Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 août 2024, 3 octobre 2025, 10 novembre 2025 et 11 février 2026, Mme F... J..., Mme I... D..., Mme A... O..., M. M... L..., agissant en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants respectifs H... C... et G... C..., N... D..., B... E... et K... L..., représentés par Me Crusoé, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d’annuler la décision, annoncée par courrier du 28 mars 2024, par laquelle la directrice de l’académie de Paris a modifié, par arrêté du 17 septembre 2024, la carte scolaire dans l’enseignement du premier degré public de Paris pour l’année scolaire 2024/2025, en tant qu’elle a supprimé un poste d’enseignant et, de ce fait, procédé à la fermeture d’une classe au sein de l’école élémentaire Compans Brunet située au 7 rue du Général Brunet à Paris (19e) ;
2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt leur donnant qualité pour agir dès lors que leurs enfants sont scolarisés au sein de l’école élémentaire Compans Brunet et que deux d’entre eux sont membres du bureau de la FCPE ;
- la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure dans les modalités de la consultation du conseil départemental de l’éducation nationale ;
- elle est entachée d’un vice de procédure, faute d’avoir été soumise à l’avis du comité technique départemental ;
- elle est fondée sur une erreur de fait et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application de l’article D. 221-9 du code de l’éducation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 octobre 2025 et 10 novembre 2025, la rectrice de l’académie de Paris, rectrice de la région académique d’Île-de-France, chancelière des universités de Paris et d’Île-de-France, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les requérants ne justifient pas leur intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- la décision attaquée n’est pas détachable de l’arrêté de la directrice de l’académie de Paris publié le 6 décembre 2024 et ne constitue pas une décision susceptible de faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir,
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le décret n° 2020-1427 du 20 novembre 2020 ;
- l’arrêté du 28 avril 2022 portant création de comités sociaux d'administration ministériels, de l'administration centrale, des services déconcentrés et des établissements publics des ministères chargés de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports, de l'enseignement supérieur et de la recherche ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Calladine,
- les conclusions de M. Lenoir, rapporteur public,
- et les observations de Me Crusoé, représentant Mme J..., Mme D..., Mme O... et M. L....
Considérant ce qui suit :
Par un communiqué de presse du 22 mars 2024 et un courrier du 28 mars 2024, la directrice académique des services de l’éducation nationale chargée des écoles et des collèges a informé les parents des élèves inscrits à l’école située au 7 rue du Général Brunet à Paris, 19e arrondissement, qu’un poste d’enseignant était supprimé au sein de cet établissement pour la rentrée scolaire 2024, conduisant à la fermeture d’une classe. La modification de la carte scolaire pour l’ensemble de l’enseignement du premier degré public de Paris pour l’année scolaire 2024/2025 a été formalisée par un arrêté de la directrice de l’académie de Paris, agissant sur délégation du recteur de l’académie de Paris, publié le 6 décembre 2024. Mme J..., Mme D..., Mme O..., M. L..., dont les enfants sont scolarisés au sein de cette école, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, d’annuler cet arrêté en tant qu’il supprime un poste d’enseignant au sein de l’école élémentaire Compans Brunet.
En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-1 du code de l’éducation : « L'éducation est un service public national, dont l'organisation et le fonctionnement sont assurés par l'Etat, sous réserve des compétences attribuées par le présent code aux collectivités territoriales pour les associer au développement de ce service public. / L'Etat assume, dans le cadre de ses compétences, des missions qui comprennent : (...) / 3° Le recrutement et la gestion des personnels qui relèvent de sa responsabilité / 4° La répartition des moyens qu'il consacre à l'éducation, afin d'assurer en particulier l'égalité d'accès au service public (...). » Aux termes de l’article R. 235-11 de ce code : « Le conseil départemental de l’éducation est notamment consulté : / 1° Au titre des compétences de l’Etat : / (…) / e) Sur les modalités générales d'attribution des moyens en emplois et des dotations financières, ou en nature, pour les dépenses pédagogiques des collèges du département (…). »
Il ressort des pièces du dossier que les membres composant le conseil départemental de l’éducation nationale, qui ont été convoqués à deux réunions, qui se sont tenues les 15 et 22 mars 2024, en vue de sa consultation sur la modification de la carte scolaire, ont disposé d’éléments, notamment d’ordre statistique, présentés dans des tableaux qui leur ont permis d’être suffisamment informés. Le conseil départemental de l’éducation nationale, ainsi consulté sur les modalités générales d'attribution des moyens en emplois, ainsi que le prévoient les dispositions de l’article R. 235-11 du code de l’éducation, pouvait régulièrement émettre un avis sur l’ensemble de la carte scolaire. Au demeurant, il ressort des procès-verbaux de ces séances que la situation de l’école élémentaire Compans Brunet ainsi que le projet d’y supprimer un poste d’enseignant ont été spécifiquement abordés. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’irrégularité de la consultation du conseil départemental de l’éducation nationale doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article D. 211-9 du code de l’éducation, dans sa rédaction applicable au litige : « Le nombre moyen d'élèves accueillis par classe et le nombre des emplois par école sont définis annuellement par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, compte tenu des orientations générales fixées par le ministre chargé de l'éducation, en fonction des caractéristiques des classes, des effectifs et des postes budgétaires qui lui sont délégués, et après avis du comité technique départemental ». Le décret du 20 novembre 2020 relatif aux comités sociaux d'administration dans les administrations et les établissements publics de l'État a procédé à la suppression des comités techniques départementaux et à la création des comités sociaux d’administration. Aux termes de l’article 12 de l’arrêté du 28 avril 2022 portant création de comités sociaux d'administration ministériels, de l'administration centrale, des services déconcentrés et des établissements publics des ministères chargés de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports, de l'enseignement supérieur et de la recherche : « Il est institué auprès de chaque recteur d'académie un comité social d'administration de proximité dénommé comité social d'administration académique, en application de l'article 5 du décret du 20 novembre 2020 susvisé. / Le comité social d'administration académique est compétent dans les matières et conditions fixées par le chapitre Ier du titre III du même décret pour les questions intéressant l'organisation et le fonctionnement des établissements d'enseignement et de formation des premier et second degrés ainsi que pour les questions communes à l'organisation de ces établissements et des services administratifs, situés dans le ressort territorial de l'académie concernée. (…). » Aux termes de l’article 26 du même arrêté : « En application de l'article R. 222-21 du code de l'éducation, les dispositions fixées aux articles 22 à 24 du présent arrêté ne sont pas applicables à l'académie de Paris. »
Il ressort des pièces du dossier que le projet de modification de la carte scolaire du premier degré pour la rentrée 2024 a été soumis pour avis au comité social d’administration de l’académie de Paris lors de ses séances des 5 et 21 mars 2024. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article D. 211-9 du code de l’éducation doit donc être écarté.
