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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421162

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421162

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421162
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantLABRUSSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 5 août 2024, 31 octobre 2025 et 13 mai 2026, M. D... A..., représenté par Me Labrusse, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la délibération par laquelle le jury de l’université Paris Panthéon-Assas a décidé de l’ajourner à l’issue de sa deuxième année de licence de droit ;

2°) de mettre à la charge l’université Paris Panthéon-Assas la somme de 2 000 euros en application de l’article L.761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure, dès lors qu’elle a été prise par un jury dont la régularité de la désignation et de la composition n’est pas démontrée et qu’il n’est pas établi que la délibération aurait été signée par le président du jury ;
elle est entachée d’erreur de droit, dès lors que les matières de l’unité d’enseignements fondamentaux du semestre 3 ont été affectées d’un coefficient non prévu par le règlement des examens, lui faisant perdre une chance sérieuse de voir son année validée ;
elle est entachée d’erreur de droit, dès lors que certaines de ses copies, à l’instar de sa copie de droit pénal, ont fait l’objet d’une double correction et non celles de droit des obligations, matière dans laquelle il a pourtant obtenu la plus mauvaise note ;
il a fait l’objet d’une rupture d’égalité de traitement, dès lors que d’autres étudiants ont bénéficié, pour l’épreuve de droit des obligations, d’une double correction.




Par deux mémoires en défense, enregistrés les 22 avril et 4 juin 2026, l’université Paris Panthéon-Assas, représentée par son président, conclut à titre principal, au non-lieu à statuer, et à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :
la requête est devenue sans objet, dès lors que M. A... a obtenu sa deuxième année de licence de droit ;
les moyens de la requête sont infondés.



Vu les autres pièces du dossier.



Vu :

- le code de l’éducation ;
- l’arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Ostyn,
- les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public,
- et les observations de Mme B..., représentant l’université Paris Panthéon-Assas.



Une note en délibéré, enregistrée le 17 juin 2026, a été présentée pour M. A... et n’a pas été communiquée.




Considérant ce qui suit :

M. A... était inscrit au titre de l’année universitaire 2023-2024 en deuxième année de licence de droit à l’université Paris Panthéon-Assas. Par la présente requête, il demande l’annulation de la délibération par laquelle le jury l’a ajourné à l’issue de sa deuxième année.

Sur la délibération attaquée :

Il ressort des pièces du dossier que l’université Paris Panthéon-Assas a, consécutivement l’ordonnance de référé n° 2421160 du juge des référés du tribunal de céans ayant suspendu la décision en litige et enjoint au réexamen de la situation de M. A..., ajourné ce dernier à l’issue de sa deuxième année de licence de droit, par une délibération du 20 septembre 2024, dont le procès-verbal est produit à l’instance. Cette délibération, à laquelle l’université Paris-Assas a conféré un caractère définitif outrepassant l’injonction provisoire du juge des référés, s’est ainsi substituée à la délibération initialement attaquée. Il y a lieu, par conséquent, de regarder les conclusions dirigées contre celle-ci comme l’étant contre la délibération du 20 septembre 2024.


