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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2419819

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2419819

mercredi 18 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2419819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris rejette la requête d'un étudiant demandant l'annulation de son ajournement en première année de licence de droit. Le juge écarte les fins de non-recevoir soulevées par l'université et estime que les moyens au fond, notamment l'absence présumée d'aménagements pour handicap, ne sont pas établis. La décision s'appuie sur les articles L. 112-4 et D. 613-26 du code de l'éducation relatifs aux aménagements d'examen.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 juillet, 4 et 19 août 2024 et le 7 janvier 2025, M. C... A... doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler la délibération du jury de la première année de licence de droit de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne le déclarant ajourné à l’issue de la première session d’examens, ensemble la délibération le déclarant ajourné à l’issue des épreuves de rattrapage ;

2°) d’enjoindre à l’université de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) d’ordonner la production de ses copies et de mandater un réexamen des dites copies par une expert indépendant ;

4°) de mettre à la charge de l’université la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A... soutient que :
-
la première délibération est entachée d’une erreur de fait puisqu’il s’est présenté à l’épreuve d’introduction au droit privé ;
-
elle est irrégulière dès lors qu’il n’a pas bénéficié des aménagements liés à son handicap ;
-
la délibération du 22 septembre 2024 est entachée d’erreurs matérielles ;
-
les délibérations sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation.


Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 juillet, 7 et 23 août 2024 et le 17 janvier 2025, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne conclut au rejet de la requête et demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de mettre à la charge de M. A... une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

L’université soutient que :
-
la requête est irrecevable dès lors qu’elle ne comporte pas de conclusions en méconnaissance de l’article R. 411-1 du code de justice administrative ;
-
elle est irrecevable puisqu’elle est dirigée contre une délibération qui n’avait pas encore été adoptée à la date de son enregistrement ;
-
les conclusions nouvelles présentées le 7 janvier 2025 par M. A... sont manifestement irrecevables ;
-
à titre subsidiaire, aucun moyen de la requête n’est fondé.


Par une ordonnance du 28 janvier 2025, la clôture de l’instruction a été fixée, en dernier lieu, au 7 février 2025 à 12:00 heures.


Un mémoire, présenté par M. A..., a été enregistré le 27 janvier 2026 après la clôture de l’instruction et n’a pas été communiqué.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
-
le code de l’éducation ;
-
le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
-
le rapport de Mme Dousset,
-
les conclusions de M. Lenoir, rapporteur public,
-
et les observations de M. B... représentant l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.


Considérant ce qui suit :

