Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 juillet 2024 et 17 juillet 2025, l’association FÉDÉRATION FRANÇAISE DU BÉNÉVOLAT ASSOCIATIF, représentée par Me Chamy, demande au tribunal :
1°) d’annuler les décisions des 9 janvier et 3 mai 2024 par lesquelles le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse a refusé de renouveler l’agrément national au titre des activités de jeunesse et d’éducation populaire dont elle bénéficiait en application du premier alinéa de l’article 8 de la loi n° 2001-624 du 27 juillet 2001 ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse de renouveler ledit agrément sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
la décision attaquée est entachée d’incompétence de l’auteur de l’acte, dès lors qu’il n’est pas démontré que le ministre aurait été empêché de signer ;
elle est insuffisamment motivée, dès lors que le ministre s’est fondé sur l’avis de la formation spécialisée du conseil d’orientation des politiques de jeunesse qui ne lui a pas été communiqué, la mettant ainsi dans l’impossibilité d’en comprendre les motifs et d’y répondre et qu’elle ne fait pas état des circonstances de fait qui la justifient ;
elle est entachée d’un vice de procédure, dès lors que le rapporteur désigné pour l’instruction du dossier est éloigné du domaine associatif ;
elle est entachée d’un vice de procédure tiré de la méconnaissance du contradictoire dans l’instruction du dossier en l’absence de rencontre avec le rapporteur, de communication du rapport d’analyse et de l’avis de la formation spécialisée et de possibilité de réponse contradictoire ;
elle porte une atteinte disproportionnée à la liberté d’association garantie par l’article 11 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît l’article 25-1 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 et l’article 8 de la loi n° 2001-624 du 17 juillet 2001.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 juin et 25 août 2025, le ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.
Par ordonnance du 15 décembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 15 janvier 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
la loi n° 2001-624 du 17 juillet 2001 portant diverses dispositions d’ordre social, éducatif et culturel ;
le décret n°2002-571 du 22 avril 2002 pris pour l'application du premier alinéa de l'article 8 de la loi n° 2001-624 du 17 juillet 2001 et relatif à l'agrément des associations de jeunesse et d'éducation populaire ;
le décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement ;
le décret n° 2016-1377 du 12 octobre 2016 portant création du conseil d'orientation des politiques de jeunesse ;
l’arrêté du 17 février 2014 fixant l'organisation de l'administration centrale des ministères de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports et de l'enseignement supérieur et de la recherche ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Ostyn,
- et les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
L’association FÉDÉRATION FRANÇAISE DU BÉNÉVOLAT ASSOCIATIF a sollicité le 25 décembre 2022 le renouvellement de l’agrément national au titre des activités de jeunesse et d’éducation populaire dont elle bénéficiait en application du premier alinéa de l’article 8 de la loi n° 2001-624 du 17 juillet 2001. Par décision du 9 janvier 2024 confirmée par sa décision du 3 mai 2024 prise en réponse au recours gracieux, dont la requérante demande l’annulation, le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse a refusé de faire droit à sa demande.
Sur la décision attaquée :
Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, mais contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre la décision de rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant exclusivement dirigées contre la décision administrative initiale. Ainsi, il y a lieu de regarder les conclusions et les moyens de la requête de l’association FÉDÉRATION FRANÇAISE DU BÉNÉVOLAT ASSOCIATIF tendant à l’annulation de la décision portant rejet de son recours gracieux du 3 mai 2024 comme également dirigés contre la décision du 9 janvier 2024 par laquelle le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse a refusé de renouveler l’agrément national au titre des activités de jeunesse et d’éducation populaire.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En premier lieu, aux termes de l’article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : « A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions (…), peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : (…) 1° (…) les directeurs d'administration centrale (…) ». Aux termes de l’article 52-5 de l’arrêté du 17 février 2014 : « La direction de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative comprend : (…) - la sous-direction de l'éducation populaire (…). ». Et aux termes de l’article 52-7 du même arrêté : « La sous-direction de l'éducation populaire assure une mission de promotion, de veille et de valorisation des démarches d'éducation populaire. Elle contribue au développement des pratiques éducatives et participe à l'élaboration et à la mise en œuvre des politiques relatives à la protection des mineurs. Elle coordonne l'animation du réseau des services déconcentrés dans les domaines de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative. / A ce titre : (…) -elle propose au ministre la liste des associations nationales susceptibles de bénéficier d'un agrément de jeunesse et d'éducation populaire (…). ».
