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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2423672

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2423672

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2423672
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantKATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 3 et 5 septembre 2024, M. A D, représenté par Me Kati, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de demande d'asile valable jusqu'à l'intervention d'une décision définitive de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Kati, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation, la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend, elle est aussi entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que le préfet de police aurait dû prendre en considération la situation sécuritaire de la province de Nangarhar ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en ce qu'elle fixe un pays de destination non reconnu par la France (Emirat islamique d'Afghanistan) ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine, elle méconnaît aussi les dispositions des articles L. 721-4 et L.612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de l'imprécision concernant tout autre pays de renvoi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024 le préfet de police, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de M. Iannizzi, greffière d'audience :

- le rapport de Mme C,

- les observations de M. D, assisté de Mme B, interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant afghan entré en France le 1er avril 2021, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 juin 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 mars 2024. Par un arrêté du 11 juillet 2024, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, en fixant le pays de renvoi. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () ". Il ressort des pièces du dossier que M. D a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu l'arrêté attaqué a été signé par M. Youssef Berqouqi, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, chef du bureau de l'accueil de la demande d'asile, qui, en vertu d'un arrêté n°2024-00598 du 7 mai 2024, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, bénéficie d'une délégation de signature afin de signer les décisions relatives à l'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la circonstance invoquée par le requérant, à la supposer même établie, selon laquelle la décision de l'OFPRA rejetant sa demande d'asile ne lui aurait pas été notifiée dans une langue qu'il comprend, est par elle-même sans incidence sur la légalité de l'arrêté préfectoral attaqué, dès lors que M. D a bien eu connaissance de cette décision qu'il a contestée devant la CNDA par un recours rejeté par une décision du 19 mars 2024. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, la décision attaquée comporte l'exposé des éléments de faits propres à la situation de M. D ainsi que les considérations de droit, notamment l'article L. 611-1 4° du CESEDA, sur le fondement desquels elle a été prise. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à sa situation personnelle dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de l'arrêté attaqué que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. D.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

6. Aux termes de l'article L. 612-12 du CESEDA : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : /1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

7. Pour contester la décision fixant le pays de destination, M. D invoque les risques de traitements inhumains et dégradants auxquels ils serait soumis en cas de retour en Afghanistan en raison des opinions politiques que lui impute le gouvernement des talibans qui l'accusent d'être un espion, du fait de son " occidentalisation " découlant de son départ d'Afghanistan depuis près de quatre ans, de son éducation, de sa pratique d'une activité sportive dans la mixité et de son apprentissage de la langue française et en raison de la situation sécuritaire prévalant à Nangarhar, sa province d'origine. Toutefois, ses allégations ne sont assorties d'aucune justification suffisamment probante. Au surplus, l'OFPRA et la CNDA ont rejeté sa demande d'asile fondée sur les mêmes faits. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Enfin, la circonstance que fait valoir le requérant selon laquelle la France n'a pas reconnu l'émirat islamique d'Afghanistan depuis la prise de pouvoir par les talibans, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, le pays d'origine de M. D étant sans ambiguïté possible l'Afghanistan. La décision évoque également l'hypothèse d'un éloignement à destination de tout autre pays où l'intéressé serait légalement admissible, ce qui est suffisamment précis. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-12 et L. 721-4 du CESEDA doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il ressort des pièces du dossier que le recours de M. D devant la CNDA dirigé contre la décision de l'OFPRA du 25 juillet 2022 a été rejeté le 19 mars 2024. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'une attestation de demandeur d'asile lui soit délivrée le temps de l'intervention de la décision de la CNDA, ne peuvent qu'être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 11 juillet 2024. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation et d'injonction doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Kati et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La magistrate désignée,

A. C

Le greffier,

J. Iannizzi

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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