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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2409028

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2409028

jeudi 5 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2409028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantBERREBI-WIZMAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé une décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour pour un ressortissant tunisien. La juridiction a retenu un vice de procédure, constatant que le préfet de police n'avait pas communiqué les motifs de sa décision malgré une demande régulière du requérant, en violation des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Elle a enjoint à l'administration de réexaminer la demande dans un délai de trois mois et a condamné l'État à verser 800 euros au requérant au titre des frais engagés pour le litige.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2024 M. C... A... B..., représenté par Me Berrebi-Wizman, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite née le 15 août 2022 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

La requête a été communiquée au préfet de police qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.



Vu :
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Schaeffer a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. A... B..., ressortissant tunisien né le 7 janvier 1986 est entré en France le 28 août 2008 selon ses déclarations. Le 15 avril 2022, il sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par la présente requête, il demande l’annulation de la décision implicite du préfet de police rejetant sa demande.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (...) ». Aux termes de l’article L. 232-4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ».

Il ressort des pièces du dossier et n’est pas contesté par le préfet de police qui n’a pas produit de mémoire que, par un courrier reçu le 7 mars 2024, M. A... B..., a sollicité auprès de celui-ci la communication des motifs de la décision implicite de rejet née, en application de l’article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du silence gardé pendant quatre mois par le préfet de police sur sa demande de titre de séjour présentée le 15 avril 2022. Il est constant que le préfet de police n’a pas répondu à cette demande de communication des motifs de la décision. M. A... B... est, dès lors, fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d’un défaut de motivation.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... B... est fondé à demander l’annulation de la décision attaquée.




Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

Le présent jugement, eu égard au motif d’annulation de la décision, implique seulement que le préfet de police ou le préfet territorialement compétent procède au réexamen de la demande de M. A... B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. A... B... d’une somme de 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




D E C I D E :




Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de titre de séjour de M. A... B... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de M. A... B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. A... B... la somme de 800 euros au titre de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.



Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... B... et au préfet de police.


Délibéré après l'audience du 22 janvier 2026 à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,
M. Schaeffer, premier conseiller,
M. Jehl, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2026.


Le rapporteur,
G. SCHAEFFER
La présidente,
M. SALZMANN


La greffière,



P. TARDY-PANIT


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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