En l’espèce, il est constant que la décision attaquée du 9 janvier 2024 a été signée par Thibaut de Saint Pol, directeur de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative, dont la nomination en cette qualité résulte du décret du 11 janvier 2023 publié au Journal officiel de la République française du 12 janvier suivant. Il résulte des dispositions citées au point précédent que ce dernier était régulièrement habilité à signer la décision attaquée. Le moyen tiré de l’incompétence de son signataire manque en fait et ne peut, par suite, qu’être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la loi du 17 juillet 2001 : « Les associations, fédérations ou unions d'associations régulièrement déclarées ayant une activité dans le domaine de l'éducation populaire et de la jeunesse peuvent faire l'objet d'un agrément (…). ». Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : (…) 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir (…). ».
Il résulte des dispositions citées au point précédent que la délivrance de l’agrément visé à l’article 8 de la loi du 17 juillet 2001 ne constitue par un droit et n’entre, par suite, pas dans les catégories des décisions devant être motivées en application de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Au surplus, la décision du 9 janvier 2024 vise le texte précité sur lequel elle est fondée et s’approprie, s’agissant des considérations de fait, le motif relevé par le conseil d’orientation des politiques de jeunesse dans son avis défavorable du 19 octobre 2023 portant sur l’absence d’appréhension suffisante par la requérante de la démarche d’éducation populaire. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision attaquée, inopérant et manquant en fait, ne peut pas conséquent qu’être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 du décret du 12 octobre 2016 portant création du Conseil d'orientation des politiques de jeunesse : « La commission "éducation populaire" se réunit en formation spécialisée pour émettre un avis sur les demandes d'agrément présentées par les associations, fédérations ou unions d'associations de jeunesse et d'éducation populaire à caractère national, dans les conditions fixées par l'article 2 du décret du 22 avril 2002 susvisé. (…) Cette formation spécialisée est présidée par le délégué interministériel à la jeunesse, directeur de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative ou son représentant. ». Aux termes de l’article 2 du décret du 22 avril 2002 pris pour l'application du premier alinéa de l'article 8 de la loi n° 2001-624 du 17 juillet 2001 et relatif à l'agrément des associations de jeunesse et d'éducation populaire : « Les associations, fédérations ou unions d'associations qui sollicitent un agrément national adressent une demande au ministre chargé de la jeunesse. (…) L'agrément est prononcé par arrêté du ministre après avis du Conseil d'orientation des politiques de jeunesse, institué par le décret n° 2016-1377 du 12 octobre 2016. ». Et aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ».
La requérante fait valoir que la décision attaquée est entachée de vices de procédure, dès lors que le rapporteur désigné pour l’instruction du dossier lui a semblé éloigné de la compréhension des problématiques d’associations de bénévoles, notamment de l’éducation populaire des petites associations de terrain associatif et que le principe du contradictoire dans l’instruction du dossier a été méconnu en l’absence de rencontre avec le rapporteur, de communication du rapport d’analyse et de l’avis de la formation spécialisée et de possibilité de réponse à ces derniers. Toutefois, d’une part, il ne ressort d’aucune disposition, en particulier pas de celles citées au point précédent, que le rapporteur en charge de l’instruction du dossier devrait posséder des compétences ou connaissances spécifiquement liées aux problématiques des associations de bénévoles. D’autre part, alors que la décision attaquée ne figure pas parmi les décisions devant être motivées aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et n’est, par suite, pas soumise au respect d’une procédure contradictoire préalable en vertu de l’article L. 121-1 du même code, il ressort des écritures de la requérante que cette dernière a bénéficié d’un entretien téléphonique avec le rapporteur du dossier. Il s’ensuit que l’association FÉDÉRATION FRANÇAISE DU BÉNÉVOLAT ASSOCIATIF n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d’un vice de procédure.
En quatrième lieu, aux termes de l’article 11 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association, y compris le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts. ».
