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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407080

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407080

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407080
TypeDécision
PublicationC
Formation1re section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantAHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2024, M. A A, représenté par Me Ahmad, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet

des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une période d'un an et a procédé à son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- le renvoi vers le Bangladesh et l'interdiction de retour violent l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme compte tenu d'éléments nouveaux au regard desquels il a le droit de demander le réexamen de sa demande d'asile dans le cadre de l'article R.531-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est présent en France de manière ininterrompue depuis 2017 et remplit les conditions d'admission au séjour sur les fondements des articles L.435-1 et L.435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée au regard des critères de

l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- L'inscription au SIS est disproportionnée et non motivée en droit car il n'a jamais eu " de moindre démêlée avec la justice et demeure inconnu des services de police ".

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme D en application de l'article

R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique tenue, en présence de Mme Guignard, greffière d'audience le rapport de Mme D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 1er janvier 1976, ressortissant du Bangladesh, fait l'objet d'un arrêté du préfet des Hauts de Seine du 26 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour pendant une durée d'un an et signalement dans le système d'information Schengen (SIS). Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.

2. En premier lieu, l'arrêté du 26 mars 2024 a été signé par Mme C B, cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui disposait d'une délégation de signature, consentie par l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine n°2024-08 du 21 février 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, M. A ne saurait utilement invoquer les articles L.435-1 et L.435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont relatifs à la délivrance de titres de séjour, pour contester l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur ce dernier, la première de ces deux décisions ayant été prise, non à la suite d'un refus de délivrance d'un titre de séjour, mais sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L.611-1 du même code.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le renvoi vers le Bangladesh et l'interdiction de retour violeraient l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme, en l'absence de toute précision sur les éléments nouveaux que le requérant invoque comme susceptibles d'être pris en compte dans le cadre d'une nouvelle demande de réexamen qu'il envisagerait de présenter, après qu'une première demande de réexamen ait été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) comme par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 22 juin 2020, comme il ressort des pièces du dossier.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

6. En l'espèce, le préfet des Hauts-de-Seine a indiqué dans l'arrêté attaqué que " Monsieur kazi ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière ", " que sa situation familiale ne fait pas état de fortes attaches sur le territoire " et " que compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la durée de l'interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale ".

Il en résulte que le moyen tiré d'une insuffisante motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an au regard des critères fixés par l'article L.612-10 précité ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

8. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français ou prolonge l'interdiction de retour dont cet étranger fait l'objet, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet en tant que tel d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de signalement aux fins de non admission de l'intéressé dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A A et au préfet des Hauts de Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La magistrate désignée, La greffière,

C. DI. GUIGNARD

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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