Sur l’exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

L’université Paris Panthéon-Assas soutient qu’il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A..., dès lors que ce dernier a obtenu sa deuxième année de licence de droit. Toutefois, il ressort des écritures mêmes de l’administration que celle-ci a, par la délibération du 20 septembre 2024 mentionnée au point précédent qui s’est substituée à la délibération attaquée, ajourné M. A... à l’issue de sa deuxième année de licence de droit au titre de l’année universitaire en litige. Il s’ensuit que l’exception de non-lieu opposée par l’administration ne peut qu’être écartée.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’éducation : « Les diplômes nationaux délivrés par les établissements sont ceux qui confèrent l'un des grades ou titres universitaires dont la liste est établie par décret pris sur avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche. Sous réserve du livre IV de la sixième partie du code du travail, ils ne peuvent être délivrés qu'au vu des résultats du contrôle des connaissances et des aptitudes appréciés par les établissements accrédités à cet effet par le ministre chargé de l'enseignement supérieur après avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche. Un diplôme national confère les mêmes droits à tous ses titulaires, quel que soit l'établissement qui l'a délivré. (…) Seuls peuvent participer aux jurys et être présents aux délibérations des enseignants-chercheurs, des enseignants, des chercheurs ou, dans des conditions et selon des modalités prévues par voie réglementaire, des personnalités qualifiées ayant contribué aux enseignements, ou choisies, en raison de leurs compétences, sur proposition des personnels chargés de l'enseignement. ». Aux termes de l’article 18 de l’arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence : « Dans les conditions prévues à l'article L. 613-1 du code de l'éducation, le président de l'établissement accrédité nomme le président et les membres des jurys. / Leur composition comprend au moins une moitié d'enseignants-chercheurs, d'enseignants ou de chercheurs participant à la formation parmi lesquels le président du jury est nommé, ainsi que des personnalités qualifiées ayant contribué aux enseignements, ou choisies en raison de leurs compétences, sur proposition des personnels chargés de l'enseignement. Les directeurs d'études peuvent être membres des jurys ou y être invités avec voix consultative. La composition des jurys est publique. (…) ».

En premier lieu, M. A... fait valoir que la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure, dès lors qu’elle a été prise par un jury dont la régularité de la désignation et de la composition n’est pas démontrée et qu’il n’est pas établi que la délibération aurait été signée par le président du jury. L’université produit à l’appui de ses écritures en défense une attestation datée du 4 octobre 2024 indiquant que le jury de la licence de deuxième année de droit s’est réuni le 20 septembre 2024 pour réexaminer la situation du requérant, le procès-verbal de délibération signé par le président du jury, M. C..., et l’arrêté du 18 décembre 2023 par lequel son président a arrêté la composition du jury pour le diplôme de la deuxième année de licence de droit pour l’année universitaire 2023-2024. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération attaquée est entachée d’un vice de procédure ne peut être accueilli.

En deuxième lieu, M. A... soutient que la délibération attaquée est entachée d’erreur de droit, dès lors que les matières de l’unité d’enseignements fondamentaux du semestre 3 ont été affectées d’un coefficient non prévu par le règlement des examens, lui faisant perdre une chance sérieuse de voir son année validée. Néanmoins, à supposer l’erreur de l’université Paris Panthéon-Assas dans l’application des coefficients établie, celle-ci est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors, ainsi que l’affirme lui-même M. A... dans ses écritures, que sa moyenne serait demeurée inférieure à la note de 10 exigée pour l’admission dans l’année supérieure.

En troisième lieu, M. A... fait valoir que la délibération attaquée est entachée d’erreur de droit, dès lors que certaines de ses copies, à l’instar de sa copie de droit pénal et de droit administratif, ont fait l’objet d’une double correction et non celle de droit des obligations, pour laquelle il a pourtant obtenu la plus mauvaise note. Cependant, la circonstance que les copies de droit pénal et de droit administratif de M. A... aient été corrigées une seconde fois ne lui confère aucun droit général à une double correction de l’ensemble de ses copies, alors que le règlement des examens de la licence de droit de l’université Paris Panthéon-Assas en vigueur pour l’année universitaire en litige ne prévoit pas une telle garantie.

En quatrième et dernier lieu, la circonstance que la seule copie de droit des obligations du premier semestre de Mme D produite à l’instance fasse apparaître deux notes identiques n’est pas de nature à démontrer que cette copie aurait fait, contrairement à celle de M. A..., l’objet d’une double correction à l’origine d’une rupture d’égalité de traitement.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de M. A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions fondées sur l’article L. 761-1 du code de justice administrative.






D E C I D E :





Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.





Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A... et au président de l’université Paris Panthéon-Assas.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.

La rapporteure,
Signé
I. OSTYN
Le président,
Signé
J.-C. TRUILHÉ


La greffière,
Signé
S. RUBIRALTA



La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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