vendredi 20 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2410953 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ALDEBARAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 avril 2024 et le 20 janvier 2025, l'EURL Acym et M. A B, représentés par la SELARL Aldébaran, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser à l'EURL Acym la somme de 1 484 350 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 décembre 2023, capitalisés pour produire eux-mêmes des intérêts, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;
2°) de condamner l'Etat à verser à M. B la somme de 50 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 décembre 2023, capitalisés pour produire eux-mêmes des intérêts, en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils sont fondés à rechercher la responsabilité de l'Etat du fait de la loi du 22 mai 2019 dès lors que le législateur n'a pas exclu l'indemnisation des commissaires aux comptes qu'elle a lésés et qu'il a résulté pour eux de cette loi un préjudice à la fois grave et spécial ;
- ils sont dès lors fondés à obtenir une indemnisation du préjudice économique subi par l'EURL Acym d'un montant global de 1 484 350 euros se décomposant, d'une part, en une perte de valeur de son fonds de commerce, à hauteur de 1 400 000 euros ou, subsidiairement, de 732 800 euros et, d'autre part, en une diminution de ses fonds propres en lien avec l'acquisition de la clientèle d'un autre commissaire aux comptes, à hauteur de 84 350 euros ;
- ils sont également fondés à obtenir le versement d'une somme de 50 000 euros en réparation du préjudice moral subi par M. B.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les conditions d'engagement de la responsabilité de l'Etat ne sont pas réunies dès lors que le préjudice allégué n'est ni grave, ni spécial, ni certain, ni direct.
La clôture de l'instruction est intervenue le 31 janvier 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de commerce ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 ;
- la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 ;
- le décret n° 2019-514 du 24 mai 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, rapporteur,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- les observations de Me Rocaboy, représentant l'EURL Acym.
Considérant ce qui suit :
1. M. B exerce les fonctions de commissaire aux comptes par l'intermédiaire de l'EURL Acym, dont il est le gérant. Par un courrier du 27 décembre 2023, ils ont demandé au garde des sceaux, ministre de la justice, de les indemniser du préjudice qu'ils estiment avoir subi du fait de l'entrée en vigueur de la loi du 22 mai 2019, sans obtenir de réponse. L'EURL Acym et M. B demandent la condamnation de l'Etat à verser à la première la somme de 1 484 350 euros et au second celle de 50 000 euros en réparation de leur préjudice respectif.
2. La responsabilité de l'Etat du fait des lois est susceptible d'être engagée, sur le fondement de l'égalité des citoyens devant les charges publiques, pour assurer la réparation de préjudices nés de l'adoption d'une loi à la condition que cette loi n'ait pas entendu exclure toute indemnisation et que le préjudice dont il est demandé réparation, revêtant un caractère grave et spécial, ne puisse, dès lors, être regardé comme une charge incombant normalement aux intéressés.
3. L'article 20 de la loi du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises (PACTE) a d'abord supprimé, au b du 3° de son I et à son 17°, l'obligation de désigner un commissaire aux comptes dans toutes les sociétés anonymes (SA) et les sociétés en commandite par actions (SCA) pour la réserver, en vertu des 14° et 17° de ce I, à celles de ces sociétés excédant deux des trois seuils définis par voie réglementaire en fonction de leur bilan, de leur chiffre d'affaire et du nombre de leurs salariés, à l'image de ce qui était déjà prévu pour les sociétés en nom collectif (SNC), les sociétés en commandite simple (SCS), les sociétés par action simplifiée (SAS) et les sociétés à responsabilité limitée (SARL). L'article 20 de la loi a ensuite disposé que ces seuils, que ce soit pour les SA et les SCA, en vertu des 14° et 17° de son I, ou pour les SNC, SCS, SAS et SARL, en vertu de son 27°, seraient fixés non par décret en Conseil d'Etat, comme c'était le cas jusqu'alors pour ces dernières sociétés, mais par décret. Il a enfin prévu une nouvelle obligation de recours à un commissaire aux comptes, à l'article L. 823-2-2 du code de commerce, créé par le 22° de son I, pour le cas des sociétés contrôlant d'autres sociétés lorsque l'ensemble qu'elles forment excède deux des trois seuils déjà mentionnés.
