jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2421819 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 août, 20 septembre et 2 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Fournier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter du jour de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros H.T. à verser à son conseil, en application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative, et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en l'absence d'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à verser directement au requérant.
Il soutient que :
- L'arrêté est entaché d'incompétence, de défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- Il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il a formulé une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de parent d'enfant malade auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne le 4 avril 2024 et a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfecture ;
- il méconnait les dispositions de l'article L.611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet ne justifie pas du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son fils est atteint de drépanocytose et bénéficie d'un suivi régulier et adapté en France qui ne peut lui être prodigué en Côte d'Ivoire et dont le défaut est de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour sa santé ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de Mme Weidenfeld ;
- et les observations de Me Fournier, représentant M. A, présent.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 11 juillet 2024, le préfet de police a obligé M. A, ressortissant ivoirien né le 7 septembre 1979 et entré en France le 12 septembre 2021 selon ses déclarations, à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il ressort de l'arrêté litigieux que, pour décider l'éloignement de M. A, le préfet de police s'est borné à constater que la demande d'asile présentée par celui-ci avait été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 25 mars 2024, sans prendre en considération la circonstance que la demande d'asile de la fille du requérant, qui a d'ailleurs été admise au bénéfice de cette protection par une décision de l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides du 4 septembre 2024, était encore en cours. Dès lors qu'il n'est pas contesté que le requérant contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille, avec laquelle il vit, cette circonstance, dont le préfet avait connaissance, était de nature à influer sur le sens des décisions attaquées. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 en toutes ses décisions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. L'annulation prononcée par le présent jugement implique que le préfet de police de Paris, ou toute autorité territorialement compétente, réexamine la situation du requérant. Il y a, par suite, lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois et de délivrer au requérant, sans délai, une autorisation provisoire de séjour valable pendant la durée de ce réexamen. Il n'y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Fournier, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Fournier de la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou si la demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, le versement au requérant de la même somme.
D É C I D E:
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 11 juillet 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. A dans un délai de trois mois et de lui délivrer, dans l'attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros au titre des frais de justice dans les conditions prévues au point 5 du présent jugement.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La magistrate désignée,
K. Weidenfeld Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401459/6-1