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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2414097

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2414097

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2414097
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2024, M. A D, représenté par Me Semak, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et d'annuler le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, injonction assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- La décision est dépourvue de base légale ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur le refus de délai de départ volontaire :

- La décision est dépourvue de base légale ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'interdiction de retour :

- La décision est dépourvue de base légale ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

-elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistré le 2 et le 3 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Evgénas, présidente de section, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique tenue le 9 juillet 2024, en présence de Mme Doucet, greffière d'audience, le rapport de Mme Evgénas.

La clôture de l'instruction ayant été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D né le 28 mai 1994 de nationalité péruvienne demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel, sur le fondement du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2024-167 du 18 mars 2024, le préfet de police a donné à Mme B C, attachée de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions susvisées.

5. Si M. D fait valoir que la décision attaquée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, il ne produit aucun élément de nature à justifier ses allégations. Il ressort au contraire des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire français de manière irrégulière en 2021, selon ses propres allégations, qu'il ne justifie d'aucune insertion particulière sur le territoire et que le 28 mai 2024 il a été auditionné puis placé en garde à vue pour des faits de vol, menace avec arme. Ces moyens doivent donc être écartés.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

6. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale. Par ailleurs, il n'établit pas que la décision qui fixe le pays de renvoi est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

7. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en cause est dépourvue de base légale.

8. Au regard de la situation du requérant qui ne justifie d'aucune insertion particulière sur le territoire français et au regard de son comportement qui porte atteinte à l'ordre public, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

11. Ainsi qu'il vient d'être dit au point 5 du jugement, le requérant qui est entré sur le territoire français de manière irrégulière en 2021, qui ne justifie d'aucune insertion particulière sur le territoire et qui, le 28 mai 2024 il a été auditionné puis placé en garde à vue pour des faits de vol, menace avec arme n'est pas fondée à soutenir que la décision en cause méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation..

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D ne peut pas prétendre à l'annulation de la décision attaquée du 28 mai 2024 du préfet de police. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions, y compris ses conclusions en injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de police.

Lu en audience publique le 15 juillet 2024.

La magistrate désignée,

J. EVGENASLa greffière,

A. DOUCET

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2414097/2-1

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