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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2422322

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2422322

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2422322
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

1°) sous le n° 2422322, la requête, enregistrée le 21 août 2024, présentée par Mme D C. Par cette requête et un mémoire enregistré le 19 septembre 2024, Mme C, représentée par Me Boulestreau demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexaminer de sa situation administrative dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou directement à son profit en cas de rejet de sa demande d'aide.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il ne justifie pas de la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui sert de fondement à l'arrêté attaqué ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le recours formé pour sa fille mineure contre la décision de l'OFPRA a bien été formé dans le délais de recours contentieux auprès de la cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

2°) sous le n° 2422324, la requête, enregistrée le 21 août 2024, présentée par M. E A. Par cette requête et un mémoire enregistré le 22 septembre 2024, M. A, représenté par Me Boulestreau demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexaminer de sa situation administrative dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou directement à son profit en cas de rejet de sa demande d'aide.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il ne justifie pas de la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui sert de fondement à l'arrêté attaqué ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Béal.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2422322/2-1 et 2422324/2-1 présentées pour Mme C et M. A présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par arrêtés du 11 juillet 2024, le préfet de police a obligé Mme C et M. A à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Mme C et M. A demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C et de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. Youssef Berqouqi, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, signataire des arrêtés attaqués, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, et sans qu'il soit besoin que le préfet produise son arrêté, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle et administrative des requérants. Contrairement à ce que soutient les requérants, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir et notamment de leur situation familiale et du fait que la demande de protection internationale de leur fille est toujours en cours d'examen. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance.

7. Mme C et M. A soutiennent qu'en violation de ces dispositions, aucun élément du dossier ne permet de s'assurer de la réalité de la notification des décisions de l'OFPRA du 8 janvier 2024. Toutefois, le préfet de police qui n'est pas tenu de produire une copie de l'accusé de réception de ces notifications, produit deux extraits de la base de données " télémofpra ", relative à l'état des procédures de demande d'asile, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire en application des dispositions de l'article R. 723-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort de ces documents que la notification des décisions de l'OFPRA du 8 janvier 2024 a bien eu lieu le 19 janvier suivant. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions susvisées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Mme C et M. A ressortissants ivoiriens soutiennent qu'ils sont les parents d'une petite fille née le 16 novembre 2022 et qui a formé un recours à l'encontre de la décision de l'OFPRA devant la cour nationale du droit d'asile qui serait encore pendant. Toutefois, d'une part, il n'est pas contesté que M. A et Mme C sont l'un et l'autre en situation irrégulière et n'ont pas contesté devant la cour nationale du droit d'asile les décisions de l'OFPRA rejetant leur demande d'asile dont ils ne précisent pas le fondement et n'invoquent en dehors de cette requête, aucun autre obstacle interdisant à la cellule familiale de se reconstituer en Côte d'Ivoire, pays dont ils sont tous originaires. D'autre part, le conseil des requérants ne précise pas plus le motif de la demande de protection présentée par la petite fille et ne justifie pas qu'à la date de l'arrêté attaqué, soit au 11 juillet 2024, la cour nationale du droit d'asile ne se serait pas encore prononcée sur leur requête enregistrée le 2 mars 2024. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, ils ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations précitées de de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C et M. A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés susvisés du préfet de police du 11 juillet 2024. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

DECIDE

Article 1er : Mme C et M. A ne sont pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme C et de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. E A et au préfet de police.

rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024

Le magistrat désigné,

A. Béal

La greffière

I.Canaud

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

La greffière

D. Permalnaick/2-1 et 2422324/2-1

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