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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2422687

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2422687

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2422687
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 août 2024, M. D C, représenté par Me Keufak Tameze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024, notifié le 9 août 2024, par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou de renouveler son récépissé de demandeur d'asile dans l'attente de sa demande de réexamen, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros, en application des dispositions du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 modifié, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 611-1, L.711-2 et L. 752 (sic) et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car il a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, sur laquelle l'OFPRA ne s'est pas encore prononcé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, en présence de Mme Iannizzi, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme B,

- les observations de M. C, assisté de Mme A, interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant Afghan entré en France le 18 novembre 2022, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 19 juin 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 25 mars 2024. Par un arrêté du 11 juillet 2024, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 542-1 du CESEDA : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de notification de celle-ci ". L'article L. 542-2 du même code dispose : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est vu notifier un arrêté portant obligation de quitter le territoire français daté du 11 juillet 2024, pris par le préfet de police sur le fondement de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet de sa demande d'asile par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 25 mars 2024. Toutefois, antérieurement à cet arrêté, M. C a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile devant l'OFPRA, qui lui a délivré une attestation de demande d'asile (réexamen) en procédure accélérée valable du 5 juillet 2024 au 4 janvier 2025. Il suit de là que M. C dispose du droit de se maintenir sur le territoire français tant que l'OFPRA n'a pas pris de décision d'irrecevabilité sur sa première demande de réexamen, en application des dispositions précitées. Il y a donc lieu de prononcer l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 11 juillet 2024 obligeant M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. M. C étant titulaire d'une attestation de demande d'asile (réexamen) valable du 5 juillet 2024 au 4 janvier 2025, aucune mesure ne doit être prise pour l'exécution du présent jugement. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

6. M. C étant provisoirement admis à l'aide juridictionnelle, il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Me Keufak Tameze la somme de 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de police du 11 juillet 2024 est annulé.

Article 3 : L'Etat est condamné à verser à Me Keufak Tameze la somme de 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C, au préfet de police et à Me Keufak Tameze.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La magistrate désignée,

A. B

La greffière,

J. Iannizzi

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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