mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2406206 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2024, M. A, représenté par Me Hug, demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du 12 mars 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé les pays de destination ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de
l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire français :
- a été prise par un auteur incompétent ;
- est insuffisamment motivée en fait faute de comporter aucun élément relatif à sa situation personnelle sauf sa date de naissance, entachée d'une erreur flagrante ;
- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu protégé par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- a été prise en méconnaissance de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il est mineur selon des documents auxquels s'attache une présomption d'authenticité en application de l'article 47 du code civil.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique tenue, en présence de Mme Guignard, greffière d'audience, le rapport de Mme C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien, fait l'objet d'un arrêté du préfet de police
du 12 mars 2024 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant les pays de destination. Par la présente requête, il demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Céline Siméon qui a reçu délégation pour ce faire en cas d'absence ou d'empêchement de diverses autorités par arrêté n° 2024-00102 en date du 26 janvier 2024 et publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il est donc suffisamment motivé, sans qu'ait d'incidence à cet égard la circonstance, à la supposer même établie, qu'il comporterait une " erreur flagrante " sur la date de naissance du requérant.
6. En troisième lieu, lorsqu'il fait obligation à un étranger de quitter le territoire français sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont issues de la transposition en droit interne de la directive 20081115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, le préfet doit être regardé comme prenant une décision qui se trouve dans le champ d'application du droit de l'Union européenne. Il lui appartient, dès lors, d'en appliquer les principes généraux, qui incluent le droit à une bonne administration. Parmi les principes que sous-tend ce dernier, figure celui du droit de toute personne à être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, ce droit se définit comme le droit de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales.
7. Il ressort des pièces du dossier et plus précisément du procès-verbal d'audition
de M. A par les services de police en date du 12 mars 2024, produit par le préfet de police à l'appui de son mémoire en défense, que l'intéressé a eu la possibilité de présenter à cette occasion son point de vue avant l'édiction de la décision en litige. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu ne peut qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
9. Si le requérant soutient être né le 8 avril 2007 comme l'indiquent la copie d'acte de naissance et le certificat de nationalité qu'il produit à l'appui de ses écritures, comme l'oppose le préfet de police en défense, rien ne prouve que ces documents qui ne comportent pas de photographie lui appartiennent. Il ressort de plus des pièces du dossier que le requérant a lui-même affirmé lors de son audition être né le 29 décembre 1994. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, hormis celles relatives au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Hug et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
La magistrate désignée,La greffière,
C. C I. GUIGNARD
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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