En troisième lieu, il résulte des dispositions citées au point 4 du présent jugement qu’il appartient au directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie de définir le nombre d’emplois d’enseignant par école du premier degré du département en tenant compte des orientations générales fixées par le ministre chargé de l’éducation nationale et en prenant en considération, notamment, le nombre d’élèves par école du premier degré et son évolution, tant au niveau de chaque école qu’à celui du département, les caractéristiques de l’ensemble des classes de chaque école et les postes budgétaires délégués.
D’une part, il ressort des pièces du dossier que la prévision d’effectifs d’élèves inscrits dans l’école élémentaire pour la rentrée scolaire 2024 ayant fondé la décision attaquée était de 162 élèves. Si les requérants font valoir que cette prévision présente un écart numérique significatif par rapport au nombre d’inscriptions effectivement constaté, ils ne l’établissent en tout état de cause pas. En outre, l’administration verse à l’instance un tableau attestant que le nombre d’élèves présents à cette rentrée s’est élevé à 161. En retenant la prévision de 162 élèves et compte tenu de la suppression de l’emploi décidée, le ratio d’élèves par classe était, pour l’ensemble des sept classes de l’établissement, de 23,14. A la rentrée, la classe qui accueillait le nombre le plus élevé d’élèves, de 26, correspondait à une classe de CE2. S’agissant des classes de CP et CE1 le ratio d’élèves constatés y était moindre, de 20,6 élèves par classe. Ainsi, l’objectif de plafonnement de 24 élèves par classe, invoqué par les requérants, qui ne concerne que les niveaux CP et CE1, n’était, en tout état de cause, pas dépassé. La circonstance, à la supposer établie, que le nombre moyen d’élèves par classe d’école élémentaire soit supérieur à celui constaté en France est sans incidence sur la détermination du nombre d’emplois d’enseignant à Paris, en fonction des spécificités propres à ce territoire.
D’autre part, s’agissant des élèves en situation de handicap, inclus dans le dispositif des unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS), les requérants n’établissent pas l’incidence de la fermeture d’une classe sur leur scolarité alors que le rectorat fait valoir en défense qu’un enseignant complémentaire venait soutenir le dispositif, en sus des accompagnants d’élèves en situation de handicap.
Enfin, alors que les requérants n’établissent pas la réalité des difficultés sociales qu’ils allèguent, il ressort des éléments produits par le rectorat en défense que l’indicateur de positionnement social est de 109,1 et se situe parmi les plus élevés des écoles de l’arrondissement. En outre, à la date de la décision attaquée, l’école ne relevait pas de l’éducation prioritaire, contrairement à de nombreuses écoles de l’arrondissement.
Il suit de ce qui précède, qu’en procédant à la suppression d’un poste d’enseignant conduisant à la fermeture d’une classe dans l’école élémentaire sise 7 rue du Général Brunet à Paris, la directrice de l’académie de Paris, qui a pris en considération le nombre d’élèves de l’école et son évolution ainsi que les caractéristiques de l’ensemble des classes de chaque école, n’a commis ni erreur de fait, ni erreur manifeste dans l’appréciation des critères de l’article D. 221-9 du code de l’éducation.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions aux fins d’annulation présentées par les requérants doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme J..., Mme D..., Mme O... et M. L... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F... J..., première dénommée pour l’ensemble des requérants, et à la rectrice de la région académique d’Île-de-France, rectrice de l’académie de Paris.
Délibéré après l'audience du 18 mars 2026 à laquelle siégeaient :
Mme Topin, présidente,
Mme Dousset, première conseillère,
Mme Calladine, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2026.
La rapporteure,
Signé
A. CALLADINE
La présidente,
Signé
E. TOPIN
La greffière,
Signé
V. FLUET
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.