La requérante soutient que la décision attaquée viole les stipulations citées au point précédent. Néanmoins, la décision attaquée n’a ni pour objet ni pour effet de remettre en cause son existence et son fonctionnement. Dans ces conditions, la requérante ne peut sérieusement soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait la liberté d’association protégée par l’article 11 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En cinquième et dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la loi du 17 juillet 2001 portant diverses dispositions d’ordre social, éducatif et culturel : « Les associations, fédérations ou unions d'associations régulièrement déclarées ayant une activité dans le domaine de l'éducation populaire et de la jeunesse peuvent faire l'objet d'un agrément par le ministre chargé de la jeunesse ou par l'autorité administrative compétente. L'agrément est notamment subordonné à l'existence et au respect de dispositions statutaires garantissant la liberté de conscience, le respect du principe de non-discrimination, leur fonctionnement démocratique, la transparence de leur gestion, et permettant, sauf dans les cas où le respect de cette dernière condition est incompatible avec l'objet de l'association et la qualité de ses membres ou usagers, l'égal accès des hommes et des femmes et l'accès des jeunes à leurs instances dirigeantes. Les conditions de l'agrément et du retrait de l'agrément sont déterminées par décret en Conseil d'Etat. (…) ».
Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision attaquée, que, pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement de l’agrément dont bénéficiait la requérante, le ministre s’est fondé le fait qu’il n’existait pas, au sein de la fédération, d’appréhension suffisante de la démarche d’éducation populaire. Il ressort des statuts de la FÉDÉRATION FRANÇAISE DU BÉNÉVOLAT ASSOCIATIF que celle-ci a pour buts de « 1) Soutenir l’ensemble des associations et structures à but non lucratif, quelles que soient leurs activités, notamment sportives, culturelles, de loisirs, sociales, d’éducation populaire et complémentaire. / 2) Soutenir les associations, fédérations, structures et membres bénévoles. / 3) Promouvoir toutes les initiatives susceptibles de favoriser le développement et la création d’associations. / 4) Faciliter la coordination entre associations, collectivités locales et territoriales, l’Etat et ses services et toutes les personnes ou organismes intéressés, en créant, organisant ou en participant à des Centres de communication Sociale, de formalités des Associations, de pôles de compétences et de ressources. / 5) D’intervenir ou d’organiser la représentativité de l’ensemble du secteur associatif de façon multidisciplinaire à tous les niveaux, notamment pour les Petites et moyennes associations. Ceci en créant ou participant aux structures nécessaires, notamment confédérales. / 6) Intervenir dans la mise en valeur du patrimoine culturel. / 7) Organiser des fêtes et manifestations de propagande en faveur des activités sportives, culturelles, de loisirs, sociales, d’éducation complémentaire, et de toutes autres initiatives pouvant aider à la réalisation des buts de l’Union. / 8) Organiser et gérer des Services destinés aux associations, structures et Fédérations, soit par les présents statuts, soit par la création des structures nécessaires. / 9) Développer le bénévolat en apportant aux bénévoles son soutien et en créant à cet effet, tous services spécifiques nécessaires, destinés notamment à les récompenser, les orienter, les conseiller, les former, les défendre… ». Il résulte de ces statuts que l’association FÉDÉRATION FRANÇAISE DU BÉNÉVOLAT ASSOCIATIF a essentiellement pour objet de soutenir, développer et mettre en valeur le bénévolat associatif, sans que l’évocation à leur article 1er de l’éducation populaire ne suffise à démontrer que son action serait principalement tournée vers ce domaine. Par ailleurs, s’agissant de son activité réelle, l’association fait valoir qu’elle a, durant les trois dernières années, particulièrement développé ses activités en direction de la jeunesse, par l’emploi de service civique, l’intégration de l’organisation nationale de hip-hop dans son conseil d’administration, en participant à la mise en place de formations destinées à des bénévoles, notamment dans le cadre des jeux olympiques. Toutefois, ni les rapports d’activités des années 2021, 2022 et 2023, ni les procès-verbaux des assemblées générales des 2 octobre 2021 et 25 juin 2022 ne font état d’actions liées à la jeunesse et l’éducation populaire. Par conséquent, le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse a pu, pour ce seul motif et sans entacher sa décision d’erreur manifeste d'appréciation, regarder l’association FÉDÉRATION FRANÇAISE DU BÉNÉVOLAT ASSOCIATIF comme ne satisfaisant pas à la condition posée par les dispositions citées au point précédent relative à l’exercice d’une activité dans le domaine de l'éducation populaire et de la jeunesse
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’association FÉDÉRATION FRANÇAISE DU BÉNÉVOLAT ASSOCIATIF doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d’injonction et d’astreinte et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l’association FÉDÉRATION FRANÇAISE DU BÉNÉVOLAT ASSOCIATIF est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l’association FÉDÉRATION FRANÇAISE DU BÉNÉVOLAT ASSOCIATIF et à la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative.
Délibéré après l'audience du 11 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2026.
La rapporteure,
I. OSTYN
Le président,
J.-C. TRUILHÉ
La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne à la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.