M. A... était inscrit au titre de l’année 2023-2024 pour la troisième année consécutive en première année de licence de droit à l’Institut d’études à distance de l’Ecole de droit de la Sorbonne de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a été ajourné par le jury à l’issue de la première session d’épreuves puis à l’issue de la session de rattrapage. M. A... doit être regardé comme demandant, à titre principal, l’annulation des délibérations du jury prononçant son ajournement.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
D’une part, aux termes de l’article R. 411-1 du code de justice administrative : « La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l’exposé des faits et moyens, ainsi que l’énoncé des conclusions soumises au juge. / L’auteur d’une requête ne contenant l’exposé d’aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d’un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu’à l’expiration du délai de recours ».
La requête de M. A..., qui n’est pas représenté par un avocat, contient l’exposé des motifs pour lesquels il estime que la délibération du jury de la première année de licence de droit l’ajournant à l’issue de la première session d’épreuves est entachée d’irrégularité. Dès lors, M. A... doit être regardé comme demandant l’annulation de cette délibération. Par suite, la fin de non-recevoir tirée par l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne de l’absence de conclusions de la requête doit être écartée.
D’autre part, aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. (…) ».
Si l’université fait valoir que la requête était prématurée dès lors que la délibération du jury ajournant M. A... à l’issue de la première session d’épreuves n’avait pas encore été adoptée, cette irrecevabilité a été couverte, en cours d’instance, par l’intervention de la délibération litigieuse. La fin de non-recevoir doit donc être écartée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 112-4 du code de l’éducation : « Pour garantir l’égalité des chances entre les candidats, des aménagements aux conditions de passation des épreuves orales, écrites, pratiques ou de contrôle continu des examens ou concours de l’enseignement scolaire et de l’enseignement supérieur, rendus nécessaires en raison d’un handicap ou d’un trouble de la santé invalidant, sont prévus par décret. Ces aménagements peuvent inclure notamment l’octroi d’un temps supplémentaire et sa prise en compte dans le déroulement des épreuves, la présence d’un assistant, un dispositif de communication adapté, la mise à disposition d’un équipement adapté ou l’utilisation, par le candidat, de son équipement personnel ». Aux termes de l’article D. 613-26 de ce code : « Les candidats aux examens ou concours de l’enseignement supérieur organisés par le ministre chargé de l’enseignement supérieur et par le ministre chargé de la culture, ainsi que par le ministre de la défense pour ce qui concerne les écoles d’ingénieurs sous tutelle de la direction générale de l’armement du ministère de la défense, qui présentent un handicap peuvent bénéficier d’aménagements portant sur : (…) 5° Des adaptations ou des dispenses d’épreuves, rendues nécessaires par certaines situations de handicap, dans les conditions prévues par arrêté du ministre chargé de l’enseignement supérieur, du ministre chargé de la culture ou du président ou directeur de l’établissement ». Selon l’article D. 613-27 de ce code : « Les candidats sollicitant un aménagement des conditions d’examen ou de concours adressent leur demande à l’un des médecins désignés par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées. / Le médecin rend un avis, qui est adressé au candidat et à l’autorité administrative compétente pour organiser l’examen ou le concours, dans lequel il propose des aménagements. L’autorité administrative décide des aménagements accordés et notifie sa décision au candidat ».
M. A... soutient que la première délibération du jury est entachée d’irrégularité dès lors qu’il n’a pas pu bénéficier des aménagements liés à son handicap qu’il avait sollicités. L’université soutient que le pôle handicap n’a reçu la demande d’aménagements de l’intéressé que le 17 juillet 2024, soit après la fin de toutes les épreuves et que le requérant ne peut lui faire grief de ne pas lui avoir accordé les aménagements sollicités au titre de la première session d’épreuves. Toutefois, il est constant que M. A... a eu un rendez-vous à distance avec le médecin du service santé étudiant (SSE) le 30 avril 2024 et qu’il a communiqué au médecin un certain nombre de documents et notamment un certificat de son médecin traitant du 8 avril 2024 attestant qu’il souffrait de troubles de la concentration et que son état de santé justifiait qu’un temps complémentaire lui soit accordé lors de ses examens. En outre, si l’université indique que la demande présentée par M. A... en vue de bénéficier d’un aménagement des épreuves pour l’année universitaire 2023-2024 était tardive, elle ne l’établit pas et ne précise pas, en particulier, quelle était la date limite de présentation de cette demande. Dans ces conditions, et alors que M. A... a adressé sa demande d’aménagements au médecin mentionné à l’article D. 613-27 du code de l’éducation, qu’il justifiait d’un motif sérieux pour obtenir de tels aménagements, dont il a, au demeurant, bénéficié pour la session de rattrapage, il est fondé à soutenir que la délibération litigieuse doit être annulée.
Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête et d’ordonner la production de l’ensemble des copies de M. A... ni la désignation d’un expert pour procéder au réexamen de ces copies, que la délibération du jury ajournant l’intéressé à l’issue de la première session d’examens doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la délibération du jury l’ajournant à l’issue des épreuves de rattrapage.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a seulement lieu d’enjoindre à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, de procéder au réexamen de la situation de M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
M. A... qui n’est pas représenté par un avocat, n’établit pas avoir engagé des frais en lien avec le dépôt de sa requête. Par suite, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. En outre, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne sur ce fondement.



D E C I D E :


Article 1er : Les délibérations du jury de la première année de licence de droit de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ajournant M. A... à l’issue de la première session d’épreuves et des épreuves de rattrapage sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne de procéder au réexamen de la situation de M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.



Délibéré après l’audience du 25 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Topin, présidente,
Mme Dousset, première conseillère,
Mme Calladine, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2026.


La rapporteure,
signé
A. DOUSSET
La présidente,
signé
E. TOPIN


La greffière,

signé

V. FLUET


La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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