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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2413811

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2413811

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2413811
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantLIBAUDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 29 mai 2024, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée par M. B, représenté par Me Libaude, enregistrée au greffe de ce tribunal le 24 avril 2024.

Par cette requête, M. B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que son droit à être entendu, garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant des décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par deux mémoires accompagnés de pièces complémentaires enregistré les 2 et 4 juillet, le 9 et le 10 septembre 2024, la préfète du Val-de-Marne représenté par Me Termeau conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simonnot, président de chambre, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Simonnot,

- et les observations de Me Libaude, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 2 août 1982 est entré en France le 28 mai 2018 selon ses déclarations. Par un arrêté du 22 avril 2024, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné. M. B demande l'annulation de ces décisions.

2. Aux termes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de l'article L. 613-1 : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () "

3. Il ressort des motifs de la décision litigieuse que M. B serait célibataire sans charge de famille et que ses liens personnels ne sont pas intenses et stables. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est père d'un enfant. Il réside sur le territoire français ou est né son fils, D A B né le 25 septembre 2023 à Paris (75010), et la mère de ce dernier. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. B a travaillé en France pendant pour une durée cumulée, entre 2019 et 2024, de près de deux années. Dès lors, alors que M. B avait donné lors de sa retenue administrative, le 22 avril 2024, au moins, les éléments relatifs à sa situation familiale en France, il est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est entachée d'une insuffisance de motivation qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision du 24 avril 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a obligé à M. B à quitter le territoire français doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi et celle faisant interdiction de retourner sur le territoire français.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 22 avril 2024 de la préfète du Val-de-Marne prises à l'encontre M. B sont annulées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Val-de-Marne.

Le magistrat désigné,

J.-F. SIMONNOT

La greffière,

M.-C. POCHOT Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2413811/2-1

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