4. En vertu de l'article 1er du décret du 24 mai 2019, ces seuils, qui étaient fixés pour les SNC, SCS et SARL à l'article R. 221-5 du code de commerce et pour les SAS à son article R. 227-1, ont été déplacés dans un nouvel article D. 221-5 et ont été rehaussés, le seuil de bilan passant de 1 550 000 euros pour les SNC, SCS et SARL et de 1 000 000 d'euros pour les SAS à 4 000 000 d'euros, celui tenant au chiffre d'affaire passant de 3 100 000 euros pour les SNC, SCS et SARL et 2 000 000 d'euros pour les SAS à 8 000 000 d'euros et celui tenant au nombre de salariés passant de vingt pour les SAS à cinquante. L'article 1er du décret a également rendu ces seuils applicables aux SA et SCA ainsi qu'aux sociétés en contrôlant d'autres.
5. En premier lieu, l'EURL Acym produit une liste de quarante-quatre mandats qu'elle indique avoir perdus ainsi qu'une liste de quatre mandats qu'elle allègue n'avoir pu renouveler qu'à la baisse en conséquence de l'adoption de la loi dès lors que les sociétés concernées seraient passées en-deçà des nouveaux seuils définissant l'obligation de recours à un commissaire aux comptes. Les requérants allèguent, par ailleurs, que plusieurs autres mandats ont vocation à ne pas être renouvelés pour les mêmes motifs. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces sociétés étaient exclusivement constituées sous la forme de SARL et de SAS, de sociétés d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) et de sociétés d'exercice libéral par actions simplifiée (SELAS) soumises respectivement aux mêmes règles que ces dernières en vertu de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1990, ainsi que de sociétés de participations financières de profession libérale de pharmaciens d'officine (SPFPL) relevant de l'article R. 5125-24-1 du code de la santé publique et qui étaient toutes constituées sous la forme de SAS. Aucune de ces sociétés ne revêtait par conséquent la forme sociale d'une SA ou d'une SCA, qui constituent les seules sociétés pour lesquelles la loi du 22 mai 2019 a directement modifié les hypothèses de recours obligatoire à un commissaire aux comptes. Dès lors que la loi du 22 mai 2019 n'a pas modifié les seuils de recours obligatoire à un commissaire aux comptes pour les sociétés dont ils ont perdu les mandats postérieurement à 2019, les préjudices invoqués par les requérants ne résultent pas de son adoption. Si les requérants soutiennent, en outre, que certaines des sociétés dont ils ont perdu le mandat ont privé d'effet la mesure transitoire prévue au II de l'article 20 de la loi, qui prévoyait que les mandats en cours de validité se poursuivraient jusqu'à leur terme, en effectuant une modification de leur forme sociale, ils n'établissement pas que cette modification est en rapport avec l'adoption de la loi. Dès lors, les préjudices qu'ils invoquent ne présentent pas davantage de lien de causalité avec la loi du 22 mai 2019. L'EURL Acym et M. B ne sont donc pas fondés à rechercher la responsabilité de l'Etat du fait de la loi du 22 mai 2019.
6. En second lieu et en tout état de cause, si le décret du 24 mai 2019, qui a significativement rehaussé les seuils applicables aux SNC, SCS, SAS et SARL, a eu des répercussions particulièrement importantes pour certaines sociétés ayant une activité de commissariat aux comptes, notamment lorsque l'essentiel de leurs mandats étaient souscrits auprès de petites entreprises, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport, daté de décembre 2023, de la société d'expertise-comptable Salustro et Associés, établi à la demande des requérants, que l'EURL Acym " exerce une activité d'expertise comptable et de commissariat aux comptes " et que le chiffre d'affaires qu'elle a réalisé entre les années 2016 et 2018 l'avait été à seulement 68 à 71 % au titre du commissariat aux comptes, le surplus étant notamment constitué de " missions exceptionnelles ", dont il ressort d'ailleurs de ce même rapport qu'elles se sont accrues postérieurement à la modification des seuils de recours obligatoire à un commissaire aux comptes. L'EURL Acym et M. B ne justifient dès lors pas avoir subi un préjudice présentant un caractère grave et spécial du fait des dispositions du décret du 24 mai 2019. Dans ces conditions, les requérants ne seraient pas davantage fondés à rechercher la responsabilité de l'Etat du fait de son adoption.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par les requérants doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que celles qu'ils ont présentées au titre des intérêts et de leur capitalisation et des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL Acym et de M. B est rejeté.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Acym, première dénommée pour les requérants, et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
Mme de Schotten, première conseillère,
M. Rezard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2025.
Le rapporteur,
A. Rezard
La présidente,
K. Weidenfeld
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026