le secrétariat du conseil de discipline ne saurait, par elle-même, démontrer que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l’obligation d’impartialité dans la mesure où M. D... n’a manifesté aucune animosité personnelle à l’égard de M. B.... En outre et en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D... aurait pris part aux échanges et au délibéré ou qu’il aurait influé sur le sens de l’avis émis par le conseil de discipline. Il s’ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l’obligation d’impartialité doit être écarté.

En cinquième lieu, aux termes de l’article 54 de la loi du 12 mars 2012 relative à l’accès à l’emploi titulaire et à l’amélioration des conditions d’emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique : « A compter du premier renouvellement de l’instance postérieur au 31 décembre 2012, les membres représentant l’administration ou l’autorité territoriale au sein des commissions administratives paritaires instituées au titre de la fonction publique de l’Etat de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière sont désignés en respectant une proportion minimale de 40% de personnes de chaque sexe ». Toutefois, cette disposition doit être interprétée comme ne fixant qu’un objectif de représentation équilibré entre les femmes et les hommes. Elle n’a pas pour objet ni pour effet de fixer, pour la composition des commissions administratives paritaires, une proportion de personnes de chaque sexe qui s’imposerait à peine d’irrégularité des avis émis par ces commissions. Par suite, le moyen tiré de l’irrégularité de la composition du conseil de discipline doit être écarté.

En sixième lieu, aux termes de l’article L. 121-1 du code général de la fonction publique qui codifie les dispositions déjà applicables précédemment : « L'agent public exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. ». Aux termes de l’article L. 530-1 du code général de la fonction publique : « Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. ». Aux termes de l’article L. 533-1 du code général de la fonction publique : « Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : (…) 4° Quatrième groupe : (…) b) La révocation ». Il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

D’une part, s’il est constant que M. B... a agressé physiquement un agent subordonné et a tenu des propos à caractère homophobe, en revanche, il conteste avoir eu un comportement inadapté à l’égard des agents de l’équipe qu’il encadrait et de sa hiérarchie. A cet égard, il explique qu’il subissait une pression et une attitude irrespectueuse de la part de sa supérieure hiérarchique alors qu’il effectuait des rapports réguliers de son activité et exécutait les instructions reçues. Certains courriers électroniques adressés par la supérieure hiérarchique de M. B... révèlent une situation conflictuelle mais les nombreux autres témoignages précis et concordants des membres de la direction de l’établissement permettent d’établir les faits qui lui sont reprochés. Or, l’ensemble de ces faits constituent des fautes de nature à justifier une sanction. Par suite, M. B... n’est pas fondé à contester la matérialité de ces faits et leur caractère fautif. Dès lors, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

D’autre part, pour relativiser la gravité des faits qui lui sont reprochés, M. B... se prévaut du comportement agressif de l’agent avec lequel il a eu une altercation, de l’absence de sanction disciplinaire antérieure et de son engagement professionnel. Toutefois, eu égard à la gravité des propos à caractère homophobe tenus par M. B... et de l’agression physique perpétrée sur un agent subordonné le 13 juillet 2023, durant laquelle il l’a frappé plusieurs fois au visage et y compris lorsque celui-ci était à terre, et au regard du comportement du requérant remettant en cause de façon récurrente l’autorité de sa supérieure hiérarchique, des rapports conflictuels qu’il entretenait avec d’autres agents envers lesquels il s’est de nombreuses fois montré agressif dans son attitude et ses propos, et nonobstant l’absence de sanction antérieure, la sanction de révocation prononcée à son encontre ne présente pas de caractère disproportionné. Par suite, le moyen tiré de ce que la sanction de révocation en litige est entachée d’une erreur d'appréciation et est disproportionnée doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision du 5 décembre 2023 prononçant la sanction de la révocation. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête n°2402754 à fin d’injonction doivent également être rejetées.


Sur les conclusions à fin d’indemnisation :

Il résulte de l’instruction, en particulier de ce qui a été dit aux points précédents du jugement, que la révocation de M. B... n’est pas illégale et donc n’est pas fautive, pas plus que ne l’était l’expulsion du logement dont il disposait pour nécessité absolue de service dans le cadre de ses fonctions d’adjoint technique territorial des établissements d’enseignement principal de 2ème classe de la région Ile-de-France.

En outre, à supposer qu’il puisse être regardé comme se prévalent de l’illégalité des décisions prises par la région Ile-de-France et relative à son allocation d’aide au retour à l’emploi, il résulte de l’instruction que celle-ci lui a été accordée par une décision de la région du 13 février 2024, qui lui indiquait que l’allocation ne pouvait lui être versée que sous réverse de la réception d’attestation mensuelles auprès de France Travail. Un courrier électronique de la région du 11 mars 2024, que M. B... ne conteste pas dans ses mémoires, lui indique que son dossier était incomplet à cette date. Un autre courrier électronique, de sa part, indique que son allocation d’aide au retour à l’emploi a été suspendue du fait de son arrêt maladie. Il ne résulte pas de l’instruction que la région Ile-de-France, ni au demeurant que France travail, auraient commis des illégalités fautives qui engageraient leur responsabilité.

Par suite, M. B... n’est pas fondé à rechercher la responsabilité de la région Ile-de-France et de demander l’indemnisation des préjudices qui auraient été causés par sa révocation, l’expulsion du logement qu’il occupait pour nécessité de service, ou par la gestion par la région Ile-de-France de ses demandes afin d’obtenir le versement de son allocation d’aide au retour à l’emploi. Ses conclusions indemnitaires doivent ainsi être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge du conseil régional d’Ile-de-France, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.


D E C I D E:


Article 1er : Les requêtes n°2402754/2-1 et n°2514038/2-1 de M. B... sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et au conseil régional d’Ile-de-France.


Délibéré après l'audience du 12 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,
M. Desprez, premier conseiller,
Mme Van Daële, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2025.



Le rapporteur,
signé
JB. DESPREZ

Le président,
signé
J-F SIMONNOT

Le greffier,

signé

M-C. POCHOT

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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