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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2403857

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2403857

lundi 30 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2403857
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET EBC AVOCATS

Résumé IA

**Sujet principal** : Recours d'une aide-soignante contre le refus implicite de son employeur, l'AP-HP, de solliciter le FIPHFP pour financer sa formation. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris. **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que le refus de l'AP-HP est légal, car le FIPHFP n'a pas vocation à compléter le financement d'une formation déjà prise en charge par un congé de formation professionnelle, ce qui constitue un motif légal de rejet. **Textes appliqués** : Articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, L. 351-7 et L. 351-9 du code général de la fonction publique, et L. 131-1 du même code relatif à la non-discrimination.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 février 2024, Mme B... A..., représentée par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite du 8 février 2024 par laquelle l’AP-HP a rejeté sa demande de sollicitation du fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP) ;

2°) d’enjoindre à l’AP-HP de solliciter le FIPHFP pour financer sa formation ;

3°) de mettre à la charge de l’AP-HP une somme de 1 800 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’erreur de droit et d’erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait le principe d’égalité et est discriminatoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2026, l’AP-HP conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique ont été entendus :
- le rapport de Mme Benhamou,
- et les conclusions de M. Coz, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... A..., aide-soignante au sein de l’hôpital Tenon, qui relève de l’AP-HP, a obtenu un congé de formation professionnelle rémunéré du 13 octobre 2021 au 24 janvier 2024 puis non rémunéré du 24 janvier 2024 au 3 juillet 2024 pour suivre une formation d’assistante sociale à l’école normale sociale. Par un courrier du 1er décembre 2023, Mme A... a demandé à son employeur de solliciter le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP) afin de financer la fin de sa formation. Par la présente requête, Mme A... demande l’annulation de la décision implicite de rejet née du silence de l’administration sur sa demande.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. »

3. A supposer même que la décision par laquelle l’administration refuse de transmettre au FIPHFP la demande de financement de sa formation formulée par un agent doive être motivée, le moyen tiré du défaut de motivation soulevé ne peut qu’être écarté comme manifestement infondé, dès lors que la requérante n’établit, ni même n’allègue, avoir demandé communication des motifs du rejet implicite de sa demande de titre de séjour.

4. Aux termes de l’article L. 351-7 du code général de la fonction publique : « Le fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la fonction publique est un établissement public national ayant pour mission de : / 1° Favoriser l'accueil, l'insertion professionnelle et le maintien dans l'emploi des agents handicapés relevant du présent code, ainsi que leur formation et leur information ; (…) ». Aux termes de l’articles L. 351-9 du même code : « Le fonds est saisi par les employeurs publics (…) ».

5. En deuxième lieu, il résulte de l’instruction, et notamment du courrier du 13 janvier 2023, que le motif pour lequel l’administration a refusé de transmettre la demande de Mme A... est tiré de la circonstance qu’elle n’en aurait pas fait la demande par le truchement d’une conseillère en ressources humaines. Ce motif, qui n’est pas au nombre de ceux qui peuvent justifier un tel refus, est entaché d’erreur de droit. Toutefois, l’AP-HP invoque, en défense, un motif tiré de ce que le FIPHFP n’a pas pour objet de compléter la prise en charge des formations financées par un congé de formation professionnelle et demande, par conséquent, une substitution de motifs. Or, ce motif fonde légalement la décision litigieuse dès lors que le FIPHFP ne complète pas les financements de dispositifs tels que le congé de formation professionnelle. Dans ces conditions, c’est sans commettre d’erreur de droit que l’AP-HP a pu refuser de transmettre la demande de Mme A... au FIPHFP.

6. En troisième lieu, Mme A... soutient que la décision en litige est entachée d’erreur d’appréciation dès lors qu’elle la priverait de l’adaptation à son poste de travail. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A... a pu suivre la formation dont elle sollicite le complément de financement et que celle-ci a été partiellement financée par un congé de formation professionnelle. Par suite, en tout état de cause, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation manque en fait et doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 131-1 du code général de la fonction publique : « Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison (…) de leur état de santé ».

8. Le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il lui soumette des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. Mme A... soutient que la décision en litige est constitutive d’une mesure discriminatoire au regard de son état de santé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu’il a été dit au point 4, que Mme A... a bien obtenu un financement partiel de sa formation par l’obtention d’un congé de formation professionnelle en vue de lui permettre une reconversion, d’une part, et que le refus de transmettre la demande de financement complémentaire au FIPFHP est motivée par la circonstance que ce dernier n’a pas vocation à compléter les financements des congés de formation professionnelle, d’autre part. Par suite, la décision en litige ne saurait être regardée comme fondée sur l’état de santé de la requérante et le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision implicite par laquelle l’AP-HP a refusé de transmettre la demande de financement de Mme A... au FIPHFP doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d’injonctions et celle présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris.


Délibéré après l’audience du 16 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Séval, président,
M. Errera, premier conseiller,
Mme Benhamou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2026.


La rapporteure,


signé

C. BENHAMOULe président,


signé

J.-P. SEVAL
La greffière,


signé

S. LARDINOIS


La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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