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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2416499

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2416499

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2416499
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantANWAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 17 juin 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de M. B selon la procédure prévue à l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin et 18 septembre 2024, M. B, représenté par Me Tchiakpe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter du jugement à venir, et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant du refus d'un délai de départ volontaire :

-la décision méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le requérant a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès de la sous-préfecture du Raincy le 23 mai 2024.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de vingt-quatre mois :

-la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision refusant au requérant un délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense et une pièce, enregistrés les 25 septembre et 1er octobre 2024, le préfet de Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de Mme Weidenfeld ;

- et les observations de Me Tchiakpe, représentant M. B, présent, qui abandonne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte et reprend ses écritures pour le surplus.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 12 juin 2024, le préfet de Seine-Saint-Denis a obligé M. B, né le 14 avril 1990 au Nigéria et entré en France en 2018 selon ses déclarations, à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort de l'arrêté litigieux que pour considérer que le requérant n'avait, contrairement à ce qu'il avait affirmé lors de son audition, pas déposé de demande de titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur les circonstances que l'intéressé n'en apportait pas la preuve et que " les vérifications effectuées sur les bases de données du fichier national des étrangers ne font apparaître aucun dossier " sous l'identité du requérant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant dispose d'un numéro AGDREF, qui a d'ailleurs permis à l'administration, avant d'édicter l'arrêté litigieux, de constater que la demande d'asile de l'intéressé avait été rejetée, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile le 18 juin 2021 et qu'il avait fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement en 2019 et 2023, et que celui-ci mentionne l'existence d'une demande de titre. Dès lors que cette circonstance était de nature à influer sur son sens, l'erreur de fait commise par le préfet entache d'illégalité l'arrêté litigieux. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 en toutes ses décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. L'annulation prononcée par le présent jugement implique que le préfet de la Seine-Saint-Denis, le préfet de police de Paris ou toute autre autorité territorialement compétente réexamine la situation du requérant. Il y a, par suite, lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois et de délivrer au requérant, sans délai, une autorisation provisoire de séjour valable pendant la durée de ce réexamen. Il n'y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser à M. B une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 12 juin 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, au préfet de police de Paris ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois et de lui délivrer, dans l'attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Copie en sera adressée pour information au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La magistrate désignée,

K. Weidenfeld Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2416499/6-1

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