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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2406653

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2406653

mercredi 17 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2406653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantTANGALAKIS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a condamné l’État à verser 5 300 euros à Mme B... pour carence fautive dans son relogement, reconnue prioritaire par la commission de médiation le 23 avril 2020. La responsabilité de l’État a été engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation, faute d’offre de relogement dans le délai légal. Le préjudice, incluant troubles d’existence et moral, a été évalué en tenant compte de la sur-occupation du logement et de la composition du foyer jusqu’au relogement le 21 décembre 2023. La somme allouée inclut les intérêts au taux légal capitalisés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2024, Mme A... B..., représentée par Me Tangalakis, demande au tribunal :

1°) de condamner l’État à lui verser une somme de 15 000 euros, augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil d’une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les entiers dépens, sous réserve de la renonciation par son conseil à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Elle soutient que :
- la responsabilité de l’État est engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation dès lors qu’elle n’a reçu aucune offre de relogement alors qu’elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;
- elle subit des troubles dans ses conditions d’existence et un préjudice moral du fait de la carence fautive de l’État à la reloger.


La requête a été communiquée au préfet de la région Ile-de-France, qui n’a pas produit d’observation.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2023.
Vu les pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Amat en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Mme Amat a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Amat a été entendu au cours de l’audience publique.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la responsabilité :

1. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une décision d’une commission de médiation en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l’État prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’État, qui court à compter de l’expiration du délai de six semaines à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l’article R. 441-18 du code de la construction et de l’habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre d’hébergement. En outre, il y a lieu de tenir compte, pour les évaluer, de l’évolution de la composition du foyer au cours de cette période.

2. Mme B..., qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 23 avril 2020 de la commission de médiation du département de Paris, au motif que le ménage comportait au moins une personne mineure ou handicapée à charge et occupait un local dont la surface est inférieure au barème mentionné à l’article R. 822-25 du code de la construction et de l’habitation cité à l’article R. 441-14-1 du même code. Or, Le préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris n’a pas proposé à Mme B... un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l’habitation à compter de l’édiction de la décision de la commission de médiation ni davantage exécuté l’ordonnance lui enjoignant d’assurer le relogement de l’intéressée. Cette double carence est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’État à compter du 24 octobre 2020 à l’égard de Mme B....

3. Il résulte également de l’instruction que Mme B... a été relogée le 21 décembre 2023 dans un logement correspondant à ses besoins et capacités.

Sur le préjudice :

4. Il résulte de l’instruction que jusqu’au 21 décembre 2023, date de son relogement, Mme B..., occupait un local sur-occupé et son foyer comportait au moins une personne mineure ou handicapée à charge. Quand bien même le fils de Mme B... est né le 28 juin 2023, soit postérieurement à la décision de la commission de médiation, il est constant que l’enfant vit avec le reste de la famille et fait ainsi partie du foyer de Mme B.... Par suite, conformément au principe dégagé au point 1 ci-dessus, la présence de l’enfant doit être prise en compte dans la détermination du préjudice subi par Mme B... du fait de son absence de relogement. Compte tenu de ces conditions de logement, qui ont perduré jusqu’au 21 décembre 2023, du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer de Mme B..., il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par elle dans ses conditions d’existence, y compris de son préjudice moral, depuis le 24 octobre 2020 jusqu’au 21 décembre 2023 en lui allouant une somme de 5 300 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.


Sur les frais liés au litige :

4. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme B... sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :

Article 1er : L’État est condamné à verser à Mme B... une somme de 5 300 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., au ministre de la ville et du logement et à Me Tangalakis.

Copie en sera adressée au préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2025.


La magistrate désignée,
signé
N. Amat
La greffière,
signé
J. Iannizzi

La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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